L'aventure spatiale revient. Et la France la-dedans? (1)Dominique Gallet | Samedi 28 Novembre 2009 à 07:01 | Lu 3810 fois
De nombreux pays décident de s'engager dans l'exploration spatiale, et notamment les missions lunaires. Dominique Gallet pense que la France devrait renouer avec son ambition dans ce domaine. Première épisode de la saga de l'aventure française dans l'espace.
La célébration sur toute la planète du quarantième anniversaire des premiers pas de l’Homme sur la Lune, comme récemment la découverte d’eau sur son sol, ont mis de nouveau les projecteurs sur une activité essentielle pour l’avenir de l’humanité, la conquête de l’espace. Marquée du sceau d’une certaine morosité, notamment aux Etats-Unis d’Amérique depuis la fin des missions Apollo, cette conquête suscite dans d’autres parties du monde un intérêt grandissant. De nouvelles ambitions nationales vers l’espace s’affirment aujourd’hui.
Ainsi plusieurs puissances asiatiques se sont lancées dans l’aventure. La Chine réalisait en 2008 son troisième vol habité dans l’espace, après ceux de 2003 et 2005 (1). Cette même année, l’Inde envoyait sur la Lune son premier engin spatial (2) et annonçait 60 vols spatiaux jusqu’en 2013, notamment vers la Lune et Mars, ainsi qu’une mission habitée en 2015. Ce choix stratégique ne concerne pas seulement des pays de la taille de la Chine, de l’Inde ou du Japon, mais également la Corée du Sud, une nation de 50 millions d’habitants. En 2007, le ministère des sciences de ce pays annonçait le lancement d’un vaste programme spatial, avec notamment l’ouverture à Naro de son premier centre spatial, le développement d’un lanceur de 300 tonnes et l’envoi d’une sonde sur la Lune. Mais ces nouvelles ambitions nationales ne concernent pas seulement des puissances émergentes. Ainsi une dépêche de l’agence Reuters du 10 janvier 2007 nous apprenait que l’Agence spatiale britannique avait décidé, devant « la réduction des coûts du transport dans l’espace », de préparer sa première mission spatiale vers la Lune, afin d’y trouver le meilleur site pour une installation humaine. Et, au mois d’août dernier, le secrétaire d’État allemand chargé de l’espace envisageait, malgré la crise, au nom de l’importance de l’enjeu scientifique, le lancement par l’Allemagne d’une mission lunaire en 2015, chiffrant le coût de ce programme à 1,5 milliard d’euros sur cinq ans. Dans ce nouveau paysage, qu’est devenue l’ambition spatiale de la France? Elle s’était affirmée au début des années 60 avec l’arrivée au pouvoir du Général de Gaulle. La Ve République naissante mobilisait notre communauté scientifique et industrielle dans un important programme portant la France au rang de troisième puissance spatiale mondiale. La conscience était profonde, à la tête de l’État, de l’importance de ces activités spatiales pour notre progrès scientifique et notre indépendance technologique, mais également, ce qui est moins connu, pour notre rayonnement linguistique. Paul Germain, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences, le soulignera lors d’un colloque international : « C’est lorsque le général de Gaulle était président de la République que les plus hautes autorités de l’État découvrirent que les mutations scientifiques et techniques risquaient d’affecter gravement le rayonnement international de la langue française. Gaston Palewski, chargé au gouvernement des affaires spatiales, répondit à la question que je lui posais sur les raisons qu’avait notre pays de se lancer avec tant de résolution dans une politique spatiale ambitieuse : «Pour préserver le rayonnement de notre langue» ». Depuis l’origine de la Ve République, notre pays a toujours voulu concilier un important programme spatial de souveraineté, sans équivalent en Europe occidentale, avec des coopérations bilatérales diversifiées et une profonde coopération européenne. Parallèlement à la montée en puissance de la stratégie française, l’Europe multipliait les échecs avec ses fusées Europa, sous l’égide chaotique de l’ESRO et de l’ELDO. En 1973, la France imposait à ses partenaires de nouvelles méthodes et sa maîtrise d’œuvre, dans le cadre du projet Ariane, afin de réaliser une véritable indépendance spatiale européenne dans le domaine crucial des lanceurs commerciaux. L’Agence spatiale européenne est née de cette nouvelle stratégie qui se voulait complémentaire d’une ambition spatiale française indépendante, mise en œuvre par le Centre national d’études spatiales (CNES). Ainsi, fin 1994, le comité gouvernemental de l’espace souhaitait encore « maintenir la France à un très haut niveau dans le spatial (…) domaine stratégique et de souveraineté nationale“ en lançant un important programme de satellites des futures générations ». (1) Le budget spatial annuel annoncé par la Chine est de 2 milliards de dollars. (2) Le coût annoncé de la mission est de 63 millions d’euros. Dominique Gallet est auteur de Pour une ambition francophone, le désir et l’indifférence (L’Harmattan)
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