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La SNCF enrichit Expedia, mais c'est elle qui trinque

Mardi 2 Mars 2010 à 09:26 | Lu 10415 fois I 9 commentaire(s)

Emmanuel Lévy- Marianne

Poursuivie par les concurrents d’Expedia.com, filiale de Microsoft puis de Vivendi, pour entrave à la concurrence, la SCNF a été condamnée en appel la semaine dernière à 5 millions d’euros d'amendes pour la société nationale et 0,5 million seulement pour le leader mondial. C'est tout bénef pour Expedia, qui a pourtant profité de la fabuleuse base client de la SCNF, forte de 10 millions de noms.


La SNCF enrichit Expedia, mais c'est elle qui trinque

Dans la série, les monopoles nationaux historiques font leur propre malheur, on connaissait les déboires d’EDF à l’international. Mais ceux de la SNCF sur le territoire national ne sont pas mal non plus. La cour d’appel de Paris vient en effet de confirmer les sanctions décidées par le conseil de la concurrence, il y a un an, à l’issue d’une plainte déposée en 2002.

Ce ne sont pourtant pas les concurrents de la SNCF qui ont manifesté leur mécontentement auprès de l’autorité administrative, mais ceux d’Expedia, une entreprise fondée par Microsoft. Actuellement numéro un mondial du voyage en ligne, cette société a conclu au début des années 2000 un accord de partenariat avec la SNCF pour commercialiser non seulement les billets SNCF mais aussi toutes sortes de voyages.


Un concurrent d'Expedia, Karavel a initié une plainte, rejoint par Promovacances et Lastminute. Et la SNCF  a donc été condamnée pour avoir mis à diposition d'Expedia sa base client de 10 millions de personnes ce qui créait une distorsion de concurrence pour les entreprises présentes sur le marché du voyage en ligne. La raison en est simple : derrière le site voyage-sncf.com (VSC), se cache en réalité une entreprise co-détenue par l’opérateur historique et le numéro un mondial du voyage en ligne.

En fait, il existe deux filiales : VSC « tout court » qui est chargée de distribuer les billets de trains et l’agence VSC, un voyagiste, qui tente de fourguer en sus hôtels et toutes les autres prestations délivrées par les agences de voyages en ligne. La filiale VSC « tout court » distribue plus de 27% des billets de trains tout supports confondus, ce qui est considérable. Elle s’est imposée comme un des plus puissants acteurs de la vente en ligne avec 2,23 milliards d’euros en 2008, dont 2 milliards rien que les pour les billets. Reste donc un modeste 250 millions d’euros pour sa petite sœur l’Agence VSC. Une belle performance tout de même pour cette modeste entreprise qui ne compte qu’une seule personne ! Ce n’est pourtant pas cela que sanctionne la justice, même si la confusion entre les deux entités est étonnante. Mais ce volume d’affaires donne bien la dimension de la base clients.

Car c’est bien ce que visait Expedia, la filiale de Microsoft, quand elle a approché en 2000 la SCNF : ses 10 millions de clients actifs aujourd’hui.Tous les clients de voyage-sncf.com qui ont reçu la lettre électronique d’Expedia sur leur mail peuvent en témoigner… En jargon juridique du Conseil de la concurrence, cela donne : «le partenariat entre le groupe SNCF et Expedia a fait bénéficier une activité émergente sur le marché des services d’agence de voyages, celle de l’Agence voyages-sncf.com, de l’activité d’un opérateur en situation de monopole légal sur le transport ferroviaire de voyageurs. »

Rappelez-vous le first mover advantage des bonnes années de la bulle internet : le premier qui bouge gagne. Cet avantage, Expédia a bien compris qu’il allait être amplifié par la notoriété du logo SNCF. A un moment où les consommateurs avaient du mal à sortir leur carte bancaire sur internet, le doux et sonnant sigle de l’opérateur national suffisait à rassurer. D’autant qu’il ne s’agissait pas uniquement de fourguer du billet de train, mais également des voyages. Ce que note le conseil : « la SNCF prête sa marque aux produits de voyages distribués par l’Agence VSC, de sorte que le consommateur croit acheter des produits de la SNCF. Or, tel n’est pas le cas puisque les produits de voyages vendus sur les pages de l’Agence VSC sont ceux du groupe Expedia. »

Alors où vont les 250 millions d'euros de l'agence VSC ? La question n’est pas neutre. La filiale française d’Expedia, 59 personnes selon le registre du commerce, annonce un (très) modeste chiffre d’affaires de 2 millions d’euros, qui n'a aucun rapport avec les 250 millions réalisés par agence VSC.

Reste que SNCF a choisi de faire roi Expedia, qui passera sous la coupe de Vivendi façon Jean-Marie Messier. L’entreprise publique a de ce fait ouvert une brèche dans son activité monopolistique, comme elle continue de le faire avec IDTGV par exemple. Voilà qui donne un avant-goût de l’ouverture à la concurrence. Avec IDTGV, la SCNF agit comme un opérateur alternatif, une sorte d’auto-concurrence : signalétiques différentes, personnels particuliers, commercialisation différentiée, etc… 


Texte modifié le 02/03/2010 à 08h30









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