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La crise est finie dans 15 jours. C'est Le Point qui le dit.

Jeudi 16 Avril 2009 à 14:04 | Lu 22064 fois I 193 commentaire(s)

Bénédicte Charles

L'industrie périclite, le chômage va encore augmenter, les déficits publics aussi. Pourtant, Le Point en est certain: le bout du tunnel n'est pas si loin. Jacques Marseille donne même une date pour la fin de la crise : avril-mai 2009. Plus que quelques semaines pour profiter des plans sociaux !


Le Point
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« Et si on s’en sortait… » Cette semaine, Le Point a décidé de la jouer «journal de l’actualité heureuse» avec un titre de Une qui n’est pas sans rappeler le « Et si c’était vrai » de Marc Lévy, le gentil romancier.
Le propos est d’ailleurs un peu le même. Le livre racontait, en gros, l’histoire d’un homme qui est le seul à voir à son côté une femme dont le véritable corps est en réalité au cinquième étage de l'hôpital de San Francisco, plongé dans un coma irréversible. Le Point de cette semaine ne dit rien d’autre, qui raconte comment toute une rédaction — celle du Point, en l’occurrence — arrive à voir « le début de la fin de la crise » dans l’hexagone, alors que l’économie française est en réalité sous assistance respiratoire, plongée dans un coma profond dont elle n’est pas près de sortir.

La crise est finie dans 15 jours. C'est Le Point qui le dit.
Il suffit d’ailleurs de lire les articles consacrés à toutes ces «raisons d’espérer» pour se convaincre que la situation est infiniment plus grave qu’on ne le croit.

Ainsi, l’analyse de Jacques Marseille. Pour lui, c’est clair : « la durée moyenne des crises économiques depuis qu’on les observe » est de « 16 à 33 mois ». Or, la crise a commencé en décembre 2007, et non pas en septembre 2008 comme nous le croyons naïvement, nous dit Jacques Marseille. Or (bis), décembre 2007 + 16 mois (pourquoi pas 33 mois ?  Jacques ne le dit pas) = avril-mai 2009. Conclusion : la crise est finie dans deux semaines. Limpide, non ?



Le Point
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Fleurs, bière et robes à smocks
La page suivante enfonce le clou, dévolue à « Ces entreprises qui ne connaissent pas la crise » — une sélection de trois boîtes censées incarner la France qui gagne. Qu’y trouve-t-on ? Une chaîne de boutiques de fleurs, Au nom de la Rose, dont on omet de dire qu’il s’agit essentiellement de franchises. Une marque de vêtements de luxe, Bonpoint, pour enfants archi gâtés — « 60 millions d’euros de chiffre d’affaires à coups de petites robes à 90 euros ou de vestes à 150 ». Une brasserie du Pas-de-Calais qui produit une bière baptisée Ch’ti et bénéficie du succès du film éponyme.

Alors là, un seul mot :  ouf ! L’industrie française qui n’en finit pas de péricliter en laissant des dizaines de milliers de salariés sur le carreau, sans possibilité de reclassement ? C’est du passé grâce à la nouvelle sainte trinité de l’économie française : fleurs, bière et robes à smocks.



Le Point
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Etre dans le rouge, c'est reprendre des couleurs
Toujours pas convaincu ? « Le tableau de bord de l’espoir » est fait pour vous. On y apprend, par exemple, que le marché immobilier va mieux avec « des ménages de plus en plus solvables » (c’est-à-dire, nous explique-t-on, que vu l’effondrement des prix, de plus en plus de ménages peuvent s’offrir un bien immobilier, s’ils le veulent. Mais ils ne veulent pas, c’est ça le petit souci). Ou encore que la Bourse « reprend des couleurs ».

Alors évidemment, Le Point le concède, il y a « de moins en moins de créations d’emplois en France » — un bel euphémisme pour dire qu’il y a des dégraissages partout, comme le montre assez clairement le graphique ci-dessus. Certes, les déficits publics sont « toujours plus hauts » et Brice Hortefeux prédit que « côté chômage, cela va être dur : il y aura sans doute 80 000 jeunes sans boulot à la rentrée de septembre ». OK. Mais « on » est sur la bonne voie !

Au fait, qui est ce « on » ?





Retrouvez dans le prochain numéro de Marianne le dossier consacré au concept de «reprise».








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