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L’Ecole en danger

Philippe Baumel | Dimanche 18 Novembre 2007 à 00:02 | Lu 8216 fois

Par Philippe Baumel, Vice-Président du Conseil Régional de Bourgogne en charge des lycées. Les récentes mesures sur l’éducation prises par le gouvernement menacent petit à petit l’égalité à l’Ecole.



Philippe Baumel
Philippe Baumel
L’avenir de notre pays se joue sans aucun doute à l’Ecole. Déterminante pour notre destin commun, fondamentale pour les socialistes et les républicains, la question de l’Ecole ne saurait être laissée aux visées contradictoires du Président de la République et de son Ministre Xavier Darcos. Jamais sans doute, depuis les batailles pour l’Ecole publique, laïque et obligatoire menées par Jules Ferry, le choix à faire n’avait été aussi déterminant pour notre pays. Depuis plusieurs semaines on ne compte plus les agressions dont l’Ecole est victime. Le Président de la République s’en est d’abord pris aux volumes horaires des lycéens signifiant ainsi qu’il entendait lancer un nouveau mot d’ordre : « apprendre moins pour coûter moins ». Puis vint l’étonnante diatribe du Ministre de l’Education Nationale contre le Bac Economique et Social accusé explicitement de grossir les rangs des chômeurs et implicitement de former de jeunes marxistes. L’annonce de la suppression de 11000 postes à la rentrée prochaine et d’un total de 33000 dans les prochaines années ne fait, quant à elle, que corroborer les lourds soupçons qui pesaient sur ce gouvernement : l’Ecole de la République, loin d’être une priorité, est devenue une cible.

Notre société est divisée, fracturée. S’est développé depuis plus de deux décennies un phénomène de ségrégation sociale et spatiale particulièrement préoccupant…A titre d’exemple, il est devenu commun de relever que si 25% des admis à Polytechnique étaient fils d’ouvriers ou d’employés dans les années 1950, ils ne sont qu’à peine 1% aujourd’hui. On peut également poser le problème de l’inégalité fondamentale entre établissements de territoires oubliés par la République et de grands établissements de centres-ville. Entre le 9-3 et « H-4 », entre Bobigny et Louis le Grand, entre les lycées ruraux et ceux des centres urbains, les inégalités sont devenues explosives. Elles ne font cependant que corroborer l’analyse que l’on peut faire de la nouvelle sociologie française : des centres concentrant les classes aisées et favorisées et des ouvriers et des employés précipités vers les zones péri-urbaines et rurales sans que celles-ci ne disposent des infrastructures appropriées. Cette tectonique des plaques sociologiques donne à notre pays un potentiel déflagrateur sur le plan social.
(…)
En 2005, 63 % d'une classe d'âge obtenait le baccalauréat, contre seulement 3 % en 1948. Chacun entrevoit donc que les conditions sont différentes du temps du rapport Langevin-Wallon. L’ambition reste cependant la même ! Il nous faut toujours « assurer la promotion de tous et sélectionner les meilleurs ». Cela nécessite une volonté politique. La confusion de la « lettre aux éducateurs » du Président Sarkozy ne contribue ni à la clarté du débat, ni à la définition d’un cap clair. Comme dans d’autres domaines, les aspirations les plus contradictoires cohabitent tandis que la gestion comptable du Ministère contribue au dépeçage des établissements et des formations, à la dys-socialisation et à la démoralisation du corps enseignant. La réplique tactique est dans l’engagement des Régions auprès des établissements scolaires. La réplique stratégique reste à définir. Il faudra, en effet, à la gauche un projet clair pour qu’Education nationale rime avec égalité sans oublier que, comme le disait Condorcet, « L’Ecole en instruisant, éduque à la liberté ».


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