L'euro peut-il survivre à la crise ? (1/3)
Vendredi 31 Décembre 2010 à 07:00 | Lu 21024 fois I 183 commentaire(s)
Jacques Sapir - Economiste
Ébranlé par la crise, l'euro pourrait bien vivre les derniers jours de son existence. La faute en revient aux dirigeants de l'UE qui n'ont pas su adopté les mesures capables d'endiguer la crise financière, selon l'économiste Jacques Sapir. Une situation qui fait en tout cas le bonheur des spéculateurs.
Peut-on encore sauver l’euro ? La question hante désormais les responsables, en dépit des déclarations fracassantes et des rodomontades des uns et des autres. Le sommet européen, que l’on a officiellement salué pour la mise en place d’un dispositif de solidarité après 2013, a été incapable de prévoir des mécanismes permettant de lutter contre la spéculation et la crise de l’euro en 2011 et 2012. Les gouvernements vont partout répétant que les mesures déjà prises suffiront. Il est évident que c’est faux.
Après la Grèce et l’Irlande, ce sera bientôt au tour de l’Espagne (à qui l’on demande un nouveau tour de vis fiscal et économique) et du Portugal de venir chercher de l’aide. La dégradation des notes de ces pays par les agences de notation ne peut que raviver la spéculation. L’Italie elle-même est attaquée via ses banques, car la communauté financière s’attend à ce que l’État soit obligé de leur venir en aide.
Ensuite, fin janvier, ou en mars au plus tard, nous apprendrons que c’est au tour de la France et de la Belgique de voir leurs notes baissées.
Il est clair que, loin d’arrêter la contagion, les mesures prises lors du sommet européen n’ont fait que confirmer les spéculateurs dans leurs choix et leurs options. Pour qu’il en ait été différemment, il aurait fallu que les gouvernements tombent d’accord pour porter remède à la fois aux causes immédiates et aux causes structurelles de la crise de l’euro.
Si des mesures strictes interdisant et punissant des pratiques spéculatives avaient été prises, venant appuyer l’annonce d’une monétisation par la Banque Centrale Européenne des dettes à hauteur de 1000 milliards d’euros, la spéculation n’aurait plus trouvé d’aliments. La monétisation aurait par ailleurs conduit à faire baisser l’euro, donnant aux États membres de la zone une bouffée d’oxygène bien nécessaire.
Une restructuration favorisant les pays les plus endettés (Grèce, Italie, Belgique) aurait pu, et dû, être entreprise dans la mesure où la dépendance vis-à-vis des marchés financiers pour le financement de la dette aurait été réduite par le rachat de la dette par la BCE.
Ces mesures auraient ainsi permis de traverser les deux années qui nous attendent sans crise grave. La crise structurelle aurait aussi dû être combattue par l’annonce d’un budget communautaire élargi ainsi que par celle d’un plan de relance en Allemagne et aux Pays-bas, venant compenser les effets des divers plans d’ajustement auxquels sont contraints les pays du Sud de la zone euro. Mais, de tout cela, il n’a rien été.
Après la Grèce et l’Irlande, ce sera bientôt au tour de l’Espagne (à qui l’on demande un nouveau tour de vis fiscal et économique) et du Portugal de venir chercher de l’aide. La dégradation des notes de ces pays par les agences de notation ne peut que raviver la spéculation. L’Italie elle-même est attaquée via ses banques, car la communauté financière s’attend à ce que l’État soit obligé de leur venir en aide.
Ensuite, fin janvier, ou en mars au plus tard, nous apprendrons que c’est au tour de la France et de la Belgique de voir leurs notes baissées.
Il est clair que, loin d’arrêter la contagion, les mesures prises lors du sommet européen n’ont fait que confirmer les spéculateurs dans leurs choix et leurs options. Pour qu’il en ait été différemment, il aurait fallu que les gouvernements tombent d’accord pour porter remède à la fois aux causes immédiates et aux causes structurelles de la crise de l’euro.
Si des mesures strictes interdisant et punissant des pratiques spéculatives avaient été prises, venant appuyer l’annonce d’une monétisation par la Banque Centrale Européenne des dettes à hauteur de 1000 milliards d’euros, la spéculation n’aurait plus trouvé d’aliments. La monétisation aurait par ailleurs conduit à faire baisser l’euro, donnant aux États membres de la zone une bouffée d’oxygène bien nécessaire.
Une restructuration favorisant les pays les plus endettés (Grèce, Italie, Belgique) aurait pu, et dû, être entreprise dans la mesure où la dépendance vis-à-vis des marchés financiers pour le financement de la dette aurait été réduite par le rachat de la dette par la BCE.
