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La télé se meurt, tant mieux !Partie 1/2Laurent Laurent | Jeudi 21 Août 2008 à 06:48 | Lu 13319 fois
Par Laurent Laurent, qui s’intéresse de près à la vie de ce qu’il appelle joliment les «me(r)dias». Pour lui, le débat sur télé publique-télé privée n’a aucun sens. Il faudrait plutôt répondre à la question «télévision ou pas-télévision» ?
Nous en sommes peut-être à quelques années ou dizaines d’années de la prochaine révolution. Sans doute les médias y tiendront-ils le rôle du clergé tel qu’il la joué dans celle de 1789.
Parmi eux, les cardinaux, les directeurs de conscience, les obédiences, les télévisions. Peu nous chaut donc de savoir si, dans ces ordres, telle congrégation des dominicains Bouygues est préférable à celle des trappistes Bolloré, comme si le cardinal de Lyon était meilleur que l’évêque de Laon. La question posée est celle de l’existence de ce clergé audiovisuel, tout court.
De la télévision comme un clergé
Michelet, en 80 pages décrit l’iniquité du clergé de l’ancien régime dans sa Révolution Française. Et de là , son nécessaire renversement global, la justification de la confiscation de ses biens par la Révolution, pour la Nation. Ce qui déboucha, en France, sur l’anticléricalisme le plus puissant, un siècle plus tard, et l’avènement de la laïcité fondamentale et sacrée. Il en est de même des médias actuels. Il en sera de même. Qui basculeront entier dans le fossé. Même si après la chute, il restera de la communication, de l’information et des diffuseurs d’opinion, comme il est resté des croyances, des règles de vie et du sacré après la mort de Dieu. Alors, parler aujourd’hui de télévision publique ou privée, c’est un peu comme débattre du sexe des anges. C’est vain.
La télévision s’est tant dévalorisée depuis 30 ou 40 ans au moins - si ce n’est depuis le début (Pierre Sabagh - qu’elle a fait la preuve de sa servilité génétique. De sa propagande, de son hypocrisie. En France, au États-Unis et partout dans le monde. Sauf peut-être la BBC qui est - idée reçue ? - légère exception qui confirme la règle.
La télévision n’est pas un média de création. Où sont les chefs d’œuvres ? Si peu nombreux, si exceptionnels (Jean-Christophe Averty, etc.). Notons que Cinéma-cinéma est un chef d’œuvre télévisuel, parce qu’il a comme matière… le cinéma. Elle ne fait pas non plus avancer les idées, même si au fil du temps elle finie par récupérer ce qui est en vogue, en «vulgarisant», au sens de galvauder souvent. Elle est culturelle, comme la publicité est culturelle.
Small is impossible
Et qui ose encore dire aujourd’hui que la télévision informe ou contribue au débat démocratique ? La télévision n’est pas d’utilité publique, comme le livre, les arts, le cinéma et même l’internet. Elle n’est pas au fait de la liberté de la presse, parce que fermée. C’est toujours un instrument lourd, appartenant à un pouvoir. À la télé, «small is impossible». Même sur les grands événements : elle arrive aujourd’hui à passer à côté de l’essentiel, à désinformer, à niveler par le bas et à répéter en boucle les mêmes contrevérités ou fadaises, en recopiant collant sans réfléchir. Ou pire, à dessein. Donc la question pertinente est de savoir plutôt s’il faut une télévision ou non. Depuis dix ans et plus, le gros des classes CSP+ qui consomment (sensiblement plus que les CSP-), ne regardent plus la télévision. Films en vidéo, Internet, video-on-demand. Ces catégories se distinguent, ne serait-ce que par leurs enfants qui n’ont aucune idée et connaissance des programmes et des animateurs en vogue, alors que ceux des classes inférieures, les «moins», oui. Qui est Jean-Luc Reichman ? Le Figaro nous dit que les jeunes non plus ne regardent plus la télévision Au travail, comme dans la cour de récréation, il est maintenant impossible de parler de ce que l’on a regardé hier soir. Et mentionnons aussi que l’école, depuis une dizaine d’année, combat ouvertement l’abrutissement télévisuel des enfants. Dans les moments historiques intenses, le besoin d’image est pressant. Si, lors du 11 septembre 2001, «tout le monde» a ouvert son poste, aujourd’hui, tout le monde ouvrirait son ordinateur. C’est là que l’on trouvera ce qui émane déjà des canaux d’information traditionnels, mais aussi d’autres points de vue. Et ce qu’enverront les journalistes en «off», les «refusés». Mentionnons aussi ce «grand événement télévisuel» qui fut sans nul doute la finale de la Coupe du monde de football avec la France en finale, en 2006. Quel est réellement ce record d’audience de 18 millions de téléspectateur vanté par les médias ? C’est beaucoup mais cela reste seulement entre un quart et un tiers des Français. Et les autres que faisait-il ? Non, «tout le monde» n’a pas regardé la Coupe du monde. Et la «grand’messe» du 20 heures ? Parlons en, elle est regardée par 5 millions de téléspectateurs sur TF1. Pendant ce temps, une écrasante majorité de 55 millions de Français mieux inspirés fait autre chose. Alors, pourquoi, au fond, un tel écroulement ?
Le deuxième volet de cette enquête paraitra demain.
Retrouvez le blog de LaurentLaurent en cliquant ici.
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