La gauche sévèrement Burnier
Samedi 16 Avril 2011 à 12:01 | Lu 6568 fois I 68 commentaire(s)
Cécile Andrzejewski - Marianne
Trente ans après l'élection de François Mitterand, « Le rouge et le rose » tombe à point nommé. Sous la plume affutée de Michel-Antoine Burnier, c'est toute l'histoire de la gauche qui défile : des utopistes de 1830 aux candidats à la primaire du PS, ce roman rappelle les valeurs fondatrices du socialisme à tous ceux qui s'en réclament.
Le titre pourrait faire penser à une histoire d'amour. Ç'en est presqu'une finalement que relate ce « roman du socialisme en France ». Histoire d'amour et parfois de désamour entre la gauche et le peuple, la gauche et la gauche, certaines personnalités et d'autres...
Co-fondateur d'Actuel et proche de Jean-Paul Sartre, il faut dire que Michel-Antoine Burnier la connait, cette gauche. Et c'est en traversant 200 ans d'histoire, qu'il nous fait revivre cette grande épopée, en prenant pour point de départ les premières utopies socialistes, dont celle de Prosper Enfantin qui veut tout partager, y compris femmes et enfants.
Co-fondateur d'Actuel et proche de Jean-Paul Sartre, il faut dire que Michel-Antoine Burnier la connait, cette gauche. Et c'est en traversant 200 ans d'histoire, qu'il nous fait revivre cette grande épopée, en prenant pour point de départ les premières utopies socialistes, dont celle de Prosper Enfantin qui veut tout partager, y compris femmes et enfants.
La suite est dans la même veine, truffée d'anecdotes, d'illustrations, d'extraits de livres et de journaux. On découvre ainsi la (longue) journée type d'un disciple de Charles Fourier, on plante des arbres avec les révolutionnaires dans l'atmosphère joyeuse de 1848 après l'abdication de Louis-Philippe, on lit la presse de La Commune, on est pris dans l’élan de la SFIO par Léon Blum, on s’indigne des tortures en Algérie cachées par Guy Mollet, on apprend qu’un « terrible Marchais » d’extrême gauche a existé avant Georges Marchais, on suit le parcours d’un jeune militant du nom de Jean-Luc Mélenchon et on termine, plus tôt qu’on ne le pensait, sur un tableau de la gauche à quelques mois des présidentielles de 2012.
Dessin de Sennep illustrant la propagande de la droite contre le Front Populaire (© Adagp, Paris, 2011)
Mais, en plus de ces pépites, « Le rouge et le rose » retrace pas à pas l’aventure du socialisme et du communisme. En suivant toutes les personnalités qui ont marqué la gauche française du 19ème siècle à aujourd’hui, Michel-Antoine Burnier prend le temps d’expliquer la genèse d’un mouvement au travers des événements, des personnalités et aussi des rivalités qui l’ont marqué. Sans jamais oublier l’influence internationale, c’est en fait une histoire de France qui est racontée, des « laboratoires d’idées » de Louis Blanc au « virage obscur » de Mitterrand, en passant évidemment par les avancées du Front populaire, mai 68 ou encore l’antagonisme entre le PCF et la SFIO.
Est-ce vraiment François Mitterrand qui a donné le coup de grâce au PC ? Quel était le vrai nom de Jules Guesde ? Pourquoi Guy Mollet a-t-il rappelé De Gaulle ? Comment Fabius est-il passé de l’aile droite à l’aile gauche du PS ? Ou encore pourquoi la gauche aime tant à se détester ? C’est à toutes ces questions, et bien plus encore, que répond Michel-Antoine Burnier, dans ce livre de 34 courts chapitres, où on se plonge facilement et qui finit trop vite.
Est-ce vraiment François Mitterrand qui a donné le coup de grâce au PC ? Quel était le vrai nom de Jules Guesde ? Pourquoi Guy Mollet a-t-il rappelé De Gaulle ? Comment Fabius est-il passé de l’aile droite à l’aile gauche du PS ? Ou encore pourquoi la gauche aime tant à se détester ? C’est à toutes ces questions, et bien plus encore, que répond Michel-Antoine Burnier, dans ce livre de 34 courts chapitres, où on se plonge facilement et qui finit trop vite.
Et finalement, entre formidable espoir et déceptions, où en sont les roses et les rouges aujourd’hui ? À son commencement, la philosophie socialiste entendait « supprimer le règne de l’argent dans la société, adoucir la condition ouvrière et encourager la solidarité humaine », ce qui n’apparaît pas vraiment comme la préoccupation première d’un directeur du FMI. Mais, comme le rappelle justement Michel-Antoine Burnier, ça ne l’était pas non plus pour Pierre Mauroy en 1984 quand il a décidé de restructurer la sidérurgie lorraine.
Restructuration dont les manifestations consécutives ressemblaient à un « sinistre enterrement » à la fin duquel le Président Mitterrand n’a pas daigné recevoir la délégation. S’en suivront d’autres reniements à la doctrine, quand Laurent Fabius met « un libéralisme éphémère au service du socialisme » ou quand Lionel Jospin, candidat à l’élection présidentielle, reconnaît que son projet n’est « pas socialiste ». Et, au fond, c’est cet affront du socialisme à ceux qu’il entendait défendre qui permet de comprendre, tout au long du livre, pourquoi cette incroyable aventure a tourné à la cacophonie actuelle, où n’importe qui peut se prétendre de l’héritage de Jaurès. Parce qu’on ne peut s’empêcher de lire les événements d’hier avec des yeux trop habitués aux querelles de la gauche, ce livre est nécessaire : il rappelle à chacun les avancées que l’on doit au socialisme et à ses militants sans faire l’impasse sur la déception immense qu’a suscité son exercice du pouvoir. Car, si aujourd’hui encore, le PCF doit faire face à ses liens passés avec l’URSS, le PS, lui, doit assumer la trahison à ses idéaux fondateurs, et la gauche, dans son ensemble, doit trouver le moyen de reconquérir la confiance des Français.
- Michel-Antoine Burnier, « Le Rouge et le Rose : le roman du socialisme en France », éditions de La Martinière, paru le 14 avril 2011, 16 euros.
(Toutes les illustrations sont extraites du livre)
Affiche du PS pour les élections de 1986 (Daniel Robert / Collection FJJ-CAS)
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