Laïcité: il n’y a plus besoin de débattre, mais d’agir
Samedi 19 Mars 2011 à 12:01 | Lu 21601 fois I 613 commentaire(s)
Patrick Gaubert - Carte blanche
Cette semaine, Marianne laisse carte blanche à Patrick Gaubert. Pour le Président du Haut Conseil à l’intégration, quand des minorités intégristes instrumentalisent la religion, la transmission des éléments de la culture républicaine devient problématique. Et la politique d’intégration court à l’échec.
Des jeunes gens en manque de repères sont soumis à un discours de détestation du pays où ils vivent.
Voici la laïcité replacée au cœur du débat public et l’on peut s’interroger sur l’instrumentalisation dont elle fait l’objet depuis plusieurs mois. Il est, en effet, plus urgent d’agir que de lancer un énième débat sur ce sujet au risque de stigmatiser l’ensemble de nos compatriotes musulmans. Le Haut Conseil à l’intégration (HCI), comme d’autres institutions, a déjà travaillé, débattu et fait depuis longtemps des propositions sur ces enjeux. Il est en particulier le rédacteur de la charte de la laïcité dans les services publics, signée par le Premier ministre en 2007, mais depuis lors peu ou pas diffusée.
L’intrusion agressive du religieux dans la sphère publique depuis l’affaire du port du voile islamique au collège de Creil, en 1989, est loin d’avoir disparu, en dépit de la pertinence des lois votées. La question continue de se poser sous diverses formes dans des hôpitaux publics, des universités, ou encore dans l’entreprise et même dans les crèches, comme l’affaire Baby Loup l’a illustré.
Le HCI, que je préside depuis novembre 2008, a déjà exprimé sa conception de la laïcité : elle est un principe de concorde sociale assurant tout à la fois la liberté de culte, celle de ne pas croire et la nécessaire neutralité des services et pouvoirs publics. Elle fait désormais largement consensus et vise à rassembler, non à diviser la société, non à dresser les Français les uns contre les autres.
L’année dernière, au moment du débat parlementaire sur l’interdiction du port du voile intégral, le HCI avait souhaité prendre de la hauteur et réfléchir plus globalement sur la place de l’expression religieuse dans les espaces publics. Nous avions réuni des experts et formulé, en mars 2010, douze recommandations concrètes dont certaines sont de nature législative. L’une d’elles appelle à former les cadres de la fonction publique à la laïcité et à ses modalités d’application, à encourager le développement à l’école d’une « pédagogie de la laïcité » ; une autre préconise l’adoption de mesures législatives afin que soit appliqué le principe de laïcité à tous les collaborateurs occasionnels du service public et invite à interdire les signes ou tenues ostensibles religieux lors de cérémonies publiques. Dans une autre recommandation, nous invitons les universités à compléter leur règlement intérieur afin de soustraire l’enseignement et la recherche à toute pression religieuse et de conforter la mixité et l’égalité homme-femme. Enfin, le HCI propose d’insérer dans le code du travail un article pour que les entreprises puissent intégrer dans leur règlement intérieur des dispositions limitant les manifestations d’expression religieuse pour des impératifs tenant à la sécurité, au contact avec la clientèle ou à la paix sociale interne, comme l’avait déjà préconisé la commission Stasi en 2004. Depuis, chargé par le président de la République d’une mission de réflexion sur la laïcité, j’ai à cet effet installé en décembre dernier un comité de réflexion composé de personnalités d’horizons professionnels et politiques divers.
Il y a urgence à agir. La solidité de nos valeurs républicaines est testée. La laïcité est sans nul doute celle de ces valeurs qui subit les attaques les plus violentes. Elles sont le fait de minorités intégristes qui instrumentalisent la religion et manipulent, notamment dans les quartiers de la politique de la ville, les esprits de jeunes gens en manque de repères, soumis à un discours ambiant de détestation du pays où ils vivent et où, pour l’immense majorité d’entre eux, ils sont nés. La transmission des éléments de la culture républicaine française, démocratique et laïque pose problème auprès de certains jeunes scolarisés comme auprès de leurs parents. Quelques-uns revendiquent publiquement leur adhésion à des « valeurs » contraires à celles de la République, invoquant leur croyance en une vérité transcendante qui ne souffre aucune critique. C’est bien souvent le reflet des mentalités du quartier environnant qui se lit en particulier dans les déboires de l’école laïque, et par là un certain échec de la politique d’intégration. A terme, c’est la société tout entière qui devra se confronter à la défaite de la pacification laïque.
