La rumeur de Nancy ?
Dimanche 5 Septembre 2010 à 07:57 | Lu 26988 fois I 175 commentaire(s)
Guy Konopnicki - Marianne
Catherine Pederzoli Ventura, une enseignante nancéenne emmène depuis quinze ans des groupes d'élèves visiter des camps de concentration. Elle vient d'être suspendue pour quatre mois par le Rectorat de Nancy. Notre collaborateur Guy Konopnicki, qui la connait de longue date, prend ici sa défense. En l'absence pour le moment d'une enquête journalistique que mérite sans doute cette affaire, il n'engage évidemment que lui-même.
Catherine Pederzoli Ventura, professeur d’histoire dans un lycée de Nancy, est suspendue pour quatre mois, par décision du recteur. De quelle faut grave s’est-elle rendue coupable ? Elle a préparé et organisé un voyage d’élèves à Auschwitz Birkenau. La voici accusée de partialité et donc de manquement à la laïcité. Catherine Pederzoli Ventura aurait même utilisé des « méthodes de lavage de cerveau ». La preuve ? On relève qu’elle utilise plus souvent le mot Shoah que le mot génocide. Et bien sûr, en tant que juive, elle manque d’objectivité. On le fera donc passer pour une obsessionnelle, d’autant plus dangereuse qu’elle est capable de manipuler les esprits fragiles de ses élèves.
La vérité de cette histoire est politique. Les élèves et les parents, de toutes opinions et, selon l’expression consacrée, de toutes confessions, ont approuvé le voyage et apprécié les qualités historiques et pédagogiques de l’enseignante qui s’était chargée de l’organiser. Mais tel n’était pas l’avis de certains collègues. Au début, Catherine encaisse sans broncher de petites remarques du genre : « C’est très bien ton voyage à Auschwitz… Mais quand parleras-tu du génocide de Gaza ? ». On ne saurait être plus clair. Deux sections syndicales du lycée, SNES et CFDT, ont lancé le procès de Catherine Pederzoli Ventura. Elle viole la laïcité, et, surtout, engage le lycée dans une opération à haut risque, le déplacement de 180 élèves à Auschwitz. Comme la scène se passe en Pologne, on évoque les risques d’alcoolisme. Or le voyage n’a été entaché d’aucun incident. Les élèves ont écouté les intervenants sur le site, ils ont discuté avec leur professeur.
Fallait-il, pour respecter la laïcité, entendre un ancien gardien de camp ou convoquer une amicale de Waffen SS, comme celle qui défile chaque année, au nom de la mémoire, en Lettonie ? Qu’est ce que l’impartialité quand il s’agit de la Shoah ? On le comprend trop bien. Ces juifs sont insupportables. Ils utilisent le passé pour se justifier au présent. Il fallait donc dénoncer la coupable. Catherine Pederzoli Ventura manipule de jeunes esprits… l’argument n’est pas neuf. Il hante la propagande antisémite depuis toujours. Le juif manipule, se faufile pour régner sur les esprits. Les antisémites changent mais ne se renouvellent guère.
Deux syndicats dénoncent une collègue et obtiennent une sanction exemplaire. Depuis quand le rôle des syndicats est-il de dénoncer et de faire sanctionner une enseignante ? Au nom de prétendus principes pédagogiques, et sous couvert d’objectivité de l’enseignement, c’est une police de la pensée que ces bons militants cherchent à imposer. Qui ne se soumet pas au nouvel ordre intellectuel doit être chassé de l’enseignement. Au besoin, on fera appel une psychologie de bazar, prouvant que l’entêtement à faire connaître Auschwitz n’est que la manifestation de trouble mentaux.
Pour ramener le calme, le recteur a infligé à Catherine Pederzoli Ventura une suspension de quatre mois. Le ministre de l’Éducation Nationale, fort embarrassé, refuse de désavouer son recteur. Les détracteurs de Catherine Pederzoli Ventura marquent un point. On se dit qu’il y a bien quelque chose et que l’enseignante a peut-être déraillé sur la rampe de Birkenau. Ceux qui devraient, qui doivent la soutenir hésitent… n’est-elle pas vraiment un peu dérangée ?
On l’imagine venue d’un monde juif, sectaire et pour tout dire communautariste. C’est faux. Catherine a grandi, comme moi-même, dans une famille laïque, où les idéaux universels, ceux de la République se confondaient avec l’espérance de ne plus jamais subir les persécutions. L’accuser de manquer à la laïcité est une infamie.
Catherine Pederzoli Ventura a choisi de servir l’Éducation Nationale, d’enseigner l’histoire. Au centre de l’histoire du vingtième siècle, programme du bac, se trouve la Seconde Guerre mondiale. Sauf à considérer que les chambres à gaz ne sont qu’un point de détail, l’initiative d’un voyage s’inscrit dans un projet pédagogique, dont le but est de faire comprendre l’événement majeur du siècle passé. Catherine Pederzoli Ventura a fait son travail d’enseignante, elle ne s’est pas tenue à cette routine qui permet d’avancer sans vagues jusqu’à la retraite. Et la voici sanctionnée !
La rumeur tend à l’isoler. Elle court, elle court la rumeur, comme, il n’y a pas si longtemps, dans les rues d’Orléans, où l’on accusait les commerçants juifs de faire disparaître les jeunes filles dans les cabines d’essayage. Cette fois, il s’agit d’une juive, utilisant sa position de professeur pour entraîner des adolescents dans un rituel, et troubler leurs jeunes esprits dans ce lieu mystérieux, hanté par les âmes des juifs disparus… L’antisémitisme, décidément, ne change pas.
