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L'euro peut-il survivre à la crise? (2/3)

Samedi 1 Janvier 2011 à 12:01 | Lu 17035 fois I 29 commentaire(s)

Jacques Sapir - Economiste

Ébranlé par la crise, l'euro pourrait bien vivre les derniers jours de son existence. La faute en revient aux dirigeants de l'UE qui n'ont pas su adopté les mesures capables d'endiguer la crise financière, selon l'économiste Jacques Sapir. Pire, le mouvement des taux d'intérêts, responsable des difficultés économiques des pays membres, touchent depuis peu de nouveaux États.



La dynamique des taux d’intérêts et la mort de l’euro

Les attaques sur les marchés financiers prennent la forme d’une hausse directe ou indirecte des taux d’intérêts que les pays doivent payer. On mesure ceci par l’écart entre le taux payé sur les obligations allemandes à 10 ans et les autres obligations d’État de même maturité.

Graphique 1 : Évolution des écarts de taux avec l'Allemagne de septembre 2008 jusqu'au 30 novembre 2010
Source : Agence France-Trésor
Source : Agence France-Trésor

La première chose que l’on constate à la lecture du graphique 1 est que l’explosion de l’euro est inscrite dans les esprits depuis le début de l’année 2010.

Si on lit attentivement le graphique, on constate que le choc de la crise financière engendrée par la faillite de Lehmann Brothers en septembre 2008 a ébranlé l’euro, mais a uniquement posé des problèmes à deux pays, la Grèce et l’Irlande. On a pu croire en septembre 2009 que le calme avait été restauré, même si les écarts de taux avaient sensiblement augmenté par rapport à l’avant crise. D’un point de vue technique, il est donc faux de prétendre que nous aurions été « protégé » par l’euro, car le choc de la crise se lit dans le mouvement des taux d’intérêts. Mais, si des mesures avaient été prises à ce moment-là (soit entre août et novembre 2009), il est probable que l’on aurait encore pu sauver l’euro.

À partir de la fin de l’année 2009, la crise a pris une nouvelle tournure, cette fois-ci beaucoup plus inquiétante. Le mouvement des taux d’intérêts reprend et touche cette fois un nombre bien plus grand de pays. Le Portugal, l’Espagne, l’Italie et la Belgique sont clairement en première ligne. Cependant, l’échelle du graphique 1 imposée par les valeurs atteintes par les écarts de taux de la Grèce et de l’Irlande masque un phénomène qui est tout aussi grave.

Graphique 2 : Écarts des taux d'intérêts - Suite
L'euro peut-il survivre à la crise? (2/3)

Si l’on isole les pays réputés plus « sages », on constate que les seuls à être épargnés pour l’instant sont la Finlande et les Pays-Bas. Pour tous les autres, qui bénéficiaient de « spreads » (écart de taux) de 15 à 30 points avant la crise, les écarts sont en train d’augmenter sensiblement. La Belgique est le pays le plus touché, mais on voit que le mouvement concerne aussi l’Autriche (du fait de l’exposition des banques autrichiennes au risque potentiel des pays « nouveaux entrants ») et même la France.

Le mouvement est trop général pour être nié. Le fait que la République Tchèque ait annoncé qu’elle ne souhaitait pas rejoindre l’euro en témoigne (1). À part une « zone Mark », incluant les Pays-Bas et la Finlande, on ne voit guère de pays qui soit épargné. Il est donc faux de vouloir limiter la crise de l’euro à celle de pays dits « périphériques ». C’est bien le cœur du mécanisme de la monnaie unique qui est touché.

Même si l’on arrivait à contenir la crise des pays « périphériques » (dont le PIB est assez faible en ce qui concerne la Grèce et le Portugal), on voit dans ces deux graphiques que le phénomène de contamination a joués à plein et touche désormais des pays dont la taille et l’importance excluent des mesures passagères. Tout cela était, hélas, entièrement prévisible. La dernière occasion de porter remède aux déficiences de l’euro a été perdue à l’automne 2009. L’Histoire dira que ce sont les thuriféraires mêmes de l’euro qui, par leur autisme et leur refus d’admettre certaines réalités, ont largement contribué à sa perte.

On a donc le sentiment que rien de tout ce qui aurait été nécessaire n’a été fait ou même entamé. On a disserté à loisir sur l’après-2013 justement parce que l’on n’arrivait pas à se mettre d’accord sur 2011 et 2012. C’est bien cette incapacité à se mettre d’accord sur des mesures de bon sens qui constitue l’autre principal problème, à côté des questions plus techniques. Cette incapacité traduit une absence de volonté.

(1) Déclaration du Premier Ministre Petr Necas, le 6 décembre 2010.

Lire le premier volet de cet article : L'euro peut-il survivre à la crise? (1/3)
La suite de cet article demain








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