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La croissance ne crée pas l'égalitéBernard Maris - économiste | Mardi 16 Mars 2010 à 11:16 | Lu 5588 fois
Avec France Inter, la chronique de Bernard Maris. L'économiste revient sur le "Train de l'égalité des chances" qui sillonne actuellement la France. Pour lui, l'éducation ne suffit à rendre les citoyens égaux, l'accumulation induite par le capitalisme risquant de tout remettre en cause.
Aujourd’hui part de Paris le « train de l’égalité des chances » qui va sillonner la France pour proposer des emplois. Dans ce train il y a des wagons. Le wagon AFPA et des wagons de grandes entreprises : SNCF, La Poste, Axa, Orange etc... Et le wagon Pôle emploi.
Connaissez-vous Monsieur Genuini ? C’est le médiateur du Pôle Emploi et son rôle est de lutter contre ce que Viviane Forrester appelait « l’horreur économique », c’est-à-dire le fait d’être obligé, forcé, commis d’aller mendier un emploi qu’on ne vous donnera pas. C’est pourquoi le train est une bonne initiative. Il part de Paris, arrive à Lille le 30 Mars après avoir traversé les grandes villes françaises, Toulouse, Marseille, etc. L'éducation ne suffit pas
Ce qui mérite d’être souligné, c’est cette notion républicaine : « l’égalité des chances ». Je voudrais rappeler, de mémoire, la phrase de Condorcet, qui dit que lorsque « la loi a rendu les hommes égaux, les seules inégalités ne peuvent venir que de leur éducation ». Condorcet héraut de la laïcité et de l’enseignement public. D’où la notion républicaine de concours, destinée à recruter l’élite de la nation.
Vive l’égalité par l’éducation. Et pourtant l’éducation ne suffit pas, loin de là. On peut trouver quatre autres facteurs de réussite : le premier, bien évidemment, c’est la famille, qui donne aussi une forte éducation, la confiance en soi, la sécurité du foyer, les livres de la bibliothèque, les amis intelligents etc. Le second c’est le milieu. Vous êtes dans un milieu de médecins, il est probable que vous serez médecin. Fils d’instituteur ? vous deviendrez prof du secondaire ou prof de fac. Commerçant ? Commerçant. Fils de paysan ? Paysan sans doute. Le troisième c’est le réseau : vous faites partie d’un milieu, et vous avez les contacts pour devenir quelqu’un. Le quatrième, c'est l'argent, le capital tout simplement. Vous êtes mieux armé si en plus de votre capital humain vous possédez un capital argent. C’est un supplément de revenu potentiel que vous donne la richesse matérielle. Combien d’emplois vous seront refusés si, simplement, vous n’avez pas de voiture, lisez le dernier livre de Florence Aubenas L'accumulation crée l'inégalité
Mais la question du capital pose immédiatement celle de l’héritage : si vous voulez vraiment donner l’égalité des chances aux enfants, supprimez l’héritage. Certains milliardaires américains ont protesté contre les lois favorisant les successions.
Et il est évidemment impossible de supprimer l'héritage car il est l’un des moteurs essentiels de la croissance et dès lors du capitalisme. Si vous n’accumulez que pour vous-même, et non, au-delà de vous-même, pour vos enfants et les enfants de vos enfants et les petits enfants de vos enfants, si vous n’entendez pas devenir l’homme le plus riche du cimetière, comme dit Max Weber, la croissance n’a pas de sens. L’accumulation pour l’accumulation, l’argent pour l’argent, repose sur l’idée que le patrimoine peut s’accroître à l’infini. Avec une conséquence funeste sur l’inégalité. Une croissance laissée à elle-même favorise l’explosion des inégalités. Conclusion : l’éducation est la condition nécessaire de l’égalité des chances, mais n’est pas la condition suffisante... Retrouvez « L'autre économie », la chronique de Bernard Maris sur France Inter du lundi au jeudi à 06h50
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