«Le G20 laisse libre cours aux banques»
Dimanche 9 Août 2009 à 16:01 | Lu 6502 fois I 40 commentaire(s)
Alexandra Combe - Marianne
Les bonus de la BNP polarisent l'attention. Et les réactions fusent. Alexandra Combe en a cueilli quelques unes au passage. Voici celle de Fabrice Rémon, de Déminor France. Qui préfère rester prudent, ne pas tirer de conclusions hâtives. Les chiffres, c'est bien connu, on peut leur faire dire ce qu'on veut. Avec une mise en garde: seules les entreprises ont les moyens de faire changer les choses. Pas à l'Etat, et encore moins le G20.
Quelles sont vos réactions à propos de la décision de BNP Paribas de prévoir environ un milliard d’euros pour les bonus de ses équipes ?
Fabrice Rémon : Je dirais tout d’abord qu’il faut se méfier des chiffres. Il s’agit d’un milliard d’euros pour 17 000 salariés. Il est clair que la provision sera répartie inégalement entre le trader et l’assistante mais je reste prudent. On ne peut pas tirer de conclusions hâtives sur ce chiffre sans connaître le mode d’affectation des bonus. Ce qui m’intéresse, c’est de savoir comment cet argent est réparti. Il est difficile de prendre position, il faut plus d’informations sur les critères de répartition de la provision.
Puis, le problème est que la réunion du G20 a dicté des règles qui sont beaucoup trop larges et qui laissent libre cours aux banques. C’est démagogique de dire que l’on puisse verser les rémunérations des risques pris par les traders sur plusieurs années car la prise de risques se fait à court terme voire à très court terme (un jour, 3 jours, 6 mois). Il faudrait que les responsables des salles de marché qui distribuent les bonus soient responsabilisés. Cela serait la garantie qu’en octroyant un bonus, il y a la certitude que le risque est « bon ». Ce sont les seuls à réellement connaître la nature du risque pris. Il faut bien avoir en tête que peu de personnes peuvent comprendre les opérations financières et donc les contrôler et les juger. Si le responsable de salle est responsable, il sera possible de dire qu’il a mal jugé ceux qui ont mal travaillé.
Fabrice Rémon : Je dirais tout d’abord qu’il faut se méfier des chiffres. Il s’agit d’un milliard d’euros pour 17 000 salariés. Il est clair que la provision sera répartie inégalement entre le trader et l’assistante mais je reste prudent. On ne peut pas tirer de conclusions hâtives sur ce chiffre sans connaître le mode d’affectation des bonus. Ce qui m’intéresse, c’est de savoir comment cet argent est réparti. Il est difficile de prendre position, il faut plus d’informations sur les critères de répartition de la provision.
Puis, le problème est que la réunion du G20 a dicté des règles qui sont beaucoup trop larges et qui laissent libre cours aux banques. C’est démagogique de dire que l’on puisse verser les rémunérations des risques pris par les traders sur plusieurs années car la prise de risques se fait à court terme voire à très court terme (un jour, 3 jours, 6 mois). Il faudrait que les responsables des salles de marché qui distribuent les bonus soient responsabilisés. Cela serait la garantie qu’en octroyant un bonus, il y a la certitude que le risque est « bon ». Ce sont les seuls à réellement connaître la nature du risque pris. Il faut bien avoir en tête que peu de personnes peuvent comprendre les opérations financières et donc les contrôler et les juger. Si le responsable de salle est responsable, il sera possible de dire qu’il a mal jugé ceux qui ont mal travaillé.
Fabrice Rémon - Déminor
Etes-vous de l’avis de l’association SOS Petits Porteurs selon laquelle il s’agit du « milliard des traders » et que l’argent doit être remboursé à l’Etat ?
C’est un non-sens économique. Il ne s’agit pas d’une subvention mais de l’argent prêté à l’entreprise. Je ne suis pas d’accord avec l’association SOS Petits Porteurs, il faudrait plutôt se réjouir que certaines entreprises françaises ont bien traversé la crise, c’est de l’intérêt de la France et des actionnaires d’avoir un système financier stable. C’est tout simplement polémique et démagogique.
Faut-il une intervention du gouvernement pour mettre fin à ce genre de pratiques de la part des banques ?
Le problème est qu’il est très difficile de légiférer là-dessus. Il est donc impératif que ce soit les entreprises qui prennent leurs responsabilités. Une loi serait inutile et même contreproductive puisqu’elle légiférerait de manière générale alors qu’on s’adresse précisément à des cas particuliers ! Dans certains cas, son application serait excessive et pour d’autres elle serait insuffisante.
La demande de Christine Lagarde de saisir le gouverneur de la Banque de France pour s’assurer du respect des règles de la finance vous paraît-elle suffisante ?
Cette demande répond aux exigences des textes mais dans la pratique il s’agit d’opérations complexes que seules des personnes expérimentées peuvent comprendre.
Pensez-vous que le G20 soit la seule organisation apte à forcer les banques internationales à appliquer les règles ?
La volonté politique nécessaire n’est pas encore à l’ordre du jour. Je reste sceptique quant à l’efficacité du G20. Je vois ça comme un ventre mou où chacun pourra y trouver ce qu’il veut. Il faut garder en tête la fuite des talents. Un encadrement trop strict fait craindre que les éléments de valeur partent à l’étranger si la réglementation n’est pas uniforme.
C’est un non-sens économique. Il ne s’agit pas d’une subvention mais de l’argent prêté à l’entreprise. Je ne suis pas d’accord avec l’association SOS Petits Porteurs, il faudrait plutôt se réjouir que certaines entreprises françaises ont bien traversé la crise, c’est de l’intérêt de la France et des actionnaires d’avoir un système financier stable. C’est tout simplement polémique et démagogique.
Faut-il une intervention du gouvernement pour mettre fin à ce genre de pratiques de la part des banques ?
Le problème est qu’il est très difficile de légiférer là-dessus. Il est donc impératif que ce soit les entreprises qui prennent leurs responsabilités. Une loi serait inutile et même contreproductive puisqu’elle légiférerait de manière générale alors qu’on s’adresse précisément à des cas particuliers ! Dans certains cas, son application serait excessive et pour d’autres elle serait insuffisante.
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Cette demande répond aux exigences des textes mais dans la pratique il s’agit d’opérations complexes que seules des personnes expérimentées peuvent comprendre.
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Va, lis et reviens :
L'interview de Didier Cornardeau Par Alexandra Combe
Fillon aboie, la carvane BNP passe Par Sylvain Lapoix
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