L’autre visage du film «Australia» : L’histoire d’une persécutionVirginie Roels | Lundi 29 Décembre 2008 à 15:09 | Lu 8317 fois
Derrière l’écrasant tapage qui accompagne la sortie d’Australia, bien caché entre les plis des costumes couture de Nicole Kidman, ce scénario, à première vue niais, raconte pourtant une facette méconnue de l’histoire australienne, celle de la persécution des enfants aborigènes.
Difficile d’échapper à la gigantesque entreprise de communication qui a accompagné le film grand public de l’année, « Australia ».
Signée par le réalisateur de « Moulin-Rouge », Baz Luhrmann, interprétée par la très lisse Nicole Kidman et le non moins musclé Hugh Jackmann, cette grande fresque aux allures hollywoodiennes retrace l’épopée d’une Anglaise pince-sans-rire qui dans les années trente, embarque pour l’Australie afin de ramener au bercail un époux volage. Bien entendu, la jeune et col et monté Lady Sarah Ashley va finalement délaisser son éducation aristocratique pour embrasser une vie d’aventurière, se battre éperdument pour garder un lopin de terre. Un clin d’oeil appuyé au personnage de Scarlette qui dans « Autant en emporte le vent » va se démener corps et âme pour sauver la terre de ses ancêtres, « Tara ». Dans « Australia », l’héroïne est aidée par la poigne animale et virile d’un gars du coin, Drover, interprété par le sculptural aux dents ultra-bright Hugh Jackman. Un film grand public donc, qui à coup de roulements de tambour, sur le décor magistral et quasi-mystique de l’Australie, déroule un scénario à première vue prévisible et cousu de fil blanc. Mais voilà qu’est venu s’y nicher, entre deux baisers fougueux sur soleil couchant et mordoré, le souvenir d’un petit garçon, Nullah, né d’une mère aborigène et d’un père blanc. En grattant la mémoire du personnage de ce jeune métis, incarné par Brandon Walters, le film extirpe du silence un bout de l’histoire australienne qui aujourd’hui encore provoque là-bas, remous, débats et honte. En effet, pendant trois décennies, l’Etat Australien a bel et bien mis en place une politique de discrimination et d’internement répressif à l’encontre des aborigènes. Ainsi, les enfants nés d’un métissage étaient systématiquement enlevés à leurs parents pour êtres rééduqués et placés dans des camps. Une méthode de purification de la race inspirée directement du nazisme et qui fut pratiquée jusqu’au début des années 70. Une politique qui sépara des familles entières et dont les victimes portent aujourd’hui le nom de Générations volées. C’est au sujet de cette génération que Marianne2 est allée interviewer le réalisateur, Baz Luhrmann, dans le salon feutré d’un palace parisien, quelques jours avant Noël. Par chance, il n’y avait pas que les petits-fours qui valaient le détour !
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