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L'éolienne individuelle, une illusion écologique

SuperNo - Blogueur associé | Mercredi 23 Septembre 2009 à 11:44 | Lu 8677 fois

Des éoliennes individuelles. Voilà la trouvaille des écolos pour consommer plus écolo. Selon SuperNo, cette solution n'est pas plus réaliste que celle de recouvrir le Sahara de panneaux solaires. Pour lui, la seule approche valable serait la décroissance.



Si on excepte les grands médias et les bénis oui-oui de l’écologie qui n’ont jamais réfléchi sérieusement au problème et se contentent de sauter comme des cabris bio sur leurs chaises rempaillées à la main en criant « Les éoliennes ! Les éoliennes ! Les éoliennes ! », il semble qu’un certain consensus se fasse pour dénoncer les aberrations du système des éoliennes industrielles.

Car l’éolien industriel est principalement aux mains de margoulins qui installent du matériel sur un simple calcul de retour sur investissement, uniquement basé sur le prix de rachat garanti par EDF sur une certaine durée. Et quand il s’agit de compter la production, au bout du compte, ça fait peanuts, surtout dans une société de croissance où la consommation ne fait par définition qu’augmenter. Ceci n’est même pas contestable puisque le record de consommation date de l’hiver dernier (j’en avais parlé ). Le problème est simple à expliquer : la production totale des éoliennes n’arrive même pas à pallier la « croissance » de consommation d’une année sur l’autre !

D’autres idées germent dans les cerveaux en effervescence, et notamment celle de « l’éolien individuel », qui supplanterait l’éolien industriel, concentré sur un petit nombre de sites. Un peu à la manière du « peer to peer » qui a montré son efficacité en informatique, où chaque personne est un composant du réseau. Très séduisant, surtout pour ceux qui sont toujours à la recherche de support crédible pour leur fantasme de « croissance verte ».

Il s’agirait d’implanter de très très nombreuses « éoliennes individuelles » (et/ou panneaux solaires), dans son jardin, sur son balcon ou sur son toit. Dans un monde décroissant, je comprends bien la philosophie du truc. Sans toutefois être naïf sur le bilan écologique et social de ces engins, qui seront évidemment fabriqués en Chine. Combien faut-il dépenser d’énergie pour les produire ?

Le problème c’est qu’une fois encore, cette belle théorie résiste mal à la simple confrontation avec une petite calculette.
Considérons ce modèle d’éolienne individuelle. Déjà, où veux-tu mettre ça, sinon dans le jardin d’une maison ? Or la majorité de la population habite en zone urbaine et ne pourra sûrement pas mettre ça sur le balcon de son F2 ! Balcon qui aura de bonnes chances d’être de surcroît plus ou moins abrité du vent…

Imaginons néanmoins pour la beauté de l’exercice qu’un million d’heureux propriétaires de pavillons mettent ce machin dans leur jardin. Le catalogue parle d’une production de 38 kWh par mois. Il est fort probable, comme pour tout argument publicitaire, que la vérité soit très en dessous, mais admettons. Au passage, 38 kWh par mois, ça représente l’équivalent de 3 ou 4 euros !  Même si l’éolienne ne coûte « que » 800 euros, il faudra de toute façon y ajouter une batterie (onéreuse, polluante et à durée de vie limitée) et un transfo, et il est clair que l’investissement ne sera jamais rentable, et ne pourrait satisfaire que des besoins très partiels.

Le solaire, pas très malin



Au niveau production, 38 kWh/mois=456 kWh/an (l’ordre de grandeur de ce que consomme un simple frigo !) , multipliés par 1 million = 456 GWh/an. Arrondissons à 0,5TWh/an.

