Le 13h de TF1, bien plus folklorique que polémique
Comment est représentée la France dans le journal télévisé le plus regardé du pays, à savoir celui de 13h sur TF1 ? C'est en substance ce que s'est demandé Marianne cette semaine : mais que regarde le peuple ?
Récemment, Marianne2 mettait en évidence la « fatigue du marché » des Français, diagnostiquée par Eric Dupin dans son livre Voyages en France. Le journaliste est allé pendant deux ans à leur rencontre dans pas moins de dix-sept départements : l'objectif étant de prendre le pouls d'une France lasse, à mille lieux des schémas de pensées des éditorialistes parisiens.
Et si l'on s'intéressait un peu à ce que regardent les Français ? Dans le milieu journalistique, il peut être trompeur de suivre l'actualité uniquement à l'aune des émissions de débat, dont souvent la qualité va de pair avec la – relative - confidentialité. Ainsi nous avons suivi toute la semaine une institution de l'information, à savoir le 13h de TF1, un journal télévisé qui écrase littéralement la concurrence avec des audiences qui dépassent très souvent les 6 millions de téléspectateurs, et avoisinent les 50% de parts d'audience.
Il est donc utile, un an avant l'élection présidentielle, avec la montée du FN, l'islam dans le collimateur du gouvernement, la crise du pouvoir d'achat, d'analyser comment les Français se représentent leur pays à travers la lucarne de Jean-Pierre Pernaut et Jacques Legros. On admettra que faire la critique du JT de TF1 n'est pas une chose inédite, elle reste cependant utile dans cette période des vacances de Pâques, encore plus propice à « l'assoupissement » inoffensif de l'information mise en avant par TF1.
C'est donc Jacques Legros, joker de Jean-Pierre Pernaut, qui joue le rôle du présentateur chaleureux et complice avec le téléspectateur. Une marque de fabrique très connue de Jean-Pierre Pernaut, et reprise intentionnellement par son remplaçant. Le maître mot du JT de TF1 ? La proximité ! Une proximité incarnée par le gros plan constant sur le présentateur : alors que sur France 2 et les autres concurrents, on s'autorise des mouvements de caméra - et de présentateur, l'animateur de TF1 est fixe, comme immuable. Ajoutez à cela une louche de bons sentiments avec un commentaire personnel du présentateur comme point final à chaque reportage, du style « pourvu que ça dure », ou « ça a l’air bien bon », et vous obtenez la formule si particulière du 13h de TF1.
Par ailleurs, éviter tout sujet qui donne matière à débat : TF1 a compris que ce qui faisait le succès de son journal, c’était la fabrication du consensus. Du lundi au vendredi, le journal s’est ouvert sur les prévisions météo, données par Jacques Legros. Prévisions qui donnent lieu à une profusion de sujets en rapport avec le beau temps propice aux voyages en cette période de vacances de Pâques. L’international a souvent été relégué au second plan… L’enlisement en Libye, le dénuement au Japon, la chute de Gbagbo en Côte d’Ivoire, oui mais pas avant la joie qu'amène le soleil qui repointe le bout de son nez !
Florilège de conclusions de reportage :
« Le muguet est en avance, les mauvaises herbes poussent à toute vitesse, chacun profite du bonheur de vivre au soleil dans le parfum du lila et du muguet, et Moumoune surveille les brins pour savoir s’ils ont 13 clochettes… ou pas. »
« Traditionnelles, les températures le redeviennent dans l’ouest toute cette semaine, les maillots de bain peuvent donc attendre un peu, le temps de choisir d’autres accessoires de l’été… un nouveau sac par exemple. »
« [à propos des fraises de Carros, à Nice] Du soleil est beaucoup de travail, la recette est presque immuable. Quant au résultat, il est coloré, sucré et parfumé, comme un avant-goût d’été pour le palais. »
Au-delà de ces sujets pittoresques sur le « beau temps qui revient », l’été avant l’heure et autres considérations peu subversives, le journal propose aussi des sujets qui mettent souvent en avant l’image d’une France en pleine déréliction. Chômage, violence, inflation, abandon rural, désertification des services publics, traditions en perdition, tout passe à la moulinette du fatalisme contemplatif du 13h :
« [à propos du harcèlements à l’école] Le rapport remis aujourd’hui au ministre de l’Education nationale préconise de rompre l’isolement des enfants victimes et de leurs parents, de mieux former les enseignants pour ne pas sous-estimer le phénomène. Début mai, un grand plan de lutte contre le harcèlement à l’école sera présenté. »
« [à propos de deux communes normandes] Fusion ou pas p’tet bien qu’oui, p’tet bien qu’non, la réponse est bien normande. »
« La droguerie Duflos, commerce de proximité, a fermé définitivement ses portes. Elle pourrait être remplacée… par une banque. »
« [à propos d’un garagiste qui fait aussi office de bureau de poste] Cette activité toute récente apporte à Olivier de nouveaux clients, ce garage-poste rend service à 1200 habitants. »
Les reportages sont donc souvent le plus locaux possible, et font du 13h de TF1 un journal identifié pour son traitement privilégié des joies et des peines de la France rurale, des… « vraies gens ». Après tout, pourquoi pas ? Mais les sujets font souvent l’objet d’un traitement bien plus folklorique que polémique. Comme dans certains dîners de famille, on préfère parfois parler de la pluie et du beau temps que des sujets qui fâchent. Gage de succès ? Apparemment oui, les atermoiements de Mme Michu seront bien souvent préférés à des paroles d’experts, d’élus, de spécialistes sur les sujets traités. Un choix éditorial qui limite la portée de l'information.
A vrai dire, le 13h de TF1 ne renvoie aucune vision globale de la France, mais de multiples situations locales. Des bricolages avec l’assèchement des services publics, de la sauvegarde de terroirs menacés par la mondialisation, de l’exaltation des spécialités gastronomiques régionales… Un vague parfum de « Tout fout le camp, mais on fait de notre mieux pour sauver ce qu’on peut » qui instille une saveur douce-amère à ce JT tant regardé, et tant caricaturé.
Les auditeurs de RTL ont la parole, par Régis Soubrouillard - Marianne
Depuis trente ans, « Les auditeurs ont la parole », émission emblématique de RTL accueille ceux qui ont quelque chose à dire. Lieu de débats, apaisés, souvent argumentés, c'est aussi le théâtre des suspicions à l'égard du politique ou d'expression de confrontations plus élémentaires. L'émission se veut un baromètre en temps réel des préoccupations des Français... qui écoutent RTL.
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