Aucune religion ne peut imposer ses valeurs à la collectivité républicaine. Aux responsables du culte musulman, comme, avant eux, chrétiens et juifs, de le reconnaître sans ambiguïté. Aux politiques désormais de se saisir de nos propositions pour agir.
* Patrick Gaubert est Président du Haut Conseil à l’intégration
Voici la laïcité replacée au cœur du débat public et l’on peut s’interroger sur l’instrumentalisation dont elle fait l’objet depuis plusieurs mois. Il est, en effet, plus urgent d’agir que de lancer un énième débat sur ce sujet au risque de stigmatiser l’ensemble de nos compatriotes musulmans. Le Haut Conseil à l’intégration (HCI), comme d’autres institutions, a déjà travaillé, débattu et fait depuis longtemps des propositions sur ces enjeux. Il est en particulier le rédacteur de la charte de la laïcité dans les services publics, signée par le Premier ministre en 2007, mais depuis lors peu ou pas diffusée.
L’intrusion agressive du religieux dans la sphère publique depuis l’affaire du port du voile islamique au collège de Creil, en 1989, est loin d’avoir disparu, en dépit de la pertinence des lois votées. La question continue de se poser sous diverses formes dans des hôpitaux publics, des universités, ou encore dans l’entreprise et même dans les crèches, comme l’affaire Baby Loup l’a illustré.
Le HCI, que je préside depuis novembre 2008, a déjà exprimé sa conception de la laïcité : elle est un principe de concorde sociale assurant tout à la fois la liberté de culte, celle de ne pas croire et la nécessaire neutralité des services et pouvoirs publics. Elle fait désormais largement consensus et vise à rassembler, non à diviser la société, non à dresser les Français les uns contre les autres.
L’année dernière, au moment du débat parlementaire sur l’interdiction du port du voile intégral, le HCI avait souhaité prendre de la hauteur et réfléchir plus globalement sur la place de l’expression religieuse dans les espaces publics. Nous avions réuni des experts et formulé, en mars 2010, douze recommandations concrètes dont certaines sont de nature législative. L’une d’elles appelle à former les cadres de la fonction publique à la laïcité et à ses modalités d’application, à encourager le développement à l’école d’une « pédagogie de la laïcité » ; une autre préconise l’adoption de mesures législatives afin que soit appliqué le principe de laïcité à tous les collaborateurs occasionnels du service public et invite à interdire les signes ou tenues ostensibles religieux lors de cérémonies publiques. Dans une autre recommandation, nous invitons les universités à compléter leur règlement intérieur afin de soustraire l’enseignement et la recherche à toute pression religieuse et de conforter la mixité et l’égalité homme-femme. Enfin, le HCI propose d’insérer dans le code du travail un article pour que les entreprises puissent intégrer dans leur règlement intérieur des dispositions limitant les manifestations d’expression religieuse pour des impératifs tenant à la sécurité, au contact avec la clientèle ou à la paix sociale interne, comme l’avait déjà préconisé la commission Stasi en 2004. Depuis, chargé par le président de la République d’une mission de réflexion sur la laïcité, j’ai à cet effet installé en décembre dernier un comité de réflexion composé de personnalités d’horizons professionnels et politiques divers.
Il y a urgence à agir. La solidité de nos valeurs républicaines est testée. La laïcité est sans nul doute celle de ces valeurs qui subit les attaques les plus violentes. Elles sont le fait de minorités intégristes qui instrumentalisent la religion et manipulent, notamment dans les quartiers de la politique de la ville, les esprits de jeunes gens en manque de repères, soumis à un discours ambiant de détestation du pays où ils vivent et où, pour l’immense majorité d’entre eux, ils sont nés. La transmission des éléments de la culture républicaine française, démocratique et laïque pose problème auprès de certains jeunes scolarisés comme auprès de leurs parents. Quelques-uns revendiquent publiquement leur adhésion à des « valeurs » contraires à celles de la République, invoquant leur croyance en une vérité transcendante qui ne souffre aucune critique. C’est bien souvent le reflet des mentalités du quartier environnant qui se lit en particulier dans les déboires de l’école laïque, et par là un certain échec de la politique d’intégration. A terme, c’est la société tout entière qui devra se confronter à la défaite de la pacification laïque.
Aucune religion ne peut imposer ses valeurs à la collectivité républicaine. Aux responsables du culte musulman, comme, avant eux, chrétiens et juifs, de le reconnaître sans ambiguïté. Aux politiques désormais de se saisir de nos propositions pour agir.
* Patrick Gaubert est Président du Haut Conseil à l’intégration
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