Ces mesures auraient ainsi permis de traverser les deux années qui nous attendent sans crise grave. La crise structurelle aurait aussi dû être combattue par l’annonce d’un budget communautaire élargi ainsi que par celle d’un plan de relance en Allemagne et aux Pays-bas, venant compenser les effets des divers plans d’ajustement auxquels sont contraints les pays du Sud de la zone euro. Mais, de tout cela, il n’a rien été.
L’impossible réduction de la dette par l’ajustement budgétaire
Il faut ici revenir sur ces plans d’ajustements, dans lesquels les gouvernements mettent tous leurs espoirs de contrôler la montée de la dette publique. Ils ont pour objectif affiché d’arrêter la hausse de la dette en pourcentage du PIB, dont on dit qu’elle alimente l’inquiétude des marchés financiers. Il est cependant évident qu’en l’état actuel, ils sont inadéquats pour cette tache, tout en menaçant gravement les économies concernées d’une retombée dans la récession. Le tableau suivant le montre.
Conditions d’une stabilisation du taux de la dette publique en pourcentage du PIB dans les pays de la zone euro
On calcule le montant du solde primaire (déficit ou excédent) des administrations publiques qu’il faudrait respecter en 2011 pour que le poids, en pourcentage, de la dette publique n’augmente pas. Les chiffres de la deuxième colonne sont éloquents, et il faut savoir qu’ils sont calculés sur la base d’hypothèses complètement irréalistes, qu’il s’agisse de la croissance ou du taux d’intérêt que les pays auront à supporter sur la dette existante. Les colonnes 3 et 4 introduisent la révision des chiffres de croissance qui a été faite dernièrement par la Commission de Bruxelles (colonne 3) ou par des instituts d’études de la conjoncture (colonne 4). Il faut d’ailleurs noter par ailleurs que les estimations de croissance pour 2011 sont loin d’intégrer complètement les effets des restrictions dues à l’ajustement budgétaire, qu’il s’agisse des hausses d’impôts ou des diminutions de dépenses publiques. En fait, tout laisse à penser que les estimations faites fin 2010 sont loin d’être réalistes.
Même si l’on ne considère que les chiffres de la deuxième colonne, l’écart entre le déficit enregistré pour 2010 et le solde requis pour 2011 pour atteindre cette stabilisation impliquera, même en Allemagne, un effet de récession important. Ajoutons que si tous les pays de la zone font cet ajustement en même temps, ce que l’on préconise pour « calmer » les marchés, il y a fort à parier que ce n’est pas une récession que l’on connaîtra mais une véritable dépression, en raison des effets cumulatifs des ajustements budgétaires.
Dans la réalité, on en restera heureusement loin en évitant ainsi un choc dépressif trop important ; mais ceci signifie que les attaques des marchés reprendront dès la « trêve des confiseurs » achevée. La possibilité que les différents pays repassent sous la limite des 3% de déficit d’ici 2013 est en effet tout simplement nulle. D’ailleurs, on constate sur le tableau que cette limite, serait très insuffisante pour stabiliser la dette en niveau, sauf une forte croissance qui est exclue en raison même de ces politiques d’ajustements.
(1) http://www.bloomberg.com/news/2010-12-20/France-s-aaa-grade-at-risk.html
La suite de cet article demain
Même si l’on ne considère que les chiffres de la deuxième colonne, l’écart entre le déficit enregistré pour 2010 et le solde requis pour 2011 pour atteindre cette stabilisation impliquera, même en Allemagne, un effet de récession important. Ajoutons que si tous les pays de la zone font cet ajustement en même temps, ce que l’on préconise pour « calmer » les marchés, il y a fort à parier que ce n’est pas une récession que l’on connaîtra mais une véritable dépression, en raison des effets cumulatifs des ajustements budgétaires.
Dans la réalité, on en restera heureusement loin en évitant ainsi un choc dépressif trop important ; mais ceci signifie que les attaques des marchés reprendront dès la « trêve des confiseurs » achevée. La possibilité que les différents pays repassent sous la limite des 3% de déficit d’ici 2013 est en effet tout simplement nulle. D’ailleurs, on constate sur le tableau que cette limite, serait très insuffisante pour stabiliser la dette en niveau, sauf une forte croissance qui est exclue en raison même de ces politiques d’ajustements.
(1) http://www.bloomberg.com/news/2010-12-20/France-s-aaa-grade-at-risk.html
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