Or la production totale d’électricité en France est actuellement de… 550 TWh/an. Plus des trois quarts proviennent du nucléaire. Si donc un million de clampins se mettaient à défigurer leur jardin avec un tas de ferraille hideux et bruyant (ce qui est déjà très utopique), ils ne produiraient même pas un millième de ce total.  Allez, même s’ils étaient plusieurs millions, on n’arriverait jamais à 1%. Autant dire peanuts. On nous amuse avec ça, c’est tout. J’ai refait mes calculs, je n’ai pas de doute. D’autant moins que Jancovici dit exactement la même chose.

Pour le solaire, même topo. Un panneau solaire produit en moyenne entre 100 et 200 kWh/m2 et par an. Un peu plus dans le sud, un peu moins dans le nord. Ici, en Lorraine, la grisaille ferait même déprimer un panneau solaire, c’est dire.

N’oublions pas que par définition, le panneau solaire, qui n’est pas très malin, produit plus pendant l’été, alors que c’est en hiver qu’on en aurait le plus besoin. De même, la nuit il roupille, alors qu’on a besoin d’avoir chaud quand il fait -15 degrés dehors. Même si on met 20 m2 de panneaux solaires sur son toit (ce qui est considérable et très coûteux malgré des aides de l’État), cela donnera 3000 kWh/an. Six fois plus que l’éolienne évoquée, tout de même. Sauf qu’on reste toujours dans le pouième de pourcent de la consommation totale, et que cela ne suffit pas à compenser l’augmentation annuelle de ladite consommation simplement due à la « croissance ». Ce n’est pas une solution, c’est une anecdote. C’en est même désespérant.

Quant aux bisounours qui proclament « Bah, yaka mettre dans le Sahara l’équivalent en panneaux solaires de la surface de la France pour couvrir tous les besoins mondiaux », je me demande (après m’être préalablement interrogé sur leur taux d’alcoolémie) s’ils ont déjà essayé de remplir une piscine olympique avec un seul verre d’eau en devant faire des allers-retours à un robinet situé à trois heures de marche…

L’éolien ou le solaire individuel dans une société de croissance, c’est au mieux tout juste bon à alimenter les fantasmes des thuriféraires de la « croissance verte », au pire à meubler cinq minutes de reportage chez Jean-Pierre Pernaut.

Si un jour on arrive à couvrir 10% des besoins avec ça, ce sera une énorme performance. Il restera juste à s’interroger sur la manière de produire les 90% restants…

Une solution: la décroissance

Les objecteurs de croissance ont compris depuis longtemps que l’isolation des logements permettrait de remplacer des millions d’éoliennes ! À ceci près qu’il faut vérifier que les travaux d’isolation ne boufferont pas plus d’énergie qu’ils n’en feront économiser…

Tout ça pour dire Allègre a raison sur ce point : seul le nucléaire peut soutenir (un temps) la « croissance ». Et que renoncer au nucléaire, c’est corollairement renoncer à la croissance.

Pour discréditer définitivement le nucléaire, il suffit pourtant de savoir que pour quelques dizaines d’années d’exploitation, il va falloir entreposer des millions de tonnes de déchets sur des durées très supérieures à l’histoire de l’humanité !

Allez déjà demander à un opérateur privé le prix du stockage d’une tonne de déchets toxiques pour un an, faites la multiplication, et dites-moi ce que vous en pensez !

Ce n’est pas cela qui découragera Sarkozy. Repousser les problèmes sur des centaines de milliers d’années ne le dérange pas, puisqu’il n’a droit qu’à deux quinquennats ! Et puis c’est cohérent : nucléaire = croissance sans (trop de ) CO2, en plus il donne de l’or à ses copains. Que demander de plus ?

La cohérence est plus difficile à trouver pour les zécolos. Ceux qui veulent la croissance (verte) mais pas le nucléaire. Car les faits sont têtus. La seule énergie (un peu) durable qui puisse suppléer le pétrole et le nucléaire, c’est le charbon. Dommage, c’est la plus polluante, et son utilisation va rapidement provoquer un hiatus entre les bonnes intentions en matière de CO2 et la réalité !

Reste donc l’approche décroissante. C’est curieux, on en revient toujours là !

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