Connectez-vous S'inscrire
Marianne2

La Grèce: l'affaire de l'année… pour les spéculateurs

Emmanuel Lévy- Marianne | Jeudi 29 Avril 2010 à 05:01 | Lu 9439 fois

Les tergiversations de l'Union Européenne sur la crise grecque ont grand ouvert la porte aux spéculateurs. Déjà en position de force, les Hedge Funds n'en demandaient pas tant: la dégradation de la signature de la Grèce par les agences de notation leur promet des milliards de dollars...



La Grèce: l'affaire de l'année… pour les spéculateurs
Dans son opérette « La belle Hélène Â», Offenbach jouait déjà les oracles : « Car c'est la Grèce qui paiera... »… Enfin, la Grèce ou… d’autres. Et pourquoi pas les Etats de la zone euro, contraints de veiller au chevet de l’homme malade de l’Union. Pas vraiment dans l’allégresse comme le montrent les atermoiements allemands. Selon les estimations du FMI, la petite République devrait avoir besoin de 100 à 120 milliards d’euros sur les trois prochaines années pour faire face à ses remboursements. La confidence balancée à la presse, suite à leur entretien avec Dominique Strauss Khan, le patron du FMI,  de certains parlementaires allemands, peu enchantés à l’idée de mettre la main au porte monnaie ajoute encore à la confusion générale.

Exactement le genre de situation dont les spéculateurs font leur miel. A commencer par les Hedge Funds. Du pain bénit même, depuis que l’agence de notation Standart and Poor’s  (S&P) a, une fois de plus, sanctionné l’état hellénique en rétrogradant sa signature. Désormais les titres représentants la dette grecque ne sont plus que des junk bonds, des dettes pourries.
Aussi, et les Hedge funds l’ont bien compris, aboutit-on à une situation pour le moins cocasse, et pour eux terriblement enrichissante.
D’un coté, la Grèce, désormais ramenée au rang de République bananière en terme de signature doit payer une fortune: jusqu’à 10% d’intérêts pour s’endetter, les « investisseurs Â» demandant une « prime de risque Â» pour un éventuel défaut. Défaut qui n’a que peu de chance de se réaliser.
Car de l’autre coté, les européens sont contraints, sous peine de faire exploser l'euro, d'assurer la solvabilité finale d’Hélène.« Depuis la dégradation de la Grèce, les titres grecs arrivent en masse à la vente. On assiste à un formidable bradage. Par exemple pour une échéance en 2013, les vendeurs sont prêt à solder 79 ce qui sera remboursé 100 dans trois ans. C’est énorme ! Â», s’exclame Evariste Lefeuvre, chef économiste USA de Natixis. Et cela ne semble pas assez pour les spéculateurs qui continuent de faire la fine bouche. Car eux savent qu’une mécanique implacable s’est mise en branle.

Explication : la décision de S&P de faire de la dette grecque des junk bonds est lourde de conséquence, mais surtout prévisible.

Primo, les banques ne peuvent plus présenter de la dette émise par la Grèce au refinancement de la Banque centrale européenne. Ordinairement, les établissements financiers apportent du papier des pays de la zone euro en gage, pour obtenir un prêt en cash, un peu comme on va prendre du cash chez ma tante. Sauf que les statuts de la BCE lui interdisent d’accepter des titres dont la note est inférieure à BBB. Note que précisément vient de perdre la Grèce. « C’est dingue mais c’est comme ca. La BCE, une institution souveraine, qui possède toutes les ressources pour apprécier la qualité des titres qui lui sont présentés, se place dans les mains du jugement d’une agence de notation dont on a pu percevoir les multiples défaillances », s’énerve un banquier. C’est pourtant la terrible réalité. Aujourd’hui, la dette grecque reste à la porte de la BCE. Résultat, les banques n’en veulent plus et la bradent.

Secundo, la dégradation de la Grèce a déclenché d’immenses ventes de la part d’autres acteurs du monde de la finance : les gestionnaires de fonds. Ceux qui gèrent par exemple en France des pans entiers de l’assurance vie. Nombre d’entre eux au plan international, se sont, en effet, auto-contraints à respecter des règles précises qui leur interdisent d’investir l’argent de leurs clients dans des titres considérés comme douteux. Et douteuse, la dette grecque l’est devenue.

Voilà donc la situation issue de la décision de S&P : toute la finance institutionnelle s’est mise à vendre la Grèce, en fait sa dette, et massivement. Et ce alors même que celle-ci dispose d’une garantie implicite de l’Europe. En face les Hedge Funds la jouent facile. Il n' y a plus qu’à se baisser pour acheter pas cher ce qui vaut sinon de l’or du moins de l’argent et beaucoup d’argent.

C’est fou, mais c’est ainsi que cela se passe sur les marchés aujourd’hui. Pour le plus grand bonheur des spéculateurs. Dommage pour Goldman Sachs. Les boss de la banque d’affaire américaine sont aujourd’hui tous occupés à préparer leur défense face au Sénat.




Dans la même rubrique :
< >

Lundi 13 Février 2012 - 18:15 Sarkozy: toujours pas candidat mais toujours plus en campagne

Lundi 13 Février 2012 - 18:01 Hébergement d'urgence: deux ex-SDF créent le 115 des particuliers



Le Mag

A partir de 5,99 € abonnez-vous à Marianne Numérique

S'abonner


La newsletter Marianne La page fan Facebook Marianne Marianne sur Twitter Marianne sur votre Mobile