L'Italie écoule sa dette en préparant une nouvelle bulle financièreSylvain Lapoix - Marianne | Mercredi 9 Septembre 2009 à 07:01 | Lu 7603 fois
Piégée par sa «mauvaise note» sur les marchés, l'Italie s'apprête à vendre sa dette en contrats à terme, des produits très prisés par les banques... qui espèrent se renflouer en construisant une nouvelle bulle sur la dette des Etats !
Frivole, instable et pas très fiable, la dette italienne a tellement grossi que, pour trouver à se vendre, elle doit s'habiller comme une Allemande ! Selon la Commission européenne, Rome pourrait atteindre 116% de son PIB en endettement public en 2010. Une masse que l'Italie compte écouler en la commercialisation sous forme de «contrats à terme», ou «futures», des titres sécurisés à 8 ou 11 ans, utilisés par les marchés pour compenser les risques des dettes publiques. Un «instrument de couverture» très prisé des marchés car il permet des échanges nombreux et lucratifs. De quoi aider les banques à se refaire !
Concurrencer l'Allemagne...
«Le capitalisme financier se nourri des flux, détaille Jean-Michel Quatrepoint. A chaque échange, les opérateurs prélèvent une marge sur les mouvements : plus il y a de produits à circuler vite et plus le système financier empoche de commission !» Jusqu'ici, le seul produit financier comparable était le Bund allemand, un future basé sur la dette du pays servant à compenser les risques des autres dettes.
Mal «notée» par les marchés financiers, à l'instar de la Grèce, de l'Espagne ou de l'Irlande, l'Italie avait jusqu'ici de grandes difficultés à trouver preneur pour sa dette. En lançant un produit de «couverture», elle créé une alternative en Europe au Bund allemand, permettant de multiplier les opérations sur les dettes des Etats qui, boostées par les onéreux plans de relances, sont aujourd'hui le fruit de fiévreuses spéculations. ...et aider à la formation d'une bulle !
Après le crash de la «dette des pauvres», base de la crise de subprimes, les banques ont du trouver un autre champ de spéculation. Miracle, leurs faillites en avait créé un plus que fécond : les plans de sauvetage ayant «converti» la dette des banques en dette des Etats, ces derniers se retrouvent désormais avec des niveaux d'endettement astronomiques à liquider.
Un service que les banques se sont empressées de leur rendre en commercialisant des titres : au premier trimestre 2009, le Coporate & investment banking (branche trading de BNP Paribas) réalisait 2,887 milliards sur 3,696 de revenus totaux rien que sur les activités de Fixed income, le commerce de la dette ! Et la manne est loin d'être épuisée : selon Barclays Capital, le record d'émission de dette de 2009 à 870 milliards d'euros pourrait bien être pulvérisé en 2010 avec 1100 nouveaux milliards d'euros injectés sur les marchés.
Dans ce contexte, les outils de couverture sont plus que jamais d'actualité. D'autant plus que l'opérateur choisi pour commercialiser les contrats à terme sur la dette italienne n'est autre qu'Eurex, déjà gestionnaire des fameux Bund allemands ! «La création de ces futures va stimuler les échanges entre la dette allemande et la dette italienne, prédit Dominique Garabiol, expert chez Natixis. Eurex renforce la position des marchés helvético-germanique et affaibli Matif, l'opérateur français devenu marginal sur le marché de la dette.»
Selon Barclays Capital, c'est la France qui devrait augmenter le plus ses émissions d'obligation à moyen et long terme, de 29 milliards environ. De quoi faire gentiment gonfler la bulle spéculative à l'ombre des couvertures italiennes et allemandes.
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