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La pharmacie, royaume de la publicité mensongère

Elie Arié | Mardi 17 Novembre 2009 à 17:01 | Lu 19552 fois

Les publicités ne sont nulle part aussi mensongères que dans le secteur de la santé, puisqu'il il suffit aux laboratoires de produire n'importe quelle étude commanditées par leurs propres services. Elie Arié s'interroge sur cet état de fait.



Il suffit de regarder la devanture de n’importe quelle pharmacie pour y constater une floraison de publicités mensongères pour toutes sortes de « traitements » dont l’équivalent vaudrait à tout vendeur de voitures ou de n'importe quoi d'autre de sévères amendes.

À titre d’exemple, j'ai relevé aujourd'hui  dans la devanture d’une pharmacie prise au hasard, les trois affiches suivantes (mais leur nombre pourrait être multiplié à l’infini, et je vous invite à vous livrer à la même enquête) :

-« Les comprimés X… pour vous aider à retrouver la forme » (ce qui ne veut rien dire, si on ne définit pas ce qu’on entend par l’expression si vague : « garder la forme »);

-Une association « de soja, sélénium et magnésium contre le stress,… conseillée par les spécialistes » (lesquels ? de quelle spécialité ? questions sans réponse…);

- « Contre la fatigue, une cure de deux fois quinze jours de S (ici, le nom d’un vieux médicament autrefois vendu comme « fortifiant » et depuis longtemps déremboursé par l’Assurance-Maladie du fait de l’absence de la moindre étude démontrant son efficacité, sinon pour fortifier les revenus du laboratoire qui le fabrique) pour vous régénérer» (terme qui n’a strictement aucune signification).

On n’est plus, ici, dans le domaine de la simple publicité, mais dans celui de la « réclame » telle qu’elle sévissait au début du XXè siècle, où l’on voyait, dans la presse, des annonces du docteur X vantant son médicament-miracle personnel contre n’importe quelle maladie.

Il y a tout de même un paradoxe de taille à autoriser cette publicité mensongère en matière de « médicaments », alors qu’elle est interdite pour le moindre appareil d’électro-ménager ! Pourquoi l’Ordre des Pharmaciens, garant de l’éthique de la profession, n’interdit-il pas de telles pratiques ? Il faut savoir qu’en France – contrairement à ce qui est la règle dans d’autres pays - le Bureau de Vérification de la Publicité (BVP) se contente de vérifier qu’il existe des publications créditant d’efficacité ces « traitements », mais ne se penche pas sur le contenu ou la crédibilité :

Article paru dans l'édition du 26.08.05 du « Monde »

« Contrairement à l'ASA britannique, le BVP ne vérifie pas la pertinence des arguments scientifiques avancés dans les publicités. «On ne travaille pas du tout de la même façon que les Anglais, indique Joseph Besnaïnou, le directeur du BVP. Nous demandons aux entreprises si elles ont la capacité de prouver ce qu'elles avancent, mais nous ne vérifions pas les allégations et nous ne le ferons pas, car cela triplerait notre budget de fonctionnement.»

On me rétorquera que la publicité est interdite pour les médicaments remboursés par l' Assurance-Maladie, et qu'il suffit donc à celle-ci de dé-rembourser un médicament à l'efficacité non démontrée pour que ses ventes ne viennent pas grever son budget; étrange raisonnement, qui ne voit donc rien d'anormal à faire confiance aux fabricants dès l'instant où ce sont  les consommateurs qui payent de leur poche, ce qui n'est le cas pour aucun autre produit, et qui se retourne contre l'assurance-maladie lorsqu'elle dé-rembourse (à juste titre) un « médicament Â» inefficace, personne ne pouvant imaginer que son fabricant est alors libre de raconter n'importe quoi dans sa publicité.




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