L'indépendance plébiscitée en Catalogne
Appelés aux urnes par 166 municipalités (sur 946) pour se prononcer par référendum sur la souveraineté de leur communauté autonome, 94,8% des 500 000 électeurs qui se sont exprimés ont voté oui à l’indépendance. Un test partiel, mais grandeur nature, qui provoque l’euphorie à Barcelone et des bruits de botte à Madrid.
Cette consultation d’initiative populaire n’avait rien d’officielle et n’aura aucune conséquence juridique sur l’actuel statut de la Catalogne. Organisé par les partis souverainistes catalans au moment où le Tribunal constitutionnel de Madrid (l’équivalent de notre Conseil constitutionnel) tarde à valider le nouveau statut d’autonomie de la Catalogne, approuvé par référendum en juin 2006 et entériné un mois plus tard par les parlements catalan et espagnol, ce referendum partiel provoque un sérieux malaise institutionnel en Espagne.
Contestés par le Parti Populaire (opposition de droite) de Mariano Rajoy, plusieurs articles du nouveau statut, notamment celui qualifiant la Catalogne de « nation » et celui autorisant la Generalitat (nom officiel du gouvernement autonome) à installer des délégations diplomatiques à l’étranger, risquent en effet d’être déclarés inconstitutionnels par les juges suprêmes. Si tel était le cas, les partis souverainistes, majoritaires en voix à tous les scrutins, ont prévenu qu’ils lanceraient aussitôt un processus d’autodétermination de la Catalogne. Indignés par ce qu’ils considèrent comme une atteinte à l’intégrité territoriale de l’Espagne, plusieurs officiers de l’Etat major ont fait savoir que, confrontée à cette « sédition séparatiste », l’armée espagnole n’hésiterait pas à se prévaloir de l’article VIII de la constitution lui confiant la mission de « maintenir l’unité nationale ».
Aux velléités de sécession s’ajoutent à présent des bruits de bottes.
Le problème est que le statut de 2006 (améliorant celui de 1979), dont les clauses les plus souverainistes ont été directement négociées entre Artur Mas, chef de la plus importante formation politique catalane, le parti nationaliste CiU (Convergence et union), et Jose-Luis Rodriguez Zapatero lui-même, chef du gouvernement central, divise la classe politique espagnole entre fédéralistes et centralistes.
Pour compliquer le tout, l’actuel gouvernement autonome catalan, conforté par le succès du référendum de 2006, est constitué par une coalition entre le PSC (Partis socialiste autonomiste catalan, filiale locale du PSOE au pouvoir à Madrid) et l’ERC (Gauche républicaine catalane) parti ultra indépendantiste ayant préféré formé une union de la gauche avec les socialistes plutôt qu’avec les nationalistes de droite de CiU, pourtant partisans de l’indépendance.
Divergence dans le camp souverainiste suspendue le temps d’organiser la consultation de dimanche dernier. Paradoxe supplémentaire, ERC (dont les 8 députés aux Cortès de Madrid soutiennent le gouvernement Zapatero), avait appelé à voter non au référendum de 2006 sous prétexte que le nouveau statut ne reconnaît pas assez le droit du peuple Catalan à disposer de lui-même. Un imbroglio sans précédent pour la démocratie espagnole empêtrée, depuis son rétablissement, il y a trente deux ans, dans le règlement conflictuel des revendications nationales de la Catalogne et du Pays-Basque. Autant de situations où la question de l’identité nationale ne relève pas du stratagème dialectique à finalité électoraliste.
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