L'identité française comme ferment d'un nouveau populisme
Vendredi 1 Janvier 2010 à 07:01 | Lu 20615 fois I 807 commentaire(s)
Soheib Bencheikh - Théologien
Pour le théologien Soheib Bencheikh, les bêtises de quelques Franco-arabes excités ont servi de prétexte à une campagne délétère qui risque de générer un populisme de mauvais augure.
D’abord spectateur étonné devant un débat sur l’identité nationale dont je n’arrive pas à comprendre les motifs, puis très inquiet de la tournure des propos visant de plus en plus nommément la population musulmane de ce pays, je me suis senti contraint de rappeler des règles établies et de signaler des évidences qui ont cours depuis les Lumières.
Pour toute personne sensée, «communauté» et «identité» n’ont aucune existence réelle. Je n’ai jamais serré la main de la communauté musulmane et je ne l’ai jamais prise dans mes bras, je ne connais d’ailleurs pas son adresse ; et je n’ai jamais, non plus, rencontré une identité française, fixe, dont je puisse faire le tour. Je connais, par contre, l’influence d’une présence musulmane et je connais le rayonnement éblouissant de la culture française, faite d’ailleurs d’une multiplicité et d’une succession d’apports différents.
Vouloir fixer une identité, c’est souhaiter sa mort. Moi, je ne peux pas définir mon identité : je suis de confession musulmane, amoureux de la littérature arabe et je baigne dans une culture et une langue françaises avec tout ce qu’elles véhiculent de contrastes criants et de perspectives étalées à l’infini.
Ma conviction était, naïvement, que ma spécificité cultuelle et culturelle soit un plus, un embellissement supplémentaire qui s’insère harmonieusement dans la Cité française. Car si je développe le sentiment d’être un corps greffé, je n’obtiendrai l’estime ni de moi-même ni de mon environnement. Il est surréaliste de devoir insister sur ces évidences, mais nous en sommes là.
La France de Philippe le Bel n’est pas celle de Robespierre. Et celle-ci n’est pas celle de Jaurès, qui est encore moins celle de Pétain, et toutes ne sont pas la France du général de Gaulle. Toute prise de position politique ou juridique, au nom de l’identité, est préjudiciable.
Parce que cette nébuleuse de sentiments que l’on appelle identité change, se développe et s’enrichit. Une identité qui a besoin d’un débat houleux et qui se maintient à coups de lois et de réglementations n’est que le reflet de la frilosité d’une majorité, avec ses faiblesses et ses craintes, dans un instant donné.
Pour toute personne sensée, «communauté» et «identité» n’ont aucune existence réelle. Je n’ai jamais serré la main de la communauté musulmane et je ne l’ai jamais prise dans mes bras, je ne connais d’ailleurs pas son adresse ; et je n’ai jamais, non plus, rencontré une identité française, fixe, dont je puisse faire le tour. Je connais, par contre, l’influence d’une présence musulmane et je connais le rayonnement éblouissant de la culture française, faite d’ailleurs d’une multiplicité et d’une succession d’apports différents.
Vouloir fixer une identité, c’est souhaiter sa mort. Moi, je ne peux pas définir mon identité : je suis de confession musulmane, amoureux de la littérature arabe et je baigne dans une culture et une langue françaises avec tout ce qu’elles véhiculent de contrastes criants et de perspectives étalées à l’infini.
Ma conviction était, naïvement, que ma spécificité cultuelle et culturelle soit un plus, un embellissement supplémentaire qui s’insère harmonieusement dans la Cité française. Car si je développe le sentiment d’être un corps greffé, je n’obtiendrai l’estime ni de moi-même ni de mon environnement. Il est surréaliste de devoir insister sur ces évidences, mais nous en sommes là.
La France de Philippe le Bel n’est pas celle de Robespierre. Et celle-ci n’est pas celle de Jaurès, qui est encore moins celle de Pétain, et toutes ne sont pas la France du général de Gaulle. Toute prise de position politique ou juridique, au nom de l’identité, est préjudiciable.
Parce que cette nébuleuse de sentiments que l’on appelle identité change, se développe et s’enrichit. Une identité qui a besoin d’un débat houleux et qui se maintient à coups de lois et de réglementations n’est que le reflet de la frilosité d’une majorité, avec ses faiblesses et ses craintes, dans un instant donné.
« Fermons la parenthèse de ce honteux débat »
La bêtise et l’ignorance de quelques jeunes Franco-Arabes provocateurs en mal d’appartenance ont été le prétexte tout trouvé pour chatouiller le monstre du populisme «anti-autre», endormi depuis Vichy ; la différence est que cet autre aujourd’hui est plus nombreux, plus diversifié, plus coloré et lié à un monde musulman en effervescence, ballotté entre la nostalgie de sa civilisation perdue et son désir de croquer à pleines dents la modernité.
