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La piètre stratégie de com des syndicats

Laurent Laurent | Mercredi 25 Février 2009 à 12:34 | Lu 5302 fois

Laurent Laurent apprécie l'ampleur de la mobilisation des récents mouvements sociaux. Mais pour le blogueur, les syndicats ne doivent pas laisser à l'Élysée le monopole de l'initiative médiatique.



(photo : Môsieur J. - Flickr - cc)
(photo : Môsieur J. - Flickr - cc)
Il est remarquable que pendant les vacances scolaires, une manifestation d’ampleur ait eu lieu chez les étudiants et enseignants chercheurs. Les périodes de congés sont en général des pauses, par définition, qui peuvent parfois casser un mouvement social. Il est remarquable qu’au bout de 5 semaines d’un mouvement social fort en Guadeloupe et outre-mer, le pouvoir lâche du lest ou, du moins, annonce des mesures ponctuelles (du saupoudrage peut-être), enfin cède à peu près.

Ces luttes fortes sont à la mesure du mécontentement. Car il en faut et il y en a, pour se décider à lutter. Si on ne le fait pas maintenant, quand ? Cela montre aussi que, s’il est difficile d’obtenir des avancées, des gains, c’est tout de même possible, à condition de mouiller la chemise.

Le pouvoir va employer tous les mensonges et les ruses pour la démobilisation (démoralisation). Pas un membre de l’équipe au pouvoir n’est digne de confiance, mais si en face, on sait ce qu’on veut et que la vague est grosse, la lutte paiera. Souvenons-nous des idées reçues défaitistes de naguère : « On ne peut rien faire », « Ça ne sert à rien », « Qu’est-ce que vous voulez qu’on fasse ? ».  Le grand rien.

Un 68 à l'envers
Aujourd’hui, c’est peut-être un 68 à l’envers, en ce sens qu’à l’époque, la révolte, le mouvement social était dû en partie à la prospérité, qui imposait des avancées sociales. Tandis qu’actuellement, c’est à cause du manque de prospérité (pour le peuple), cause d’injustice, et que tout va mal, qu’il faut avancer.
Il faut donc apprendre à se battre. À manifester avec bruit. À faire plus de bruit que Sarkozy. Comme lui, à harceler l’ennemie. Le rôle de l’opposition est de faire ployer le pouvoir. De mettre en face des attaques, des contre-attaques. Pour que ce soit lui, l’exécutif et la classe dominante qui soient obligés de conclure : «ça ne sert à rien de réformer, lorsque les salariés, le peuple, les gens, l’opinion s’y oppose.»

Alors la réponse proportionnée, ça s’apprend. Ça s’invente. La proportion est, ici, grande. S’il y a des Élie Domota ou des Cohn-Bendit qui émergent des mouvements, ce qui est bien,  le rôle de la classe politique d’opposition est d’agir et de monter aux créneaux. Formée à la politique et à l’administration, elle doit exprimer la possibilité de l’alternance, d’une autre politique. D’une politique qui parle, qui fasse campagne. Si l’on ne l’écoute pas, elle doit se faire entendre. Ici, il n’y a encore que Ségolène Royal qui fait des déclarations ou, du moins, dont les déclarations sont reprises dans la presse, ce qui est la même chose. Et les autres, que font-ils ?

Des syndicats méprisés
Sur la forme, j’ai été abasourdi que les syndicats ne fassent pas un coup, mercredi 19 février. Il était clair que le président, maître des médias et de leur planning, en décidant de passer à la télévision le soir même pour annoncer des mesures prêtes à l’avance, faisait que cette rencontre avec les syndicats n’était en rien une concertation, une négociation mais – quoi ? – un point d’info, une réunion d’enregistrement, qui, par définition, méprisait les syndicats. Ainsi, ils auraient dû se rebiffer. Prendre comme prétexte, par exemple, la mort du syndicaliste en Guadeloupe, de ce conflit outre-mer, pour ajourner cette réunion probablement bidon. Un moyen de couper médiatiquement l’herbe sous le pied du président, car il aurait été obligé d’ajourner ses annonces du soir (les miettes). Ou, sinon, de montrer qu’il n’y avait pas de concertation avec les représentants des salariés. Évidemment, sans cet éclat, le lendemain, la majorité de la presse a titré sur les annonces du président avec la caution des syndicats : « le sommet » de la veille avait porté ses fruits. C’était la preuve que le président savait écouter et négocier. Le tour était joué.
 
Faire ajourner l’intervention télévisée, c’était reprendre la main sur le calendrier, sur le temps. Les syndicats semblent au contraire avoir jouer les caniches. Il suffit de les siffler pour qu’ils arrivent. Non, il est temps de mordre au mollet. De rompre le dialogue social car il n’y a jamais eu de dialogue social, depuis très longtemps. Il est temps aussi que la CGT, FO, la CFDT, etc, inventent un syndicat de chômeurs.

On est plus sous Chirac où, mal-en-point, l’on espérait que la frêle voix des travailleurs émérites serait entendue par le monarque donneur de poignée de main. Non, avec un pouvoir qui use de tous les moyens de l’intox, il fallait aller chercher les avancées sociales avec les dents, le chopper au mollet. Hier, Nicolas Sarkozy est revenu au Salon de l’agriculture. Pour effacer l’outrage du « casse toi pauv’ con » avec lequel, il y a un an, il a rompu symboliquement par son mépris le lien du Président avec le Peuple. Il n’a eu qu’à se faire prendre en photo avec un paysan, une vache et trois UMP rayonnant de sourire… et voilà l’ami des bovins qui triomphe ! La presse sera unanime. « Sarkozy renoue avec les Frances profondes » On s’aime, on s’adore. Pourquoi changer alors ? Pourquoi changer de président ?… Ah malheur !

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