L'Express impose un outing à un journaliste franc-maçonPhilippe Cohen | Mercredi 27 Février 2008 à 00:33 | Lu 24444 fois
Le dossier du dernier numéro de l'Express révèle l'appartenance à une loge de l'un de ses journalistes. Apparemment sans son accord. Histoire.
Cette semaine, comme tous les ans, le magazine l'Express a fait sa une sur «les Francs-maçons et le pouvoir», marronnier de l'hebdomadaire. L'enquête, réalisée par François Koch révèle ou confirme l'appartenance aux loges maçonniques de plusieurs personnalités, dont le Ministre du Travail Xavier Bertrand, les socialistes François Rebsamen, Gérard Collomb ou Bertrand Delanoë. Rien de très original jusque là.
Au détour d'une phrase, on apprend qu'Eric Marquis, secrétaire de rédaction à l'Express, mais aussi Président de la commission de la carte d'identité professionnelle des journalistes (CCIJP) et membre de la direction du Syndicat national des journalistes (SNJ), est un franc-maçon. Avec une précision méticuleuse, l'auteur informe les lecteurs que les membres de sa loge se réunissent avec leur tablier les deuxième et quatrième mercredi du mois rue Cadet (siège du Grand Orient). Pour recueillir ces informations, le grand reporter de l'Express a-t-il dû se déplacer d'une vingtaine de mètres pour se rendre dans le bureau d'Eric Marquis ? C'est toute la question. Et comme il est assez rare – pour ne pas dire inédit – qu'un franc-maçon soit « outé » dans les colonnes de son propre journal, Marianne2 a posé la question à Christophe Barbier, directeur de la rédaction de l'Express, pour savoir si cette information avait été divulguée avec l'accord de l'impétrant. Christophe Barbier nous a assuré que la publication s'était faite en plein accord avec lui. Nous avons posé la même question à Eric Marquis, qui n'a pas souhaité nous répondre. Sauf que le journaliste a confié, à l'occasion de la dernière réunion de la Commission de la Carte, jeudi 21 février, que François Koch ne l'avait pas informé et que seul Christophe Barbier l'avait prévenu au dernier moment sans lui demander son avis. La tyrannie de la transparence ? L'appartenance maçonnique relève-t-elle de la vie privée ou bien doit-elle être rendue publique au nom de cette «transparence» que l'on tente d'imposer comme une évidence moderne ? De toute évidence, l'Express a choisi, l'article expliquant le refus de se déclarer publiquement franc-maçon comme une sorte de ringardisme que rejetteraient les plus modernes des frères. L'affaire n'est pas si mineure qu'il y paraît : que penserait-on si demain, un journal s'amusait à révéler l'appartenance à un parti politique ou bien à une association religieuse de l'un de ses journalistes ? D'autant qu'il existe, selon certains journalistes de l'hebdomadaire, une petite face cachée de cette affaire : François Koch, l'auteur de l'article, qui n'a pu être contacté par Marianne2, est un élu de la CFDT dans l'entreprise et aux Prud'hommes. Il est donc, à ce titre, directement concurrent d'Eric Marquis, élu, lui du SNJ. Or les élections internes à l'entreprise, qui mettront en compétition les deux syndicats, se tiendront dans quelques semaines... Nul doute qu'en révélant l'engagement maçon de Marquis, il pouvait le mettre en difficulté auprès de ses camarades et de ses électeurs, salariés de l'Express, qui ne sont pas forcément au courant d'une appartenance qu'il n'avait pas jusqu'alors, jugé utile de rendre publique. François Koch était donc en position de conflit d'intérêt en publiant cet article ; Il est dommage qu'il ne l'ait pas compris lui-même et que sa hiérarchie n'y ait vu aucune malice… A noter que ce papier a suscité un droit de réponse de François Koch
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