Marianne2 2012

La réforme des retraites et les «sans-gêne»

Jeudi 17 Juin 2010 à 17:07 | Lu 18988 fois I 68 commentaire(s)

Laurent Neumann

Repousser progressivement l'âge légal de la retraite à 62 ans : c'est la mesure phare de la réforme annoncée le 16 juin par Eric Woerth. Beaucoup considèrent qu'elle relève de l'évidence. Pas Laurent Neumann, qui y voit une injustice. Voici pourquoi.


Pour comprendre l’idéologie qui sous-tend la réforme des retraites, deux chiffres valent mieux que tous les longs discours : la taxation des hauts revenus rapportera environ 230 millions d’euros ; les mesures d’âge qui pénaliseront d’abord les salariés (62 ans pour l’âge légal du départ à la retraite et 67 ans pour l’âge de la retraite à taux plein) permettront d’économiser 19 milliards d’euros ! D’un côté, un pourboire, de l’autre le coup de bambou.

Pendant des semaines, les esprits les plus affûtés, à droite, mais aussi parfois à gauche et au centre, nous ont expliqué la logique, implacable, justifiant la fin de la retraite à 60 ans. On découvre aujourd’hui qu’à la faveur de cette réforme, cette « évidence » n’est plus qu’une injustice de plus qui s’ajoute à toutes celles, préexistantes, que la réforme n’a pas abolies : injustices entre niveaux de revenus, entre métiers, entre générations… Et l’on ne parle même pas de la fameuse « pénibilité » au travail qui ne sera prise en compte que pour quelques dizaines de milliers de salariés, sorte d’aumône aux plus défavorisés. En revanche, les retraites-chapeaux - retraites-sombrero devrait-on dire – seront à peine écornées. Il peut pleuvoir fort, certains seront toujours plus couverts que les autres !
 
Or, au moment où le gouvernement réclame au plus grand nombre des efforts importants pour sauver les retraites par répartition – en gros : « travailler plus et plus longtemps pour gagner moins » -, au moment où se concocte à Matignon et à l’Elysée un plan de rigueur sans précédent, les « sans-gêne » de la République, eux, continuent à s’en donner à cœur joie : après le déplacement d’Alain Joyandet en Haïti à 116.000 euros, les deux appartements de fonction de Christian Estrosi et de Fadela Amara ; après la « mission » de Christine Boutin à 9500 euros, le voyage somptuaire en Afrique du Sud de Rama Yade à 45.000 euros ; après le cumul-emploi retraites des ministres, les 12.000 euros de cigares de Christian Blanc… Après la nomination du fils de Roselyne Bachelot à l’INPES (Institut national de prévention et d’éducation à la Santé), le népotisme à grande échelle qui règne dans les cabinets ministériels et les établissements publics… Ajoutons l’indéfendable mélange des genres, pour ne pas dire la consanguinité, entre certains politiques et les milieux d’affaires : l’épouse d’Eric Woerth, ex-ministre du Budget, s’occupant des affaires financières de Mme Liliane Bettencourt, première fortune de France, est-ce bien cela « la démocratie irréprochable » dont le candidat Nicolas Sarkozy nous vantait les mérites en 2007 ?

En réalité, les uns cumulent les galères, les autres les privilèges. Dans l’édition de « Marianne » qui sort ce samedi, vous découvrirez même le cas d’un élu UMP, professeur de médecine, qui cumule les postes et les salaires de maire d’une grande ville des Hauts-de-Seine et d’eurodéputé, tout en étant vice-président de trois syndicats intercommunaux, membre de la commission sur la maladie d’Alzheimer et suppléant d’un député français, et qui vient d’obtenir, accrochez-vous, le poste de chef de service des urgences de l’hôpital Pompidou à Paris.

Combien de temps cela peut-il décemment durer ?








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