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La Chine ou le mirage de la reprise express

Philippe Cohen - Marianne | Jeudi 16 Juillet 2009 à 12:30 | Lu 5854 fois

Les élites dirigeantes comptent beaucoup sur le moteur chinois pour faciliter la reprise mondiale. C'est peut-être pour cela que nous parviennent surtout de bonnes nouvelles de l'Empire du milieu. Attention, risque de réveil douloureux...



La Chine ou le mirage de la reprise express
 
La Chine reste dans l’esprit des dirigeants de grandes entreprises et des élites politiques, le plus grand espoir de nous sortir de la crise. Dans l’imaginaire des élites fatiguées, elle a pris le relais d’une Amérique défaillante. Si quelques uns ont cru bon, au début de la crise des subprimes, de nous expliquer que «c’était l’Amérique qui nous avait entrainé dans la crise et que c’était elle qui nous en sortirait», ils ont dû rapidement déchanter lorsqu’ils ont compris la vision qu’avait Barack Obama de la reprise américaine : moins d’importations, plus d’investissements, moins de consommation plus d’épargne, voilà un programme aussi judicieux pour les Américains que calamiteux pour les Européens et les Japonais. Certes, les profits retrouvés de Goldmann Sachs et de Intel dopent les bourses ce matIn. Mais l'Amérique a cessé dêtre considérée comme le moteur principal de la croissance mondiale.

D’où l’acuité d’un regard sur la relance en Chine. Or, voici quelques jours, nous avons pris connaissance de la décision des autorités locales de favoriser les entreprises chinoises dans les appels d’offres au détriment des sociétés d’étrangères. Décision accueillie dans un silence de mort en Europe. C’est que nos braves amis des banquiers espèrent bien s’appuyer sur la Chine pour faire redémarrer les affaires.
De ce point de vue, on a du mal à se faire une opinion. A la Bourse on salue le « rebond » des exportations chinoises en juin (+7%). Dans la réalité, cette performance est à relativiser lorsqu’on sait que lesdites exportations sont en repli de plus de 20% par rapport à juin 2008 et que ce recul perdure depuis six mois. Par ailleurs, et plus inquiétant encore, selon le blogueur Entre les livres, « Sur les 140 millions d’ouvriers-paysans des villes moyennes, 60 millions ont perdu un emploi. »

Le même souligne d'ailleurs que la surproduction touche de nombreux secteurs : l'immobilier bien sûr mais aussi les autoroutes, l'automobile, etc. De son côté, François Lenglet, rédacteur en chef à la Tribune, note dans le numéro du 15 janvier que le deuxième pilier de la croissance chinoise, les investissement industriels étrangers, sont également en recul d'environ 20%. Certes, les 600 milliards d'investissements de l'Etat et des régions chinoises donnent le change (et font baver les responsables occidentaux). Mais la Tribune nous alerte sur la création possible d'une bulle chinoise : les estimations les plus prudentes font état de créances défaillantes représentant 40 à 50% du PIB de la Chine! Verrons-nous bientôt des subprimes à la chinoise ? Quand on apprend, le même jour, le projet de la Société Générale de se désengager de sa filiale chinoise, on prend peur... 

En réalité, Pékin a construit son modèle économique sur les exportations, adaptant depuis les années 1990 les consignes du FMI au monde chinois : le pays a de fait privatisé sa protection sociale (d'où la formidable épargne chinoise) et construit son développement autour de la compétitivité de sa main d'oeuvre, le mot savant pour évoquer la surexploitation des 200 millions de mingongs employés dans l'industrie chinoise.

La crise a donc cassé ce modèle assez brutalement. Peut-il se redéployer en misant davantage sur la consommation intérieure et en libérant l'épargne par un assurance sociales offerte aux masses les plus démunies, comme la laisse accroire la propagande du régime? Nombre de décideurs occidentaux font mine de le croire, et bâtissent en ce moment des argumentaires sur la croissance en U (yabon) par opposition à la croissance en W (ya pas bon). Mais on ne comprend pas bien comment la Chine pourrait, dans un délai aussi court, abandonner son principal atout de compétitivité - les bas salaires - et basculer dans un modèle keynésien fondé sur la consommation intérieure. 




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