La région PACA ou le «sacrifice» d’Hubert FalcoJean-Claude Bouildé - Marianne | Vendredi 4 Septembre 2009 à 07:01 | Lu 5510 fois
Conquérir la région PACA, c’est l’ultime défi que le «parrain» du Var entend relever. Se déjouer de ses faux amis Gaudin et Estrosi (Marseille et Nice) qui voient d’un mauvais œil l’accession d’un «Toulonnais» à la tête de la PACA, et se défaire du socialiste Vauzelle, qui préside la région depuis 12 ans au profit de triangulaires, Falco entend engranger sa 15e victoire en autant d’élections, avec un brin d’amertume cette fois-ci.Il rêvait d’un ministère…
Sarkozy n’aura pas eu cette grâce à son encontre. Les dernières municipales n’auront pas suffi à lui donner le graal, un ministère à part entière. Lui qui aura été à quatre reprises secrétaire d’Etat fait bonne figure devant les caméras, mais l’amertume est là, bien là, il aurait voulu être ministre et a compris qu’il ne le serait probablement jamais. Dont acte.
Même s’il réserve toujours sa réponse, un moyen de maintenir la pression sur ses conditions, de se laisser du temps pour gérer la succession à Toulon, c’est un secret de polichinelle dans les couloirs de l’UMP, Falco se voit déjà sur le trône de la région, cela ne fait plus aucun doute. Toutefois, devenir président de la PACA est un véritable sacrifice pour le Maire de Toulon. Il s’agit en effet de se lancer dans une bataille à l’issue incertaine, l’UMP Muselier s’y est déjà cassé les dents en 2004 et le socialiste Vauzelle est bien décidé à conserver son poste. Mais un sacrifice surtout car il devra abandonner la cité toulonnaise (une obligation légale) et de son sous-ministère (une exigence de X. Bertrand). Bye Bye Toulon ! Bonjour la trahison ?
« J’ai pris un engagement moral avec les Toulonnais, pas question que je les trahisse. Cette ville est sinistrée, son redressement prendra du temps », Ce sont les mots bien pesés qu’Hubert Falco a utilisé en octobre 2004 pour quitter le gouvernement et se consacrer à la ville de Toulon. Ce choix lui a permis, au moins en partie, de réaliser un score dantesque en 2008, en réunissant plus de 65% des suffrages au premier tour. Un score astronomique puisqu’il avoisine celui de Sarkozy au second tour de la présidentielle dans cette ville. Une victoire qui exigea du Président nouvellement élu des considérations particulières, avec un déplacement d’importance au début de son mandat et la nomination de Falco au gouvernement. Hubert avait désormais acquis le droit de cumuler son "bien électoral" avec un portefeuille ministériel.
Mais alors, comment expliquer aujourd’hui, moins de 2 ans après sa réélection, qu’il abandonne sa fonction de premier magistrat de Toulon, légalement incompatible avec celle de président de région ? De deux choses l’une, soit Toulon est déjà redressée, soit Falco « trahit » des électeurs qui l’ont pourtant plébiscité. Nul doute, d’un côté comme de l’autre, que les électeurs ne voteront pas d’un seul homme lors des prochaines échéance, le chantier toulonnais étant loin d’être terminé, la parole donnée étant tout aussi difficile à reprendre. A quand la guerre de succession à Toulon ?
Pas question de tout lâcher du jour au lendemain, s’il est élu, Falco prendra le temps de passer le témoin. Il deviendra l’adjoint de sa protégée, Geneviève Levy, pendant quelques mois, une année tout au plus, enfin le temps nécessaire pour installer durablement à Toulon l’autorité de celle qu’il a lui-même désignée et qui lui doit sa carrière.
Car si l’incertitude était encore de mise en juin dernier, il s’est décidé et a commencé à prendre ses dispositions pendant la trêve estivale. Reste encore à régler quelques menus détails, et une fois que tout sera clairement ficelé, l’annonce officielle ne devrait plus être qu’une formalité, son entourage est confiant. N’en déplaise aux agitateurs locaux, Falco n’entend pas livrer sa mairie aux batailles de chapelle. Le « Patron », plus que jamais, c’est lui, et si arbitrage il doit y avoir, nul doute qu’il y aille de sa personne. Adieu le poste de numéro 2 à la défense !
« C’est un excellent atout pour les habitants de notre département de compter parmi eux le numéro deux de la Défense ! ». Voilà comment le maire de Toulon a commenté sa nomination aux côtés d’Hervé Morin dans les colonnes de Var Matin en juin dernier. Mais entre temps, l’agenda politique s’est bouleversé : le cumul des mandats s’est hissé en haut des priorités politiques.
En effet, l’engagement de Xavier Bertrand d’imposer le non cumul aux futurs présidents de région qui ont déjà un maroquin ministériel risque encore de le faire reculer. Car si le "Roi Hubert du Var" tire les ficelles de Toulon, son agglomération et indirectement du Conseil Général du Var, il peut légitimement s’interroger sur sa capacité à garder la maîtrise de toutes ses institutions en devenant, certes, président de Région, mais en perdant cependant son secrétariat d’Etat et toute implantation locale. La réforme des collectivités territoriales en ligne de mire
Une victoire aux régionales menacerait ses autres mandats, y compris celui de l’Agglomération TPM (Toulon Provence Méditerranée) dans la perspective de la réforme des collectivités territoriales bientôt discutée en conseil des ministres. Une réforme à l’effet boomerang pour l’ancien secrétaire d’Etat à l’aménagement du territoire car il est prévu la création de puissantes métropoles s’appropriant unilatéralement les prérogatives du Conseil Général. Et c’est là que le bât blesse, ces "puissantes" métropoles devront compter au moins 500 000 habitants dans la version existante de l’avant projet de loi Balladur. Le "mulet" qui parraine le Var pourra soigner ses blessures, l’agglomération toulonnaise dépasse de peu les 400 000 personnes. Il n’est donc pas prévu que Toulon devienne une métropole. Toulon deviendrait donc fatalement une ville de seconde zone, une communauté d’agglomération parmi tant d’autres…
Plus de ministère, adieu Toulon et son agglo, des conflits d’intérêt avec le Conseil Général du Var et aux orties la Métropole toulonnaise… Un équilibre réellement difficile à trouver pour celui qui est de plus en plus pressenti pour emmener la liste UMP aux prochaines régionales. Une question reste posée, la Région PACA vaut-elle vraiment ce prix ? Réponse dans quelques jours si le fils de Pignans tient ses promesses. Entre une place qui se dessine sur une région qui compte près de 5 millions d’individus et l’amertume de n’être finalement qu’un notable du Var, Falco semble avoir choisi la région pour sa retraite, à moins que les conditions de l’UMP se révèlent finalement trop contraignantes… Un vrai dilemme. Mais qui peut encore résister aux desideratas de Sarkozy au sein de l’UMP ?
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