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L'économie de marché, otage de la peur

Mardi 7 Octobre 2008 à 08:13 | Lu 12234 fois I 76 commentaire(s)

Bernard Maris

Avec France Inter, la chronique de Bernard Maris, journaliste et écrivain. Le marché est dépendant de la psychologie des foules : la moindre angoisse ou perte de confiance, et tout s'effondre.


L'économie de marché, otage de la peur
Faut-il créer une cellule psychologique pour les traders, brokers, et autres golden boys ? Cela se fait à Londres, on soigne psychologiquement les boursicoteurs licenciés ou traumatisés par la crise financière. Ainsi la psychologie vient au secours de l’économie. Ces gens jeunes gens grassement payés étaient derrière leur écran d’ordinateur, le téléphone à l’oreille et donnaient des ordres d’achat et de vente, spéculaient en espérant que les valeurs qu’ils traitaient monteraient, car leurs « bonus », leurs fameux « bonus » qu’ils dépensaient en voitures, appartements et objets de luxe dépendaient de leur capacité à faire flamber la Bourse. Or derrière toutes ces transactions il y avait des contreparties, des entreprises qui se restructuraient, des fusions, des délocalisations, des logements qu’on achetait, bref ce que l’on appelle de l’économie réelle, alors qu’eux restaient dans le virtuel.
Et voilà que le principe de réalité les rattrape… Et nous sommes en pleine psychologie. On peut dire que les banques faisaient un déni de réalité. A moins que leurs dirigeants n’aient profité de leur connaissance approfondie du marché avant les autres, pour prendre l’argent et partir avant que le système ne s’écroule, mais franchement qui pourrait le croire…
Les golden boys eux retrouvent la réalité du chômage, et le marché qu’ils avaient tant idolâtré ne leur a pas rendu leur dévotion. Mais au-dessus des problèmes individuels il y a la question de la foule.


L'économie de marché, otage de la peur
Un marché moutonnier
La psychologie des foules est finalement le grand moteur de l’économie. Le marché ce n’est pas l’offre et la demande, comme le croient les vieux économistes, mais le mouvement de foule. La foule heureuse, confiante, qui achète, et favorise une bulle, la foule qui panique et favorise un effondrement. Il n’y a pas plus moutonnier qu’un marché. Tout marché est dominé par l’imitation, le mimétisme. Le buzzing, le bouche à oreille, la rumeur favorisent le mimétisme. Vous même quand vous recommandez un livre favorisez l’imitation et la propagation de la rumeur. La mode n’est pas autre chose que du mimétisme, de la passion et jamais de la raison. Et en ce moment les boursiers se disent : oh la la, si le plan de sauvetage est aussi gros, c’est que la situation est beaucoup plus catastrophique que l’on ne croyait ! Vendons, vendons !

Cependant, il faut bien mettre son argent quelque part, et les banques sont en train de lorgner sur les énergies renouvelables. L’éolien et le photovoltaïque en particulier, sont très demandés par les banques américaines. D’ici à voir un crash de l’éolien dans cinq ans… C’est un pas que nous ne franchirons pas. Reste la morale de l’histoire : le capitalisme ne connaît aucune pédagogie, pas même celle de la catastrophe.

La phrase du jour :
« L’économie c’est 50% de statistique, 50% de psychologie » Jacques Delors.

Retrouvez les chroniques de Bernard Maris sur France Inter.







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