LBO: première explosion avant le krachSylvain Lapoix | Mercredi 18 Mars 2009 à 16:10 | Lu 12636 fois
Racheté en LBO, le distributeur de pièces détachées automobiles Autodistribution connaît de grandes difficultés liées au freinage du secteur… mais aussi aux problèmes de ces montages financiers fondés sur des prêts. Serait-ce le début du crash des LBO, qui représentent 7% de l’emploi salarié en France ?
Les yeux rivés sur une entreprise de 6500 salariés, les financiers palpent leur portefeuille. Autodistribution (AD), leader français de la distribution de pièces détachées automobiles, a été sauvé in extremis par le fonds d’investissement TowerGroup qui a mis 86 millions d’euros pour racheter la société, que le fonds de Bahreïn InvestCorp avait acquis en 2006 pour… 650 millions d’euros, dont 550 par endettement.
Et c’est justement cet énorme emprunt, utilisé comme levier pour racheter l’entreprise, qui a précipité la perte de AD. Une méthode plus connue sous le nom de Leverage buy out (LBO). Comme le rapportent nos confrères de Challenges, ce sont 45 millions d’euros que AD devait trouver chaque année pour honorer ses dettes, privant la société de toute marge de manœuvre financière en cas de détérioration du secteur. Le coup de frein de l’industrie automobile a fait le reste : l’entreprise doit aujourd'hui 670 millions à 38 établissements financiers. Une première débâcle qui fait trembler les 4000 sociétés en France en LBO — 7% des salariés français!
Tout joue contre les LBO
En chutant de 70 à 45 millions de revenu brut d’exploitation entre 2007 et 2008, AD avait scellé son destin. Le médiateur du crédit, René Ricol, est intervenu lui-même dans ce dossier épineux. Désormais, ce sont les 6500 salariés qui risquent de trinquer, car les LBO s'embarrassent rarement des basses considérations humaines. Car actuellement tous les facteurs sont réunis pour mettre en difficulté les LBO. La finance, pour commencer: entre le remboursement des prêts contractés pour acheter les entreprises (qui représentent 50 à 90% de la mise) et les exigences de retour sur investissement des fonds, les sociétés en LBO doivent dégager des bénéfices énormes. Tant et si bien que c’est souvent la dette elle-même qui menace la viabilité de l’entreprise. Or, en pleine « crise des liquidités », certains sont prêts à tout pour rentrer du cash dans les caisses et présenter un bilan comptable potable pour ne pas être déclaré en faillite… Tout, y compris vendre une entreprise en LBO à 50%, 40%, voire 10% de sa valeur !
Deuxième facteur d’aggravation : les difficultés sectorielles freinent des domaines très prometteurs où les LBO se sont multipliés. Selon Reuters, 18,8% des investissements dans l’hôtellerie en 2008 provenaient de fonds de capital investissement, alors que l’immobilier amorce une descente vertigineuse ! Mêmes doutes dans l’automobile avec l’exemple de Next Pool, filiale du groupe Rothschild, qui gère dans son portefeuille de dix sociétés de croissance au moins deux entreprises du secteur : Via Location (gestion de véhicules industriels) et Lavance (lavage de voiture). Autant d’acteurs susceptibles de subir de plein fouet la contraction du marché…
Un jurisprudence pour les LBO ? Dans le Nord, le feuilleton Sublistatic, cédé par le fonds Capital Partners à Acland, avait éveillé les élus locaux aux dangers de la manœuvre : de main en main, cherchant la rentabilité, les propriétaires avaient dégraissé l’usine papetière d’Hénin-Beaumont, à deux pas de Faurecia et Metaleurope, laissant finalement 168 employés sur le carreau. Traîné devant les prud’hommes de Lens, Acland avait été jugé responsable des licenciements et contraint de verser des indemnités de 37000 à 166000€ aux employés et 125000 à 220000€ pour les cadres. C’était la première fois qu’un tribunal reconnaissait la responsabilité sociale d’un LBO. Et si, dans ses envies de « justice sociale », le Président se saisissait de cette jurisprudence pour vraiment protéger les salariés victimes de la crise ?
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