L'UMP de l'incompétence à la cacophonie
Samedi 26 Mars 2011 à 12:01 | Lu 7968 fois I 25 commentaire(s)
Enarque, essayiste français, et maire d’une commune rurale, Roland Hureaux a derrière lui une... En savoir plus sur cet auteur
La poussée de l'extrême droite, mise en parallèle avec les scores additionnés du Parti de Gauche et des Verts, démontre, pour Roland Hureaux, la perte de crédibilité du gouvernement et du PS sur les questions économiques et sociales. Dès lors, que faire face au FN ?
dessin : Louison
S’il fallait une confirmation de la grave incompétence des dirigeants de la majorité actuelle, la cacophonie qui a régné autour des résultats du Front national au premier tour des cantonales en est une irrécusable.
D’abord parce que la montée du Front national ne sanctionne pas seulement, comme on le dit trop, l’impuissance du gouvernement en matière d’immigration ou de sécurité, il sanctionne un maque de crédibilité plus général et qui touche notamment les questions économiques et sociales : combien de petits salariés, y compris immigrés, votent pour le Front national par colère de voir qu’un système d’assistance, qu’ils jugent trop généreux, permet à ceux qui en exploitent toutes les ficelles de gagner autant qu’eux ? Combien de retraités expriment leur rage d’avoir à vivre avec 475 € par mois alors que le coût de la vie augmente ? Il n’est pas nécessaire qu’on leur explique que les demandeurs d’asile reçoivent plus pour qu’ils se portent aux extrêmes. L’extrême droite n’existe pratiquement pas au Royaume-Uni et en Allemagne, parce que la classe politique y est plus crédible. Si la démocratie française marchait normalement, ces gens en colère se reporteraient sur l’opposition. Mais le parti socialiste n’étant guère plus crédible, il ne parvient à canaliser qu’une petite partie de l’immense frustration que suscite légitimement la majorité actuelle. Ce manque de crédibilité s’exprime aussi dans la montée conjointe du Front de gauche et des Verts qui totalisent ensemble 17 % des voix, presque autant que l’extrême droite. Ils ne sont pas loin, ensemble , des 20 % du PC en 1981.
Plus techniquement, la question du Front national est un retour de bâton mérité pour l’UMP qui a cru malin de réformer le scrutin cantonal en plaçant très haut (12, 5 % des inscrits, soit quand les abstentions sont nombreuses, entre 25 et 30 % des suffrages exprimés) la barre à franchir pour pouvoir se présenter au second tour. Manœuvre particulièrement foireuse puisque elle avait pour but d’empêcher les candidats du Front national de se maintenir, et qu’elle a eu l’effet inverse : elle permet en bien des cas à ce dernier de rester au second tour, alors que les candidats de l’UMP s’en trouvent empêchés. Nouvel exemple de l’effet boomerang bien connu des reformes électorales destinées à favoriser son camp.
Compte tenu des sondages, la situation actuelle était largement prévisible. C’est dire que l’UMP avait des semaines pour peaufiner une position en vue de ce second tour, en instruire les ministres et les députés et leur demander de faire front commun autour de cette position. Mais rien n’ayant été préparé, on a assisté à l’incroyable cacophonie que l’on sait.
Quelle position fallait-il prendre donc ? A la décharge de l’UMP, il faut dire que la réponse n’est pas si facile. Les tenants de la vertu républicaine pure et dure préconiseront avec Fillon le Front républicain en toutes circonstances. Au risque que cette pause vertueuse suscite l’ironie, come le ferait une veille catin jouant les vierges effarouchées. Surtout, cette vertu a aussi ses risques : celui d’alimenter la propagande du Front national contre une classe politique discréditée et qui apparaît alors solidaire dans ses turpitudes. Le théâtre démocratique, dans sa version bipartisane, a pour vocation d’exprimer les passions internes à la cité. Le plus déterminé adversaire de la majorité, ce doit être l’opposition et personne d’autre. Avec la stratégie du « Front républicain » la césure principale ne sépare plus la droite et la gauche, mais le Front et les autres. Le FN accède ainsi à la dignité de seule véritable opposition. Et toute opposition n’a-t-elle pas vocation à devenir majoritaire un jour ?
Alors que faire ? Sachant que le destin du pays n’est pas en cause, non seulement parce qu’il ne s’agit que de cantonales mais aussi parce que les cas embarrassants sont en tout état de cause limités, la moindre des choses eut été de prendre de la hauteur, de laisser par exemple les fédérations locales décider au cas par cas mais en fonction de règles générales.
