Le Cac 40 raffole des paradis fiscauxSylvain Lapoix | Lundi 16 Mars 2009 à 09:57 | Lu 5166 fois
A quelques semaines du G20 sur la transparence financière, Alternatives économiques publie la liste des entreprises du Cac40 disposant de filiales dans les paradis fiscaux. Une pierre dans le jardin de Nicolas Sarkozy.
Banque, luxe, automobile, grande distribution... des plus grosses machines aux nouvelles cotations, toutes les entreprises du Cac40 ont mordu dans la pomme des paradis fiscaux, démontre une enquête du mensuel Alternatives économiques réalisée par Christian Chavagneux et Marie-Salomé Rinuy (dont vous pouvez télécharger le tableau synthétique ci-dessous). Le G20 finances réunis ce week-end en vue de la réunion générale du 4 avril a fait trembler l'Autriche, le Liechtenstein et la Suisse en exigeant l'assouplissement du secret bancaire pour lutter contre l'évasion fiscale. Sarkozy faisait le fier, demandant à Monaco de s'aligner sur les autres. Mais ces révélations mettent un sale coup à l'image de « régulateur » du président de la République française.
Certes, le Dax30 allemand ou le Footsie britannique doivent autant regorger de fraudeurs du trésor encravatés. Mais aucun n'a autant que Nicolas Sarkozy pris la posture du pourfendeur de l'évasion fiscale, tempêtant sur le sujet lors de son discours de Toulon sur la refondaiton du capitalisme ou élevant le sujet au rang de priorité de la présidence française de l'Union européenne.
Un tiers des sociétés off shore appartiennent au secteur bancaire
Bermudes, Macao, Hong Kong mais aussi Pays-Bas, Chypre et Royaume-Uni... Aucun paradis fiscal se trouvent dépourvus d'officine française. Sans grande surprise, ce sont les banques qui « s'échappent » le plus : sur les quelque 1470 filiales de groupes côtés implantées dans des paradis fiscaux, 467, soit le tiers, appartiennent à des organismes bancaires. Une manière, selon les enquêteurs d'Alternatives économiques, de faire « fructifier discrètement et au moindre coût fiscal le patrimoine des personnes aisées, gérer les salaires des cadres à haut revenu en dehors du regard du fisc, accompagner les stratégies internationales des multinationales qui pratiquent « l'optimisation fiscale ». » Un art dans lequel BNP semble être passé maître : le premier groupe bancaire français dispose de 189 entreprises domiciliées dans des paradis fiscaux, soit 23% de la totalité de ses filiales. Une performance que peinent à égaler les suivants : LVMH (140 filiales soit 24% du total), Schneider (131, soit 22%) ou encore France Télécom avec ses 63 modestes établissements (soit 24 du total) dont 8 implantés à l'île Maurice.
La City : le plus prisé des paradis fiscaux
Que ce soit Schneider, PPR, Pernod ou Peugeot, le Royaume-Uni reste la destination préférée des multinationales françaises : 30% des filiales situées dans la paradis fiscaux y sont implantées. Certes, le poids économique des Britanniques fournit un alibi de premier ordre. Mais c'est oublier un peu vite que la City de Londres, première place boursière européenne, dispose également d'un régime fiscal très avantageux pour les structures financières, notamment les hedge funds. Reste à savoir si les trente territoires listés par les journalistes d'Alternatives économiques intègreront tous la « liste noire » des pays non coopérants à la transparence bancaire qui doit être remise au G20 pour le 4 avril prochain. Pour ce qui est de la liste noire des entreprises pratiquant l'évasion fiscale, elle a été rendue publique depuis longtemps : elle défile sur un bandeau en bas de toutes les chaînes d'info en continue. Lire les extraits de l'enquête de Christian Chavagneux et Marie-Salomé Rinuy à paraître dans le numéro d'Alternatives économiques d'avril 2009.
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