Le G20, un gouvernement mondial... mais fantôme !
Samedi 26 Septembre 2009 à 13:36 | Lu 9257 fois I 38 commentaire(s)
Hervé Nathan - Marianne
Rien ne sert de crier « le G20, le G20, le G20 !» comme si le salut du monde était déjà fait. Aucune décision d’ampleur n’a été prise à Pittsburgh. C’est ce que l’on cherche à masquer.
C’est la dernière « story telling » (traduction : récit vrai ou faux destiné à l’édification des masses) de l’année. Elle se raconte en peu de mots : hier, un événement historique se serait déroulé dans la ville de Pittsburgh (Pennsylvanie), où aurait émergé « un gouvernement mondial pour la planète », comme le titrent le Journal du Dimanche ou encore Ouest France ce matin.
Nos confrères ont été sensibles aux beaux discours. Le président américain Barack Obama ne retrouve-t-il pas les accents de Roosevelt : « nous avons jeté les bases d’une nouvelle prospérité », explique-t-il lors de sa conférence de presse. N’est-il pas appuyé sur sa gauche par Dominique Strauss-Kahn qui renchérit sur les ondes et annonce « un ordre économique nouveau ». On renoue avec la geste des pères créateurs de l’ONU, lors de la conférence de San Francisco en juin 1945. Sonnez trompettes ! Montez les drapeaux ! Le ciel s’éclaircit, l’Humanité est à nouveau en marche, guidée par un groupe de dirigeants enfin clairvoyants et décidés. Hosannah dans les cieux!
Les journaux de ce matin ont dû boucler hier soir avant de recevoir le communiqué final et de pouvoir analyser finement les phrases pesées au trébuchet et comparer discours et résolutions. Hélas, l’inventaire pragmatique des décisions est moins glorieux.
D'abord, le G20 lui-même remplace le G7. Fort bien. Il était temps de dresser l’acte de décès de ce moribond de G7 (ou G8), composés de riches en faillites, mais qui continuera quand même à se réunir, dit-on. Pas tout à fait enterré, donc. Et on ne sait pas non plus qui composera le G20. Il va falloir faire du ménage, puisqu’actuellement, le G20 comporte … 27 participants. Out les Pays-Bas, dehors l’Espagne et qui d’autre avec eux? Et franchement, pour les citoyens du monde, qu’est-ce que cela change ? Nous en sommes à la troisième édition du G20, après Washington en novembre 2008, et Londres en avril 2009. Le G20 était déjà installé pour les opinions publiques. Son institutionnalisation n’est qu’une péripétie dans l’histoire de la grande crise.
Ce que les citoyens et les peuples attendent, ce sont des mesures. Et malgré un communiqué très long on peine à comprendre ce qui est une nouvelle règle et ce qui est de l’ordre du souhait.
(Inter : Bonus, Sarkozy a perdu !)
Ainsi des bonus. Nicolas Sarkozy nous avait promis un « plafonnement des bonus » scandaleux des traders. Eh bien, c’est raté. Selon le communiqué, chaque banque centrale (on dit « superviseur »dans ce cas) pourra, si elle le désire, et seulement si elle le désire, instaurer un système d’encadrement des bonus, de plus assez libéral. Pour Nicolas Sarkozy c’est un échec, qu’il a cherché à masquer à Pittsburgh en se lançant dans une explication oiseuse sur « un accord sur un certain montant, un certain pourcentage ».
En réalité, si la Réserve fédérale des Etats-Unis ne veut rien faire, les banques européennes pourront se faire débaucher leur meilleurs éléments par Goldmann Sachs ou Bank of America. Et on verra très vite se déliter les règles instituées de ce côté-ci de l’Atlantique.
L’offensive sur les bonus avait, au demeurant, tout du trompe l’œil. Pendant que le G20 discute des primes des traders, il ne s’occupe pas de limiter l’accès des banques aux marchés spéculatifs, là où justement elles amassent des dizaines de milliards d’euros de profits dont une partie est transformée en bonus. Interdire par exemple l’accès au marché à terme et dérivé du pétrole à ceux qui sont étrangers à ce métier, ou encore instituer une taxe internationale sur les mouvements financiers spéculatifs, toutes choses techniquement réalisables : voici ce que seraient des gestes politiques dignes d’un gouvernement du monde. Mais de cela, il n’en a pas été question cette semaine.
Le G20 est-il, pour autant, totalement dénué d’efficacité ? Coordonner les poltiques de soutien à la conjoncture, c’est bien. Mais aucune sanction n’est prévue pour ceux qui joueraient cavalier seul. En revenant en arrière, on a dit que l’offensive sur les paradis fiscaux, décidée à Londres, était à mettre à son actif. Et c’est en partie vrai, si l’on écoute les Suisses (lire l’enquête de Daniel Bernard dans Marianne de cette semaine). Mais un tout petit pays, Monaco, vient de démontrer comme il était facile de contourner les ordres du G20. Notre principauté favorite vient en effet de disparaître de la liste « grise » des paradis fiscaux en passant douze accords « d’échange d’information ». Et avec qui ? Andorre, l'Autriche, les Bahamas, la Belgique, les Etats-Unis, la France, le Liechtenstein, le Luxembourg, le Qatar, Samoa, Saint-Marin et Saint Kitts. D’autres sont annoncés avec le Groenland, et les Iles Féroé. Le casino monégasque est donc blanchi par le Lichtenstein et Andorre et le Luxembourg, c’est comme si le tribunal chargé de le juger était composé de croupiers ! Au fait, on n’a oublié d'en parler à Pittsburgh…
Quant à ceux qui ne croient que la « grande » presse , qu’il lisent ce que pense le Financial Times de la «nouvelle ère» du G20.
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