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L'illusion du chômage volontaire

Liêm Hoang-Ngoc | Lundi 21 Avril 2008 à 12:20 | Lu 14449 fois

Avec France Inter, la chronique de Liêm Hoang-Ngoc, Maître de conférences à Paris I, qui remplace cette semaine Bernard Maris. Keynes avait déjà tout dit sur le soi-disant chômage volontaire.



L'illusion du chômage volontaire
Le gouvernement va annoncer la suspension des indemnités chômage en cas de refus de deux offres valables d’emploi. Selon la définition proposée par le gouvernement, une offre valable est associée à un emploi dont le salaire peut être inférieur de 70% au salaire précédent, et accessible à moins de deux heures de déplacement.
Outre que son projet entretiendra une pression à la baisse sur les salaires, le gouvernement a indéniablement décidé de durcir les conditions d’indemnisation des chômeurs. Il considère que nombre d’entre eux profitent du système et entend, comme il dit, lutter contre l’assistanat. Thème très à la mode ! Tant on se souvient que Ségolène Royal en avait également fait son cheval de bataille.
Mais ce slogan n’a absolument rien de moderne ! Il y a plus de 70 ans, Keynes moquait déjà son ancien professeur, Arthur Pigou, le père de la théorie du chômeur fainéant et assisté. Pigou expliquait qu’une économie de concurrence parfaite converge vers le plein-emploi, c’est-à-dire une situation où personne ne veut travailler plus parce qu’il faudrait accepter des salaires trop bas. Dans le jargon des économistes, le chômage est alors qualifié de «volontaire» : les chômeurs choisissent de ne pas travailler. Ils préfèrent d’autant plus le loisir s’ils bénéficient d’allocations généreuses.
Que disait Keynes ? Dans la dépression des années 30, Keynes répondait au contraire que des millions de chômeurs accepteraient de travailler pour des salaires bien plus faibles que le salaire courant. Si les entreprises ne les embauchent pas, c’est parce qu’elles n’investissent pas. Bref le chômage est «involontaire» !

Pas d'investissements, pas d'emploi

Cette controverse est plus actuelle que jamais. L’Europe et les Etats-Unis souffrent d’une panne de croissance. On peut renforcer autant qu’on veut le contrôle des chômeurs. L’économie ne crée pas assez de postes à pourvoir à chaque demandeur d’emploi. Il y a aujourd’hui 1 800 000 chômeurs officiels et 5 millions de précaires, près à travailler. Mais il n’y a que 400 000 emplois vacants, essentiellement dans le bâtiment et la restauration. On découvre désormais qu’ils sont occupés par des sans-papiers, comme dans le film de Ken Loach, It’s a free world. L’ANPE ne dénombrait quant à elle que 18 000 «fraudeurs» et chômeurs découragés radiés en 2007.
ON pourrait se demander pourquoi le chômage baisse. Il baisse parce que la population active croît moins vite depuis le papy boom. C’est-à-dire le départ à la retraite des générations nées en 1945, dont il faut financer les retraites. Mais l’emploi n’augmente pas parce que les entreprises n’investissement pas et que la baisse du pouvoir d’achat réduit leurs carnets de commandes. Les seuls emplois créés sont des emplois à dix heures par semaine dans les services à la personne.
Conclusion ? Lutter contre l’assistanat revient à lutter contre les chômeurs et non contre le chômage.

Le dicton du jour :
si le monde connaissait le bonheur et la paix, je n’essaierais pas de le changer.» (C’est de Confucius, puisque la Chine devait être à la mode cette année).

Retrouvez Liêm Hoang-Ngoc et d'autres chroniques de l'économie sur France Inter


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