De toutes les façons, les électeurs, surtout ceux de droite se fichent comme d’une guigne des consignes de vote.
L’accumulation d’incompétence du côté de l’UMP – et jusqu’à un certain point du parti socialiste - , aura eu cet effet paradoxal qu’on n’aura parlé cette semaine d’entre deux tours que du Front national. Quel plus beau cadeau pouvait-on lui faire ?
D’abord parce que la montée du Front national ne sanctionne pas seulement, comme on le dit trop, l’impuissance du gouvernement en matière d’immigration ou de sécurité, il sanctionne un maque de crédibilité plus général et qui touche notamment les questions économiques et sociales : combien de petits salariés, y compris immigrés, votent pour le Front national par colère de voir qu’un système d’assistance, qu’ils jugent trop généreux, permet à ceux qui en exploitent toutes les ficelles de gagner autant qu’eux ? Combien de retraités expriment leur rage d’avoir à vivre avec 475 € par mois alors que le coût de la vie augmente ? Il n’est pas nécessaire qu’on leur explique que les demandeurs d’asile reçoivent plus pour qu’ils se portent aux extrêmes. L’extrême droite n’existe pratiquement pas au Royaume-Uni et en Allemagne, parce que la classe politique y est plus crédible. Si la démocratie française marchait normalement, ces gens en colère se reporteraient sur l’opposition. Mais le parti socialiste n’étant guère plus crédible, il ne parvient à canaliser qu’une petite partie de l’immense frustration que suscite légitimement la majorité actuelle. Ce manque de crédibilité s’exprime aussi dans la montée conjointe du Front de gauche et des Verts qui totalisent ensemble 17 % des voix, presque autant que l’extrême droite. Ils ne sont pas loin, ensemble , des 20 % du PC en 1981.
Plus techniquement, la question du Front national est un retour de bâton mérité pour l’UMP qui a cru malin de réformer le scrutin cantonal en plaçant très haut (12, 5 % des inscrits, soit quand les abstentions sont nombreuses, entre 25 et 30 % des suffrages exprimés) la barre à franchir pour pouvoir se présenter au second tour. Manœuvre particulièrement foireuse puisque elle avait pour but d’empêcher les candidats du Front national de se maintenir, et qu’elle a eu l’effet inverse : elle permet en bien des cas à ce dernier de rester au second tour, alors que les candidats de l’UMP s’en trouvent empêchés. Nouvel exemple de l’effet boomerang bien connu des reformes électorales destinées à favoriser son camp.
Compte tenu des sondages, la situation actuelle était largement prévisible. C’est dire que l’UMP avait des semaines pour peaufiner une position en vue de ce second tour, en instruire les ministres et les députés et leur demander de faire front commun autour de cette position. Mais rien n’ayant été préparé, on a assisté à l’incroyable cacophonie que l’on sait.
Quelle position fallait-il prendre donc ? A la décharge de l’UMP, il faut dire que la réponse n’est pas si facile. Les tenants de la vertu républicaine pure et dure préconiseront avec Fillon le Front républicain en toutes circonstances. Au risque que cette pause vertueuse suscite l’ironie, come le ferait une veille catin jouant les vierges effarouchées. Surtout, cette vertu a aussi ses risques : celui d’alimenter la propagande du Front national contre une classe politique discréditée et qui apparaît alors solidaire dans ses turpitudes. Le théâtre démocratique, dans sa version bipartisane, a pour vocation d’exprimer les passions internes à la cité. Le plus déterminé adversaire de la majorité, ce doit être l’opposition et personne d’autre. Avec la stratégie du « Front républicain » la césure principale ne sépare plus la droite et la gauche, mais le Front et les autres. Le FN accède ainsi à la dignité de seule véritable opposition. Et toute opposition n’a-t-elle pas vocation à devenir majoritaire un jour ?
Alors que faire ? Sachant que le destin du pays n’est pas en cause, non seulement parce qu’il ne s’agit que de cantonales mais aussi parce que les cas embarrassants sont en tout état de cause limités, la moindre des choses eut été de prendre de la hauteur, de laisser par exemple les fédérations locales décider au cas par cas mais en fonction de règles générales.
De toutes les façons, les électeurs, surtout ceux de droite se fichent comme d’une guigne des consignes de vote.
L’accumulation d’incompétence du côté de l’UMP – et jusqu’à un certain point du parti socialiste - , aura eu cet effet paradoxal qu’on n’aura parlé cette semaine d’entre deux tours que du Front national. Quel plus beau cadeau pouvait-on lui faire ?
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