Marianne2 2012

Le Figaro s'écrase-t-il devant Air France ?

Mardi 4 Octobre 2011 à 18:01 | Lu 7430 fois I 1 commentaire(s)

Tefy Andriamanana
Journaliste à Marianne, j'écris sur le numérique ainsi que sur les questions de police/justice... En savoir plus sur cet auteur

Le quotidien a été fortement critiqué pour son traitement du crash du vol AF447. Le journaliste en question n’écrit d’ailleurs plus sur les questions d’aviation et certains sujets sont éludés. Il faut dire que les intérêts en jeu sont importants et Air France sait comment amadouer les journaux.


Le Figaro ne veut « emmerder » ni la droite ni Air France. Le quotidien a créé un tollé au sein de la compagnie et plus particulièrement au sein de ses pilotes à cause de son traitement du crash du vol AF447. Les pilotes reprochent au quotidien d’explorer la piste d’une faute humaine comme origine de l’accident. La tension est telle que, cet été, des personnels d’Air France ont refusé d’embarquer des exemplaires du Figaro destinés aux passagers. Si le boycott persiste, le préjudice commercial pourrait être très lourd pour le quotidien.
 
En attendant, le quotidien donne des gages à Air France. Par exemple, aucune mention sur leFigaro.fr du scoop de Challenges au sujet d’un vol Air France entre Caracas et Paris, publié le 29 septembre. Selon le site, l’équipage aurait volontairement déconnecté le pilote automatique alors que l’avion était en survitesse. Un « oubli » étonnant vu que c’est… Le Figaro qui a dévoilé en premier l’incident du vol Caracas-Paris mais sans évoquer le déconnexion volontaire du pilote automatique.

De même, le journaliste chargé des questions aéronautiques et qui a déjà eu quelques ennuis avec la compagnie, semble ne plus écrire sur ce sujet depuis début septembre. Un documentaire réalisé par le même journaliste diffusé le 25 septembre sur France 5 au sujet de la sécurité chez Air France n’a pas été annoncé dans le quotidien. 

Censure ?

Si le Figaro tient à ménager Air France, c’est parce que les enjeux sont importants pour le quotidien. Les exemplaires vendus (pour presque rien certes) à Air France représentent 10% de la diffusion totale annuelle du quotidien soit près de 10 millions par an. Rien de tel pour montrer ses muscles auprès des quotidiens et entretenir son image de marque face aux publicitaires. En ces temps de disette, le journal de Serge Dassault n’a donc pas intérêt à froisser un de ses principaux clients.

Et ces achats massifs ne concernent pas que le journal de Serge Dassault. Selon un ex-cadre d’Air France, certaines commandes de journaux dépassent même le besoin réel de la compagnie, au motif que les journaux baissent leurs prix lorsqu’on achète en gros. Mais à quoi bon acheter plus de journaux, si ces derniers ne sont pas lus, si ce n’est « rendre service » aux patrons de presse ? Mais certains journaux ont moins de chance que le Figaro. Le Canard enchaîné, par exemple, bénéficie d'un volume bien plus faible de commande. Raison invoquée : le prix. Il y a quelques années, la direction d'Air France a décidé d'augmenter ses achats de journaux. Un geste bien sympathique pour une presse en crise.

Avec la carotte commerciale, Air France sait aussi manier le bâton. La compagnie s’était déjà montrée très offensive contre les journalistes lors du procès pour le crash du Concorde en février 2010 comme l’a montré une enquête de Bakchich. Car plus que toute autre entreprise, la compagnie a besoin d’avoir la confiance de ses clients et donc de verrouiller sa communication. Et les journaux, désireux de sauvegarder leurs bons chiffres (même artificiellement gonflés), seront très tentés de suivre.








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