Lagarde ou la voix des marchés... qui font de la résistanceGérald Andrieu - Marianne | Mardi 22 Septembre 2009 à 09:41 | Lu 6651 fois
Les bonus, la Poste, le G20, pour Christine Lagarde, interviewée ce matin sur France Inter, on ne peut rien faire sans demander leur avis aux marchés. Et devinez ce qu'ils disent les marchés !
L’objectif du G20 ? Christine Lagarde l’a expliqué ce matin au micro de France Inter : il s’agit de « donner un signal pour continuer les plans de soutien à l’économie ». Et d’user d'une métaphore filée : le monde était « malade », il est désormais « sur des béquilles », il faut l’aider à ne pas se retrouver à terre. Mais l’économie mondiale n’est pas la seule à connaître un équilibre fragile. Christine Lagarde, elle aussi, joue les équilibristes : il faut faire, mais pas trop tout de même, car, explique-t-elle, il s’agit d’instaurer « des règles qui puissent s’appliquer partout », il s’agit de « réguler le système de façon globale ». La fameuse théorie des marchés…
A Pittsburgh, la France va-t-elle par exemple tenter de convaincre ses partenaires de limiter les bonus ? La ministre de l’Economie préfère parler d’« encadrement des bonus ». « Il faut, dit-elle, que les bonus garantis soient interdits. » Il faudrait aussi, selon elle, substituer au système des bonus un système de « bonus-malus ». Des initiatives intéressantes, mais de là à plafonner les bonus, il y a un pas que Christine Lagarde ne semble surtout pas vouloir franchir. La faute, encore et toujours, à ces satanés marchés. «La dissection du tissu bancaire n’est pas à l’ordre du jour»Et quid alors de la proposition formulée par Henri Guaino dans un entretien au Figaro d’instaurer « un nouveau Glass Steagal Act qui interdisait jadis à une banque américaine d'exercer en même temps des activités de dépôts et de marchés » ? Là encore, Christine Lagarde joue les équilibristes de haut vol : elle reconnaît que « ce sont [les banques d’affaires] qui nous ont plombés », mais explique, dans le même temps, que c’était une solution valable durant les Trente Glorieuses. Les marchés à nouveau ? La pression serait plus forte aujourd’hui ? De toutes façons, pour elle, c’est niet. Séparer les activités de dépôts et les activités de marchés des banques n’est pas d’actualité et ça ne se fera « sûrement pas au G20 » : « On a suffisamment de choses à mettre en place », « la dissection du tissu bancaire n’est pas à l’ordre du jour ». Et La Poste, elle aussi, va devoir s’adapter aux marchés : il faut coûte que coûte « [la] réorganiser pour la moderniser » même si Christine Lagarde concède que La Poste « est une institution qui dégage de l’argent », « une institution efficace ». Ils sont exigeants les marchés : même quand on est « efficace », il faut s’y adapter ! A l’en croire, les marchés ont d’ailleurs beaucoup plus droit au chapitre que les « simples » usagers de La Poste : « On ne va pas faire des référendums à longueur de temps », lâche-t-elle, « Il faut limiter les consultations populaires à de grands moments » ! « À longueur de temps » ? Sans doute pas. À l’occasion de « grands moments » comme lorsque le gouvernement souhaite changer le statut de La Poste ? Avec plaisir ! Nicolas Sarkozy avait promis de consulter régulièrement les Français. Et pour l’instant, de référendums, il n’y en a eu aucun…
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