L'UMP vote Larrouturou !Anna Borrel | Mercredi 26 Mars 2008 à 13:59 | Lu 17800 fois
Pierre Larrouturou lance une pétition pour «mettre le PS au travail». Son projet vaincra-t-il la résistance de ses amis socialistes…et les encouragements empoisonnés de l’UMP ?
«S’il n’y a que le rapport de force qu’ils comprennent au PS, je suis prêt !» La formule n’est pas d’un cadre du Parti qui lorgnerait sur le titre de premier secrétaire, mais de Pierre Larrouturou, économiste et simple délégué national. Fatigué des querelles internes, médusé par la faiblesse de l’offre politique à gauche, il lance une pétition invitant son parti à «se mettre au travail». Attention, coup de gueule : «30 ans de crise, 3 millions de chômeurs, des millions de précaires et des millions de salariés qui subissent un stress de plus en plus pénible, 3 défaites aux élections présidentielles, que faut-il de plus aux dirigeants des partis de gauche pour se mettre au travail?» Fort de plus de 5 000 signatures de membres du PS, dont celles de 18 parlementaires, Larrouturou réclame la mise en place d’un groupe de travail qui «plancherait au moins trois mois à plein temps» sur les questions économiques et sociales, avec le renfort d’experts et de tous les partenaires sociaux. Curieusement, les dirigeants qu’il interpelle dans sa pétition ne regardent pas son initiative avec toute la bienveillance espérée…
Pierre Larrouturou contre le reste du monde «Je les embête, ils veulent que rien ne bouge ! François Hollande a refusé que j’intervienne à la tribune du Conseil national de mardi !», s’indigne l’économiste. Le premier secrétaire a malgré tout promis de le recevoir en privé d’ici jeudi. Mais Larrouturou se plaint que de nombreux ténors lui témoignent intérêt ou sympathie… sans pour autant s’engager. Dans le magazine Les Inrockuptibles de cette semaine, Benoît Hamon et Nadjat Vellaud-Belkacem, l’ex-porte-parole de Ségolène Royal pendant la campagne, se prononcent en faveur de sa pétition : «mais aucun d’eux n’a signé», regrette Larrouturou. Le strauss-kahnien Jean-Christophe Cambadélis l’a amicalement invité à déjeuner, Henri Emmanuelli l’apprécie, Ségolène Royal a vanté ses thèses mais… «ils n’ont pas signé non plus !» Le baiser de l'UMP Pire, le secrétaire national de l’UMP vient de lui donner le baiser du serpent. Dans un communiqué paru mercredi 26 au matin, Frédéric Lefèbvre écrit, un rien pervers, que «les caciques du Parti Socialiste devraient écouter Pierre Larrouturou» : «Messieurs de l'opposition, les Français attendent de vous que vous soyez constructifs, il faut vous mettre au travail plutôt que cacher une nouvelle fois votre absence d'idées, notamment en matière économique et de pouvoir d'achat», poursuit Lefèbvre. Evidemment, avec des ennemis comme ça, on n'a tout de suite moins d'amis. «Vous savez, parfois, je me dis que je vais jeter l’éponge, se désole Pierre Larrouturou. Mais si les socialistes continuent à éluder la réflexion au profit des guéguerres internes sur le mode pour ou contre Ségolène, on ne pourra jamais battre la droite ni affronter la crise mondiale.» Sans se décourager, l’économiste en appelle aux statuts du PS qui obligent le bureau national à se pencher sur un projet dès lors qu'il est soutenu par 5000 militants. Et si ça ne suffit pas, «on rentrera dans la bagarre du Congrès», assure-t-il. Tant qu’il reste un espoir… il restera un Larrouturou !
L'appel de Pierre Larrouturou pour que le PS se mette au travail et qu'il s'ouvre à tous ceux qui veulent construire une Nouvelle donne à gauche :
Nous ne pouvons pas rester sans agir. La gravité de la crise sociale et l’injustice des politiques mises en oeuvre par le gouvernement Sarkozy-Fillon, rendent de plus en plus nécessaire (et urgente) la construction d’une véritable alternative au néo-libéralisme. Que nous soyons militants PS ou non, vu l'importance du PS dans le paysage politique français, nous savons qu'il n'y aura pas de sursaut de l'ensemble de la gauche ni de réelle perspective de progrès social, si le PS ne change pas. 30 ans de crise, 3 millions de chômeurs, des millions de précaires et des millions de salariés qui subissent un stress de plus en plus pénible, 3 défaites aux élections présidentielles, que faut-il de plus aux dirigeants des partis de gauche pour se mettre au travail ? Les statuts du PS indiquent que "deux fois par an" une Convention doit être organisée pour approfondir une partie du projet des socialistes. Depuis le 21 avril 2002, le PS aurait donc dû tenir 10 grandes Conventions. Il n'y en a eu aucune ! Aucun débat de fond en 5 ans, voilà l'une des causes majeures de la défaite du printemps 2007. Hélas, neuf mois après cette nouvelle défaite, rien n'a vraiment changé. Nicolas Sarkozy s’effondre dans les sondages mais la gauche n’a pas d’alternative à proposer. Le PS est d'autant plus inaudible qu'il n'est pas en état de proposer des réformes alternatives. Jamais le PS n'a paru aussi mou et fragile. Et la situation risque d'empirer après les municipales de mars, avec la préparation d'un congrès qui risque d'être un nouveau Congrès de Rennes, un congrès de déchirements personnels bien plus qu'un temps de reconstruction intellectuelle. La perspective de ce spectacle doit réjouir les dirigeants de la droite mais elle nous navre profondément.
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