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Le Diplo veut faire bouger son image pour se relancerRégis Soubrouillard | Mercredi 12 Décembre 2007 à 00:03 | Lu 13850 fois
Directeur depuis 1991 du Monde Diplomatique, Ignacio Ramonet s’apprête à quitter son poste en juin 2008, tout comme Bernard Cassen. Un bouleversement pour le mensuel qui traverse une période difficile et cherche un second souffle.
Après un âge d’or caractérisé notamment par l’association du titre Diplo au mouvement altermondialiste et aux assauts bourdieusiens contre « l’emprise du journalisme », dès 2004, le Monde Diplomatique a connu une érosion de ses ventes qui s’est poursuivie chaque année.
Encore au cours de l’année 2007, le journal a vu ses ventes diminuer de 8%. Aujourd’hui l’édition française vend environ 180 000 exemplaires chaque mois. Si les ventes au numéro faiblissent lourdement, les abonnements et les ventes à l’étranger tiennent bon : « comme toute la presse, nous traversons une période difficile » explique Maurice Lemoine, le rédacteur en chef du journal: « Evidemment on souffre, mais il y a plusieurs facteurs à prendre en compte. Notamment, la critique de la mondialisation qui est devenue moins originale. » Même la critique du néo-libéralisme s’est libéralisée, réduisant à néant toute force de résistance aux anticorps qu’elle sécrétait. A l’initiative de la création de l’association Attac, la direction du journal réfute vigoureusement que le mensuel ait pu également pâtir des remous qui ont secoué l’association, notamment lors des soupçons de fraudes au moment de la réélection "temporaire" de Jacques Nikonoff à sa tête en 2006 (*). « Le décrochage des ventes s’est produit en 2003 alors que le renouvellement de la présidence d’Attac a eu lieu en 2006. Cela n’a strictement rien à voir, c’est complètement ridicule ! » s’emporte un des membres de la direction. Maurice Lemoine à la tête du journal Étonnamment, le titre n’a guère bénéficié de l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy qui incarne pourtant, en termes de diplomatie, de par ses choix économiques et ses relations incestueuses avec les propriétaires de médias notamment audiovisuels, tout ce contre quoi le Diplo affiche ses résistances depuis des années. « C’est vrai que nous n’avons pas constaté d’effets sur les ventes, mais depuis que Sarkozy commence à mettre en œuvre son programme, nos résultats se stabilisent » constate Maurice Lemoine. D’ores et déjà, il est acquis que le successeur d’Ignacio Ramonet devra présenter un plan de relance. Encore faut-il trouver la personne idoine. Le journaliste Alain Gresh et le gestionnaire Bruno Lombard ont été récusés, l'un par l'association Günter-Holzmann, qui possède le monopole de la procédure de présentation d’un candidat et regroupe les personnels du journal, l'autre par l’association des Amis du Monde diplomatique au prétexte qu’il n’était pas journaliste. Maurice Lemoine paraît aujourd’hui le mieux placé pour prendre la succession d’Ignacio Ramonet, mais un partage des tâches avec le journaliste Serge Halimi est largement envisageable. Le Monde déprimatique Si Maurice Lemoine ne nie pas être intéressé par la direction du titre, il indique simplement que « tout devrait être réglé avant Noël » préférant s’épancher sur le plan de relance du titre : « il n’y aura pas de nouvelle formule, ce n’est pas le genre de la maison, mais nous devons réfléchir à notre ligne éditoriale. Nous sommes sans doute trop associés à une image qui ne nous correspond pas toujours. En gros, des ultra-gauchos, alors que nous sommes d’abord un journal qui traite de la politique internationale, nous publions par exemple régulièrement des articles d’Hubert Védrine. Nous avons 60 éditions étrangères. Peu de gens le savent. Il s’agit là d’un problème d’image. Nous sommes également sans doute trop répétitifs et nous manquons de nouveaux moyens pour nous exprimer. Par ailleurs, je pense que nous donnons une vision trop désespérante du monde. J’ai tendance à dire que nous devenons parfois Le Monde déprimatique… ». Des changements profonds devraient donc intervenir au début de l’année 2008 alors que le groupe Le Monde envisagerait la mise en œuvre d’un plan de désendettement. D’aucuns évoquent un plan social qui pourrait concerner une centaine de salariés et la cession de certains actifs du groupe parmi lesquels Les cahiers du cinéma ou Le Monde Diplomatique. Maurice Lemoine n’exprime aucune inquiétude : « Je ne crois pas que le Monde Diplomatique puisse être concerné par un plan social. Quant à une cession des parts du journal, Le Monde est actionnaire à 51% et je ne vois pas quel intérêt il aurait à se séparer du titre. Si le compte d’exploitation n’est pas bon, la situation financière du journal est saine ». Le journal a, en effet, perdu entre 300.000 et 400.000 euros cette année, une goutte d’eau comparé au déficit du groupe Le Monde qui dépassera les 10 millions d’euros… D’autant que le Diplo possède une bonne trésorerie après avoir engrangé des bénéfices pendant dix ans. Si Le Monde peut, en effet, envisager une cession de ses actifs, lié avec le Monde Diplomatique par un pacte d’actionnaires, le mensuel n’est pas à proprement menacé « d’un point de vue stratégique, le groupe aurait tout intérêt à nous voir progresser » assure un salarié du journal. ------ (*) De nouvelles élections ont mis Jacques Nikonoff et ses partisans en minorité à la fin de l'année 2006. Ces derniers ont quitté les instances dirigeantes de l'association depuis. Dans la même rubrique :
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