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La baisse du dollar plombe l'économie mondiale

Laurent Pinsolle - Blogueur associé | Lundi 23 Novembre 2009 à 11:01 | Lu 4993 fois

Pour soutenir leur économie, les Etats-Unis gardent leurs taux d'intérêt très bas. Au niveau intérieur, cela semble fonctionner, et l'Europe pourrait s'en inspirer. Mais cela provoque des fièvres spéculatives sur les monnaies de pays émergents. Laurent Pinsolle nous explique la logique du phénomène.



Après une courte remontée au plus fort de la crise, le dollar faiblit de nouveau depuis le mois de mars et la remontée des marchés financiers. Une occasion de plus de montrer les méfaits de l’anarchie monétaire à travers les réactions des pays émergents.
 
Pourquoi le dollar baisse ? A priori, la raison est simple : le dollar baisse à cause des déficits. Malgré une amélioration notable, la balance commerciale étasunienne reste largement déficitaire. Pire, le déficit budgétaire dépasse 10% du PIB, ce qui provoque des inquiétudes sur la capacité du pays à honorer sa dette. Du coup, cela pourrait pousser les investisseurs à limiter leurs positions en dollars pour ne pas être exposés au risque de défaut des Etats-Unis. Mais cela n’est qu’une raison de la faiblesse actuelle.

En effet, une autre raison importante est le décalage des taux d’intérêts. En effet, les investisseurs utilisent aujourd’hui le « carry trade », empruntant en dollar (à taux très bas) pour placer dans des pays où la rémunération de l’argent est plus élevée. Le fait que le gros de la crise semble passée leur redonne de l’appétit pour aller placer dans des destinations plus exotiques. Résultat, le réal brésilien a gagné 41% depuis mars et le won coréen 36%, ce qui pénalise fortement leurs exportations.

En fait, les Etats-Unis ont trouvé un moyen commode d’amortir leur crise par la monnaie. En effet, en ayant les taux d’intérêts les plus faibles du marché, ils poussent le dollar à la baisse, ce qui renforce leur compétitivité commerciale, pénalisant les importations et favorisant les exportations. C’est ainsi que depuis plusieurs trimestres, leurs exportations ont tendance à bien se porter. Les Etats-Unis utilisent l’extérieur comme variable d’ajustement grâce au statut du dollar.

Que faire ? Cette situation est difficile pour des pays émergents qui misent sur les exportations pour leur développement. C’est ainsi que le gouvernement brésilien a mis en place une taxe sur les placements réalisés au Brésil pour limiter la spéculation. La Corée du Sud a annoncé un contrôle sur les entrées de capitaux ainsi que des règles sur les placements effectués. Bref, les pays émergents répondent par une plus grande réglementation des flux de capitaux de manière à limiter la spéculation.
 
Mais ces règles ne sont malheureusement que des réactions à un système mal conçu, un système qui est surtout un non-système, sans la moindre règle. Il est impressionnant de voir à quel point quelques pays (Etats-Unis et Grande-Bretagne) utilisent la dépréciation monétaire comme un moyen de soulager leur économie, imitant les dévaluations compétitives des années 30. Pour l’instant, les autres pays ne savent pas trop comment réagir dans un système où seuls les marchés évaluent les monnaies.
 
Il y a pourtant des pistes pour améliorer la situation. Tout d’abord, il faudrait limiter drastiquement le pouvoir du marché, qui décide seul aujourd’hui de la valeur d’une monnaie par rapport à une autre, par une taxe Tobin et une révision des règles prudentielles. Ensuite, il faudrait remettre en question le privilège du dollar en mettant en place une alternative. Enfin, il faudrait envisager un retour à un système monétaire international, où les parités seraient fixées par les Etats.

Il y a bien une solution pour mettre fin à cette anarchie monétaire dont certains savent bien jouer pour défendre leurs intérêts au détriment des autres. Mais, seule une alliance très large (BRIC, zone euro et Japon) pourrait renverser un système qui ne profite qu’aux Etats-Unis.


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