La crise est d'abord celle de la mondialisationHakim El Karoui | Mercredi 29 Avril 2009 à 00:00 | Lu 6206 fois
Hakim El Karaoui, essayiste, banquier français, auteur de L'Avenir d'une exception (éditions Flammarion). Il est revenu, lors du Colloque de la Fondation Res Publica, sur la crise, ses origines et les moyens que nous avons pour en sortir. Première partie : les raisons de la crise.
(photo : Flickr - Môsieur j - cc)
La source de la crise, c’est la stagnation de la demande intérieure Il est convenu aujourd’hui de penser que la crise de l’année 2008 est une crise financière causée d’une part par la crise de l’immobilier américain et notamment des ménages les moins solvables (« subprime ») et de l’autre par les excès de financiers avides et cupides sur fond de slogan populiste tel « tous propriétaires ! » Quant à son aggravation en 2009, elle serait due à la diffusion de la crise financière dans « l’économie réelle », expression fort étrange au demeurant. Cette interprétation n’est pas fausse, mais elle est partielle. Elle méconnaît la vraie source de la crise : l’endettement des ménages américains, et plus généralement occidentaux. Pourquoi cet endettement alors que l’on célèbre depuis quinze ans la formidable croissance américaine ? Par l’optimisme sans mesure des Américains, par leur tradition de crédit, pas la sophistication des produits financiers proposés aux ménages dont le risque était ensuite divisé à l’infini puis réparti via la titrisation mais aussi et surtout parce que les salaires des Américains des classes moyennes et des milieux modestes n’augmentaient pas assez vite pour satisfaire leur besoin de consommation. Et ce qui est vrai aux Etats-Unis l’était aussi en Grande-Bretagne, en Espagne, en Allemagne – où les salaires réels ont baissé entre 2000 et 2005 – et dans une certaine mesure en France. Quand on compare la courbe de l’endettement des ménages à la balance courante du PIB américain, on se rend compte que « le déséquilibre des échanges se creuse à mesure que la dette des ménages se gonfle » (Jean-Luc Gréau, L’Avenir du capitalisme, Gallimard, Le Débat, 2005). Le taux de croissance dépend de deux facteurs : la capacité technologique à augmenter l’offre de biens et de services, la capacité sociologique à élargir la demande de ces biens et services. C’est cette capacité sociologique qui a fait défaut. Dans un cadre strictement identifié et notamment national, une entreprise ne fait pas de la diminution de sa masse salariale une priorité (« compromis fordiste » : j’augmente mes ouvriers pour qu’ils puissant m’acheter des voitures). Mais, dans la mondialisation, les salaires sont perçus uniquement comme un coût et dès lors, ils stagnent. L’héritier de Ford aujourd'hui pourrait dire « je n’augmente pas mes ouvriers parce qu’ils achèteraient sinon des voitures à l’étranger où elles sont moins chères parce que les salaires y sont plus bas ».Mais, cette stagnation pèse sur la demande, compresse les demandes intérieures, et donc la demande globale et la croissance de l’économie : le chômage augmente alors. C’est là que se trouve la clé du problème : la demande extérieure n’est pas toujours supérieure relativement à la demande intérieure. Une augmentation des salaires et de la consommation permise par une certaine fermeture aux produits étrangers peut plus que compenser les pertes consécutives à la fermeture de certains marchés étrangers. Ce texte est l'intervention d'Hakim El Karaoui au colloque de la Fondation Res Publica à la Maison de la Chimie à Paris, lundi 28 avril.
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