De plus, l’autre d’aujourd’hui ne véhicule dans sa mémoire aucune séquelle, ni de l’anticléricalisme, ni de l’aberration collective de l’affaire Dreyfus et de ses conséquences meurtrières. Trop spontané dans son expression cultuelle et trop à l’aise dans sa diversité culturelle, son esprit n’est pas préparé à définir les limites de «l’humble discrétion».
Des élus de plus en plus nombreux veulent interdire aux Maghrébins spécifiquement, comme le précise le maire d’Orange, d’afficher les expressions festives spontanées de leur culture d’origine. A quand la législation sur les youyous, la réglementation du dosage du henné et la pénalisation de l’accent nord-africain qui fait confondre inesthétiquement le «an» et le «on» ?
Tous ces efforts, dans le seul but de consolider l’identité nationale française ! Pourquoi, mon Dieu, ma mère ne m’a-t-elle pas fait naître américain ou irlandais, et j’aurais pu fêter avec ostentation l’Independence Day et la Saint-Patrick, sous le regard sympathique des bons Français ?
Entre la démocratie et le populisme, il y a un pas, celui qui soumet à l’appréciation de la majorité les principes qui protègent, avant toute expression démocratique, les libertés individuelles et les droits fondamentaux. La Suisse a franchi ce pas. L’Allemagne, les Pays-Bas et, curieusement, même la France, citadelle des droits, entachent l’inviolable et se laissent séduire par le chant des sirènes du populisme.
Monsieur Sarkozy, Messieurs les ténors de l’UMP, fermons s’il vous plaît la parenthèse de ce honteux débat et occupons-nous du prestige et de la place stratégique qui reviennent à la France au sein même du monde musulman.
De plus, l’autre d’aujourd’hui ne véhicule dans sa mémoire aucune séquelle, ni de l’anticléricalisme, ni de l’aberration collective de l’affaire Dreyfus et de ses conséquences meurtrières. Trop spontané dans son expression cultuelle et trop à l’aise dans sa diversité culturelle, son esprit n’est pas préparé à définir les limites de «l’humble discrétion».
Des élus de plus en plus nombreux veulent interdire aux Maghrébins spécifiquement, comme le précise le maire d’Orange, d’afficher les expressions festives spontanées de leur culture d’origine. A quand la législation sur les youyous, la réglementation du dosage du henné et la pénalisation de l’accent nord-africain qui fait confondre inesthétiquement le «an» et le «on» ?
Tous ces efforts, dans le seul but de consolider l’identité nationale française ! Pourquoi, mon Dieu, ma mère ne m’a-t-elle pas fait naître américain ou irlandais, et j’aurais pu fêter avec ostentation l’Independence Day et la Saint-Patrick, sous le regard sympathique des bons Français ?
Entre la démocratie et le populisme, il y a un pas, celui qui soumet à l’appréciation de la majorité les principes qui protègent, avant toute expression démocratique, les libertés individuelles et les droits fondamentaux. La Suisse a franchi ce pas. L’Allemagne, les Pays-Bas et, curieusement, même la France, citadelle des droits, entachent l’inviolable et se laissent séduire par le chant des sirènes du populisme.
Monsieur Sarkozy, Messieurs les ténors de l’UMP, fermons s’il vous plaît la parenthèse de ce honteux débat et occupons-nous du prestige et de la place stratégique qui reviennent à la France au sein même du monde musulman.
Soheib Bencheikh est théologien et chercheur en sciences religieuses. Il est l'auteur de Marianne et le prophète (édition Grasset).
Voir les 807 commentaires
La Une du moment
LES PLUS de Marianne
- Revue Web personnalisée
- Les Unes de Marianne2
- Le MAG en PDF 24h avant !
ou Se connecter
Abonnez-vous à la Newsletter de Marianne
Recevez tous les jours les meilleurs articles de Marianne2.fr
Recevez tous les jours les meilleurs articles de Marianne2.fr
Dans cette rubriqueSur Marianne vous aimez
Dans la même rubrique
|
“Le goût de la vérité n’empêche pas de prendre parti” A.Camus
|
|
© Marianne2, droits de reproduction réservés - Marianne - 32, rue René Boulanger - 75484 Paris cedex 10 - Tel : +33 (0)1 53 72 29 00 - Fax : +33 (0)1 53 72 29 72

Imprimer
Augmenter le texte
Diminuer le texte
Accueil
Envoyer
Partager

Facebook
Twitter
RSS
Newsletter