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L'ouverture est un cache-misèreNick Carraway - Blogueur associé | Jeudi 14 Mai 2009 à 18:25 | Lu 5938 fois
L'ouverture n'a pas été inventée par Sarkozy mais par Bayrou. Mais, de Benrard Kouchner à Fadela Amara en passant par Rocard, Lang et Allègre, elle est devenue une vitrine de communication et surtout une plateforme d'ambitions personnelles.
(photo : Justin Marty (http://www.flickr.com/photos/jmarty/) - Flickr - cc)
Souvenez-vous : l’ouverture, c’est ce thème de campagne qui est apparu avec François Bayrou en 2007, et qui se résumait en une maxime simple, « faire travailler ensemble les hommes de bonne volonté ». Cela fleurait bon les coalitions des IIIe et IVe Républiques, quand nos aînés à rouflaquettes et à fumes-cigarettes s’activaient pour ébaucher des majorités consolidées au centre (déjà divisé en deux à l’époque : les radicaux-socialistes et les républicains de droite) : plusieurs partis, pour un même gouvernement et une même gouvernance. Curieusement ou non, il s’est vite trouvé que l’ouverture, les Français aimaient ça pendant la campagne : 65% de plébiscite en juin 2007, 64% en mars 2008. En toile de fond, se dessinait ni plus ni moins qu’un refus net du clivage gauche-droite tel qu’il est aujourd’hui organisé, couvert du vernis « blanc bonnet et bonnet blanc » et catalysé par une crise sous-jacente qui fait toujours reparaître le spectre de l’Union sacrée, de la cohésion d’une Nation tout entière faisant fi de ses divisions pour le salut de son âme. L’ouverture, un thème plébisicté par les Français ? Il n’en fallait pas plus pour que Nicolas Sarkozy en fît un outil stratégique : ce que Bayrou veut, je le fais. Premier coup de pioche dans la roche bayrouïste. « Débauchage ! Déstabilisation ! », ont crié les contempteurs de l’ouverture sarkozyste. Et ils ont eu raison. Rien n’a fonctionné comme une vraie ouverture. Le PS ni l’UMP ne se sont pas mariés, laissant l’ouverture être désignée par quelques trajectoires individuelles : Eric Besson est allé à Canossa en allant jusqu’à prendre des responsabilités au sein de l’UMP ; Jack Lang, Michel Rocard et Claude Allègre, ont été aiguillonnés à coup de petits maroquins, qui à Cuba, qui chez les pingouins, qui par le secret espoir de redevenir ministre. Et que dire du Nouveau Centre ? Lui qui croyait avoir noué une alliance solide et équitable, se retrouve maintenant un vrai parti croupion, accroché aux basques de la majorité. François Sauvadet, président du groupe NC à l’Assemblée, s’étrangle à chaque fois que le groupe UMP fait cavalier seul et ne respecte pas son partenaire, qui se croyait son égal ; Hervé Morin, qui caressait le doux rêve de voir des listes NC aux européennes, a rapidement déchanté et s’est retrouvé à batailler… pour arracher trois places éligibles ! L’ouverture sarkozyste est donc tout sauf un contrat synallagmatique : le Nouveau Centre s’engage à voter les réformes… mais à quoi s’engage l’UMP ? A faire tomber de la table les miettes du festin de Job? Surtout, l’ouverture sarkozyste est tout sauf un partenariat. C’est une entreprise d’acculturation. Kouchner, Bockel et Besson comme ambassadeurs du socialisme au gouvernement ? Fadaises ! Bockel est discrédité par son nanisme, Besson se retrouve à exécuter les basses œuvres les plus droitières de la politique gouvernementale. Et Kouchner ? Le voilà aujourd’hui pris au piège de l’ouverture. Car, en Sarkozie, peut-on jamais coopérer avec le gouvernement et conserver une âme de gauche ? Fadela Amara voulait s’en convaincre, qui pérorait en janvier 2008 qu’elle ne voterait pas Sarkozy en 2012 ; peine perdue, deux jours plus tard, elle se dédisait, rattrapée par la patrouille. Revenons à Bernard Kouchner, sans nul doute la plus belle proie socialiste du gouvernement, la figure la plus emblématique d’un socialisme de bonne conscience, fait de bonhomie médicale sur fond d’Afrique noire ; bref, tout pour faire vibrer la corde sentimentale d’un socialisme tout désigné pour résoudre les problèmes de l’Humanité. Une capture qui a valu un psychodrame au PS, obligé ipso facto d’exclure les renégats du socialisme, comme il le fut lors du vote de la réforme constitutionnelle de juillet dernier. Ce week-end, au détour d’une interview, Bernard Kouchner a été coincé : va-t-il voter UMP ? « J’attends de voir les programmes ! », a-t-il louvoyé. Aujourd’hui, c’est la cabale : Harlem Désir traite le traître de « concessionnaire qui hésiterait à vous accompagner dans la voiture qu’il vous vend » ; Xavier Bertrand enchaîne : « Si Bernard Kouchner regarde ce qu’il y a dans les projets des différents partis pour ces élections européennes, je sens qu’il ne votera certainement pas pour le Parti socialiste ». Un programme, l’UMP ? Pardi ! Celui qui n’a voté Sarkozy ni au premier, ni au deuxième tour, obligé de passer avec armes et bagages du côté de la majorité ? C’est ce qu’il semble aujourd’hui se passer : Kouchner doit boire la cigüe en avouant qu’il votera pour Michel Barnier. Voilà le donc le triste sort d’une ouverture inégale, faite d’alibis bon teint et de liberté de ton et de pensée pour peu qu’elle ne diverge pas de la ligne fixée par l’UMP. Une espèce de liberté surveillée, de mise sous assistance respiratoire jusqu’à ce qu’il ne reste plus d’autres choix que la mort… ou la souillure. C’est ce qu’endureront les députés du Nouveau Centre, devenus en un tournemain les communistes de la majorité, et qui en 2012 n’auront que trois choix : rester un satellite qui tourne dans le vide, se fondre complètement dans la majorité en renonçant à leur étiquette, ou revenir vers Bayrou et devoir passer sous les fourches caudines. Et c’est ce qu’endurera également Bernard Kouchner, obligé désormais de faire jouer son entregent pour dégoter un poste de haut-fonctionnaire grassement payé ou honorifique lorsque son temps sera fini. Pour autant, il serait trop simple de taper sur la majorité. Si l’ouverture est un combat de gladiateurs, c’est aussi parce que le PS n’en a pas la culture. Le système majoritaire contribue à solidifier deux camps, opposition et majorité, avec chacun son rôle, et hermétiquement fermés l’un à l’autre : la majorité et l’opposition ne se peuvent regarder fixement, pourrait-on dire en parodiant La Rochefoucauld. Si l’on veut changer cet état de choses, il faudra nécessairement passer par un système plus proportionnel qui, en fragilisant les blocs, demandera obligatoirement un renfort en mastic. Et ce mastic, c’est la coopération. Comme quoi, tout se tient.
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