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Le FMI est nul? Longue vie au FMI !

Samedi 15 Novembre 2008 à 12:35 | Lu 7307 fois I 17 commentaire(s)

Sylvain Lapoix

Même si son rôle doit être rediscuté pendant le G20, le FMI a en réalité peu de chances d'être réformé dans l'immédiat. Pourtant, ce ne serait pas du luxe : non seulement le Fonds est en partie responsable de la crise, mais en plus il manque de liquidités…


FlickR CC / greefus groinks
FlickR CC / greefus groinks

« On n'entend parler des pompiers que quand il y a le feu », ironise Guillaume Daudin, chercheur à l'OFCE . La réunion des 20 pays les plus riches à Washington ce week-end marque le grand retour du Fonds monétaire international (FMI) dans les discussions sur la crise : qu'en faire ? Comment le réformer ? Car, s'il a déjà volé au secours, entre autres, de l'Islande et de la Hongrie, le FMI a beaucoup à se faire pardonner : « la crise actuelle est en partie due à ses méthodes dans la crise asiatique de 1997, rappelle Alexandre Delaigue, professeur d'économie à Saint-Cyr et animateur du blog Les Econoclastes . Les pays de la zone ont été tellement traumatisés par son intervention qu'ils ont tout fait pour ne plus avoir besoin de ses fonds en constituant de grandes réserves de liquidités que leur ont empruntées d'autres Etats, mettant en place les circuits de crédit. » Ironie du sort : à l'époque, on parlait déjà de faire un nouveau Bretton Woods !


Manque de liquidités, manque de temps

Le problème, c'est qu'il est impossible de réformer le FMI pour le moment, la situation économique mondiale rendant son aide nécessaire immédiatement : dans une étude de Natixis datée du 28 octobre, Patrick Artus listait plus de dix pays dans une situation « très grave ». En Corée, Thaïlande, Afrique du Sud, Turquie, Pologne ou au Mexique, l'épuisement des réserves de capitaux pourrait amener ces pays dans un risque de crise des paiements « semblable à celui qui a affecté les pays émergents en 1997-1998. » Au feu !

Seul souci, le Fonds lui-même... est en manque de liquidités ! Dès lors, deux solutions sont possibles : « il est envisagé d'ouvrir des lignes de crédits pour le FMI dans les banques centrales, explique Guillaume Daudin. Sinon, il faudra modifier le mode de financement et accepter des capitaux des pays émergents, mais cela modifiera l'équilibre interne du Fonds. »


Dominique Strauss-Kahn. FlickR CC / World Economic Forum
Dominique Strauss-Kahn. FlickR CC / World Economic Forum

Le système de vote au FMI est en effet basé sur le système des « quotes-part » . Il est censé établir un lien de proportionnalité entre le poids d'un pays dans l'économie, sa participation financière au FMI et son nombre de voix. Mais en réalité il favorise largement les pays occidentaux.

La tentation d'une OMC de la finance...

Depuis son arrivée à la présidence du Fonds, Dominique Strauss-Kahn a fait de la représentation des pays émergents son cheval de bataille, poussant même plus loin pour une réforme allant vers plus de multilatéralisme : « le FMI veut se transformer en OMC de la finance : il veut utiliser les contributions des Etats pour leur imposer ses vues », résume l'économiste Jean-Luc Gréau. Une option pas forcément mauvaise, selon Alexandre Delaigue, mais qui pose d'autres problèmes : « d'une part, pour pouvoir critiquer la politique d'un Etat, il faut de la légitimité : si aujourd'hui le FMI venait dire à la Chine que sa monnaie est sous-évaluée, ce serait pris comme une défense des intérêts américains. Et c'est tout le problème de l'OMC : en donnant le même nombre de voix à tout le monde, tout est bloqué ! »



Car, même en temps de crise, les discussions économiques internationales tournent autour des intérêts particuliers : les règlements financiers Bâle I et Bâle II, censés éviter toute crise, ont en fait été construits pour ménager des marges de manoeuvre destinées à favoriser certains négociateurs. Pas facile de changer le monde ! « La comparaison avec les accords de Bretton Woods n'a pas de sens, juge Guillaume Daudin. Cette conférence avait demandé 4 ans de préparation, duré plusieurs semaines et mis en présence seulement deux vrais partis : les Britanniques et les Américains. Au mieux, on peut espérer que le FMI assouplisse ses exigences vis-à-vis des pays auquel il viendra en aide. »

Le premier point d'accord du G20 est révélateur : se donner rendez-vous en avril ! Le temps pour Barack Obama de prendre ses fonctions, mais surtout l'occasion pour chacun de régler ses petites affaires dans son coin... C'est beau la solidarité internationale en temps de crise !







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