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La crise est finie ? Parlons-en alors! (2)Philippe Cohen - Marianne | Mardi 17 Novembre 2009 à 07:01 | Lu 4912 fois
Deuxième volet de notre série sur la crise et ses dénis. Le risque dollar est écarté par la plupart des commentateurs. Jean-Luc Gréau nous explique pourquoi ils n'ont pas forcément raison.L'actualité économique des ces dernières semaines a vu se multiplier les indices de la recherche par de nombreux pays, d'une alternative à l'utilisation du dollar comme monnaie de réserve et d'échanges. Le Sucre, qui doit voir le jour au début janvier, permettra à plusieurs pays d'Amérique Latine d'échanger sans passer par le dollar. SIx états du Golfe ont décidé d'aller vers une union monétaire, ce qui est significatif de leur volonté de relativiser l'influence du dollar dans les transactions. La Chine a passé plusieurs accords commerciaux avec l'Argentine, le Brésil ou même l'Iran pour se passer de la monnaie verte dans les transactions commerciales. La Chine et la Russie mènent campagne dans le cadre du G20 et du FMI pour que les Droits de tirages spéciaux joue le rôle de monnaie de réserve. Pour Jacques Sapir, la crise du dollar traduit surtout l'affaiblissement de l'économie américaine : «La dette publique devrait atteindre 91% du PIB en 2011 alors qu’elle n’était que de 65% en 2006, soit un accroissement en proportion de 26%. À terme, c’est bien le statut du dollar comme monnaie de réserve internationale qui sera mis en cause. De fait, nous avons des raisons de penser que le processus a déjà commencé et qu’une défiance systémique vis-à-vis de la monnaie américaine est aujourd'hui en train de se mettre en place.» (interview au magazine coréen KRX Magazine). Mais tous ces signaux demeurent largement ignorés des experts. Selon eux, le roi dollar n'est pas prêt d'être détrôné. Telle est la thèse défendue par la plupart des journalistes économiques, qui s'avèrent aussi incrédules à l'égard d'un effondrement du dollar qu'ils ont longtemps refusé de voir le déclin des Etats-Unis. Il ne manque pas de doctes économistes pour les renforcer dans leurs croyances. Ainsi l'article principal du dossier consacré par Le Monde au dollar, s'est-il conclu par une docte citation de Richard Cooper de Havard, qui pronostique un règne sans partage du dollar pour au moins dix ans :« Le dollar devrait probablement rester la monnaie internationale dominante pour de nombreuses années, certainement durant les dix prochaines années, et peut-être plus encore. Aucune autre devise ne semble pouvoir la surpasser. » Pour l'économiste Jacques Sapir, ces raisonnements lénifiants sont hémiplégiques. Respectueux sans le savoir à l'égard du fameux adage révolutionnaire (Sieyès) « On ne détruit que ce qu'on remplace », ils ignorent l'hypothèse qui verrait le dollar s'effondrer sans qu'aucune monnaie ne se substitue à lui. Un point de vue que rejoint Jean-Luc Gréau, interviewé par Marianne2 : L'effondrement du dollar serait un drame pour l'Europe
Jean-Luc Gréau (capture d'écran Marianne2)
Peut-on anticiper un effondrement du dollar?
Jean-Luc Gréau : Selon la thèse classique, les monnaies reflètent les capacités du pays, le rendement des actifs libellés dans cette monnaie et les flux de capitaux. La thèse actuellement plus en vogue, celle de Joseph Legué, voudrait qu'une monnaie soit un actif. Elle devrait donc être la plus liquide possible. La première thèse est sans doute obsolète car si l'on enregistre des mouvements de capitaux, c'est bien que les souscripteurs croient que la monnaie va monter. Mais on ne peut pas exclure un retour en arrière à la règle selon laquelle un pays déficitaire voit sa monnaie s'effondrer. Qu'est-ce qui provoque la baisse actuelle? Jean-Luc Gréau : La Banque fédérale américaine crée de la monnaie pour financer le déficit du pays. Les banques américaines souscrivent aux obligations du Trésor (qui se situent sur le long terme) et se financent sur les fonds des Banques centrales. Les Banques centrales, aux Etats Unis comme ailleurs sont ainsi passées su statut de prêteur en dernier ressort à celui de prêteur en premier ressort. Et les banques privées spéculent sur les devises et les emprunts des états qui acquièrent le statut d'actions Beaucoup d'observateurs pensent que la Chine ne peut laisser dévisser le dollar compte tenu de ce que ses réserves sont en grande partie constituées en dollars. Jean-Luc Gréau : La Chine est en surchauffe économique, elle a connu 14,7% de croissance au cours des trois derniers mois. Ses dirigeants doivent rester prudents car la croissance du pays ne repose qu'à 25% sur la demande intérieure (contre 65% en Indonésie par exemple). La Chine ne supporterait pas un écroulement ou une fermeture du marché américain. La relation entre Chine et les USA repose sur le principe de la dissuasion. Le G2 va se dénouer, mais bien malin qui pourrait prévoir quand et comment. En même temps, la Chine achète de moins en moins d'obligations du Trésor (qui l'engagent le souscripteur entre dix et cinquante ans) et de plus en plus de Bons qui se situent dans le court terme. Ce n'est pas bon signe. Le plaidoyer des dirigeants chinois en faveur des Droits de tirages spéciaux est un autre mauvais signe envoyé aux marchés, incitant au doute sur le dollar. Autre facteur de risque, si, pendant longtemps, les pays asiatiques ont misé sur le dollar, c'est parce que le marché américain était leur premier débouché. En effectuant leurs transactions en dollars, ils diminuaient le risque de change. On peut se demander s'il ne seront pas tentés de changer de monnaie de réserve dès lors que leurs débouchés seront intra-asiatiques, comme tout le laisse prévoir. En fin de compte, il ne faut pas confondre la perte de prépondérance du dollar, qui peut être partiellement remplacé par des monnaies régionales, avec la faillite des Etats-Unis. Quel serait le scénario à craindre ? Jean-Luc Gréau : Un effritement du dollar qui conduirait à échanger un euro contre 1,8 dollar. Une telle parité serait catastrophique pour l'économie américaine mais encore plus pour l'économie européenne dans la mesure où les pays européens vendent beaucoup de marchandises en dollars. Sur ce point, Jacques Sapir et Jean-Luc Gréau se rejoignent : en s'efforçant de s'alléger en dollars, les autorités chinoises jouent avec le feu en envoyant des signaux négatifs et anxiogènes aux marchés sur la valeur de la monnaie américaine. Et même si la Chine cherche essentiellement à gagner du temps dans la mesure où l'effondrement du dollar aurait des conséquences néfastes pour elle, rien ne dit que ces manoeuvres monétaires ne sont pas susceptibles de provoquer ce qu'elles cherchent à éviter. La suite demain Pour lire our relire le premier volet de cet article, c'est ici
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