Catherine Pederzoli Ventura se bat avec calme et détermination. Elle est soutenue par des parents, des enseignants et des élèves majeurs. Elle veut obtenir la levée d’une sanction infâmante et injustifiée.
Car la seule faute qui été commise, c’est la mise à pied de Catherine Pederzoli Ventura, sanction réservée aux fonctionnaires condamnés en justice ou ayant commis une faute grave dans l’exercice de leurs fonctions.
Cette sanction doit être levée immédiatement. À moins de vouloir paralyser toute initiative d’enseignant et faire de la Shoah un sujet tabou.
La vérité de cette histoire est politique. Les élèves et les parents, de toutes opinions et, selon l’expression consacrée, de toutes confessions, ont approuvé le voyage et apprécié les qualités historiques et pédagogiques de l’enseignante qui s’était chargée de l’organiser. Mais tel n’était pas l’avis de certains collègues. Au début, Catherine encaisse sans broncher de petites remarques du genre : « C’est très bien ton voyage à Auschwitz… Mais quand parleras-tu du génocide de Gaza ? ». On ne saurait être plus clair. Deux sections syndicales du lycée, SNES et CFDT, ont lancé le procès de Catherine Pederzoli Ventura. Elle viole la laïcité, et, surtout, engage le lycée dans une opération à haut risque, le déplacement de 180 élèves à Auschwitz. Comme la scène se passe en Pologne, on évoque les risques d’alcoolisme. Or le voyage n’a été entaché d’aucun incident. Les élèves ont écouté les intervenants sur le site, ils ont discuté avec leur professeur.
Fallait-il, pour respecter la laïcité, entendre un ancien gardien de camp ou convoquer une amicale de Waffen SS, comme celle qui défile chaque année, au nom de la mémoire, en Lettonie ? Qu’est ce que l’impartialité quand il s’agit de la Shoah ? On le comprend trop bien. Ces juifs sont insupportables. Ils utilisent le passé pour se justifier au présent. Il fallait donc dénoncer la coupable. Catherine Pederzoli Ventura manipule de jeunes esprits… l’argument n’est pas neuf. Il hante la propagande antisémite depuis toujours. Le juif manipule, se faufile pour régner sur les esprits. Les antisémites changent mais ne se renouvellent guère.
Deux syndicats dénoncent une collègue et obtiennent une sanction exemplaire. Depuis quand le rôle des syndicats est-il de dénoncer et de faire sanctionner une enseignante ? Au nom de prétendus principes pédagogiques, et sous couvert d’objectivité de l’enseignement, c’est une police de la pensée que ces bons militants cherchent à imposer. Qui ne se soumet pas au nouvel ordre intellectuel doit être chassé de l’enseignement. Au besoin, on fera appel une psychologie de bazar, prouvant que l’entêtement à faire connaître Auschwitz n’est que la manifestation de trouble mentaux.
Pour ramener le calme, le recteur a infligé à Catherine Pederzoli Ventura une suspension de quatre mois. Le ministre de l’Éducation Nationale, fort embarrassé, refuse de désavouer son recteur. Les détracteurs de Catherine Pederzoli Ventura marquent un point. On se dit qu’il y a bien quelque chose et que l’enseignante a peut-être déraillé sur la rampe de Birkenau. Ceux qui devraient, qui doivent la soutenir hésitent… n’est-elle pas vraiment un peu dérangée ?
On l’imagine venue d’un monde juif, sectaire et pour tout dire communautariste. C’est faux. Catherine a grandi, comme moi-même, dans une famille laïque, où les idéaux universels, ceux de la République se confondaient avec l’espérance de ne plus jamais subir les persécutions. L’accuser de manquer à la laïcité est une infamie.
Catherine Pederzoli Ventura a choisi de servir l’Éducation Nationale, d’enseigner l’histoire. Au centre de l’histoire du vingtième siècle, programme du bac, se trouve la Seconde Guerre mondiale. Sauf à considérer que les chambres à gaz ne sont qu’un point de détail, l’initiative d’un voyage s’inscrit dans un projet pédagogique, dont le but est de faire comprendre l’événement majeur du siècle passé. Catherine Pederzoli Ventura a fait son travail d’enseignante, elle ne s’est pas tenue à cette routine qui permet d’avancer sans vagues jusqu’à la retraite. Et la voici sanctionnée !
La rumeur tend à l’isoler. Elle court, elle court la rumeur, comme, il n’y a pas si longtemps, dans les rues d’Orléans, où l’on accusait les commerçants juifs de faire disparaître les jeunes filles dans les cabines d’essayage. Cette fois, il s’agit d’une juive, utilisant sa position de professeur pour entraîner des adolescents dans un rituel, et troubler leurs jeunes esprits dans ce lieu mystérieux, hanté par les âmes des juifs disparus… L’antisémitisme, décidément, ne change pas.
Catherine Pederzoli Ventura se bat avec calme et détermination. Elle est soutenue par des parents, des enseignants et des élèves majeurs. Elle veut obtenir la levée d’une sanction infâmante et injustifiée.
Car la seule faute qui été commise, c’est la mise à pied de Catherine Pederzoli Ventura, sanction réservée aux fonctionnaires condamnés en justice ou ayant commis une faute grave dans l’exercice de leurs fonctions.
Cette sanction doit être levée immédiatement. À moins de vouloir paralyser toute initiative d’enseignant et faire de la Shoah un sujet tabou.
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