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L'action concertée des banques centrales: plus de mondialisation, plus de crise

Sylvain Lapoix | Lundi 13 Octobre 2008 à 08:30 | Lu 8699 fois

Pour mieux comprendre la crise financière, Marianne2 interroge des économistes sur les événements marquants. Aujourd'hui, Jean-Luc Gréau, ancien expert du Medef, décrypte la baisse de taux concertée des banques centrales.



Mercredi 8 octobre, 5 banques centrales (européenne, américaine, britannique, canadienne et suédoise) ont simultanément abaissé leurs taux directeurs de 0,5%, ainsi que la banque nationale suisse qui n'a retranché que 0,25%. Selon le communiqué de la BCE, cette initiative, approuvée par la banque du Japon, fait suite à « d'étroites consultations » engagées depuis le début de la crise par les banques centrales.

Alors que les marchés sont frappés par un déficit de confiance, comment interpréter cette action concertée des banques centrales ?

Jean-Luc Gréau, économiste, ancien expert auprès du Medef :
« Depuis l'origine des banques centrales, il y avait très peu d'actions concertées entre elles. La seule exception notable étaient les accords « swap » (de l'anglais « échange ») : quand une banque centrale n'avait pas en réserve telle ou telle monnaie à prêter, elle opérait un troc avec une banque qui en disposait. Ce type d'accord concernait surtout le dollar, car il reste la monnaie des achats de matières premières, notamment du pétrole et des produits issus de la zone pacifique. Actuellement, il y a une pénurie de dollars qui a amené à conclure certains accords de ce type.

Siège de la Réserve fédérale américaine (Fed) à Washington DC. Créidt : FlickR CC / NCinDC
Siège de la Réserve fédérale américaine (Fed) à Washington DC. Créidt : FlickR CC / NCinDC
Mais la crise financière est entrée dans une deuxième phase où la défiance est généralisée: la panique gagne maintenant les marchés asiatiques ou sud-américains qu'on croyait immunisés. Pour faire face, il faut traiter le problème globalement, au delà des zones monétaires. Cette action concertée marque la mise en place d'un réseau de banques centrales dont beaucoup sont juridiquement indépendantes des gouvernements (BCE, Banque centrale canadienne, Fed...).

C'est positif dans le sens où il y a une prise de conscience du caractère global de la crise. Si on continuait dans cette voie, on aurait bientôt un réseau de banques centrales qui travailleraient en marge des Etats, un Fonds monétaire international coordonné, etc. Or, aller dans ce sens, c'est ouvrir la boîte de Pandore une deuxième fois en allant vers plus de mondialisation financière et moins de droit de regard des Etats. Cette crise est la crise de 15 ans d'expérimentation de la mondialisation. La Fed, par la voix d'Alan Greenspan, a misé sur l'endettement des ménages américains pour garantir le libre-échange mondial sans inflation, ce qui a mené à la crise du crédit.

Les partisans de la mondialisation ne veulent pas d'un monde multipolaire où les Etats pèseraient : Dominique Strauss-Kahn lui-même a récemment prôné un monde multilatéral contre un monde multipolaire. Mais durant la crise, ce sont les Etats et les contribuables qui ont été appelés à la rescousse pour secourir le système bancaire : les banques commerciales sont devenues des filières des banques centrales qui vivent sous perfusion. Pourquoi ne pas aller jusqu'au bout et nationaliser temporairement le système de crédit comme l'a fait la Suède dans les années 1990 ? Cela redonnerait un droit de regard des Etats sur la politique de crédit et éviterait d'aller plus loin dans une mondialisation qui montre aujourd'hui ses limites. »

L'action concertée des banques centrales: plus de mondialisation, plus de crise
Jean-Luc Gréau est l'auteur de La trahison des économistes, paru aux éditions Gaillimard en septembre 2008.

Vous avez des questions sur la crise financière ? Posez-les en commentaire et nous répondrons au plus pertinentes.



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