L'Allemagne découvre la guignolitude des dirigeants français
Lundi 20 Septembre 2010 à 17:01 | Lu 49720 fois I 98 commentaire(s)
Diplômé en sciences politiques et professeur en Etudes européennes à l’université de... En savoir plus sur cet auteur
Si les Français sont dorénavant habitués aux fausses allégations et autres sorties hasardeuses de Nicolas Sarkozy et ses amis politiques, les Allemands, eux, sont en train de découvrir que les dirigeants hexagonaux ont tout d'une bande de branquignoles et ridiculisent la France sur la scène internationale. L'analyse de Gilbert Casasus, professeur d'études européennes.
(Flickr - Chesi-Fotos - cc)
Le jour même où « l’affaire Bettencourt » faisait l’objet d’une question dans la version allemande du jeu télévisé « Qui veut gagner des millions ? », la presse d’Outre-Rhin s’est longuement moquée de Nicolas Sarkozy. Dépeint par la première chaîne allemande ARD comme l’emblème d’une France comparée à coq passablement déplumé, le Chef d’État français a réuni sous son nom toutes les critiques des médias allemands. A l’unisson, ils n’ont pas admis ses propos selon lesquels Angela Merkel aurait également envisagé d’évacuer des camps de Roms en RFA. Assurée du soutien de l’ensemble de la classe politique allemande, y compris de celui du leader historique et charismatique de la Linke Gregor Gysi, la chancelière a eu beau jeu de démentir immédiatement les allégations du président de la République française. Partagée entre le sentiment de sauvegarder l’excellence des relations franco-allemandes et la volonté de ne pas tomber dans le piège grossier dans lequel Nicolas Sarkozy a tenté de l’entraîner, la numéro un allemande a préféré parler de « malentendu ». Toutefois, profitant du faux-pas de « son ami » français, elle a indéniablement marqué un point dans cette sourde rivalité qui l’oppose à Paris pour affirmer le leadership politique de l’Allemagne au sein de l’Union européenne.
Depuis son élection en mai 2007, Nicolas Sarkozy avait plutôt bien réussi son parcours européen. Il avait assuré une bonne présidence de l’UE durant le second semestre de l’année 2008 et avait, contrairement à la chancelière, somme toute bien géré la « crise grecque ». Malmené sur le plan intérieur, il pouvait toujours se féliciter de son bon bilan extérieur pour prouver sa qualité de Chef d’État. Mais rattrapé par ses vieux démons ou intimement convaincu par sa stratégie électorale -selon laquelle les prochaines présidentielles se joueront à la droite de la droite et non au centre-, Nicolas Sarkozy vient sérieusement d’entacher sa crédibilité sur le plan international et notamment européen.
Depuis son élection en mai 2007, Nicolas Sarkozy avait plutôt bien réussi son parcours européen. Il avait assuré une bonne présidence de l’UE durant le second semestre de l’année 2008 et avait, contrairement à la chancelière, somme toute bien géré la « crise grecque ». Malmené sur le plan intérieur, il pouvait toujours se féliciter de son bon bilan extérieur pour prouver sa qualité de Chef d’État. Mais rattrapé par ses vieux démons ou intimement convaincu par sa stratégie électorale -selon laquelle les prochaines présidentielles se joueront à la droite de la droite et non au centre-, Nicolas Sarkozy vient sérieusement d’entacher sa crédibilité sur le plan international et notamment européen.
En choisissant l’affrontement aux dépens du compromis, irrespectueux envers les règles les plus élémentaires de la négociation communautaire, il vient de mettre en lumière certaines de ses carences européennes que plusieurs de ses amis et lieutenants politiques n’avaient fait que souligner lors de ces derniers jours. Mélange de déclarations à l’emporte-pièce et d’invectives gratuites, certains propos de hauts responsables de l’UMP sont en effet en parfaite contradiction avec la lettre et l’esprit du débat européen.
Le premier contrevenant n’est autre qu’Éric Besson qui, en sa qualité de ministre de l’Immigration et de l’identité nationale, avait qualifié de « diktat politique » la résolution du Parlement européen du 9 septembre dernier, demandant la suspension immédiate des expulsions collectives de Roms. Faut-il rappeler au ministre en exercice qu’il s’agit en l’occurrence d’une résolution adoptée à une large majorité par un parlement élu au suffrage universel direct par des citoyens représentant près de 500 millions d’habitants, résidant dans les 27 pays de l’Union européenne ? En employant volontairement le mot de « diktat », dont on retrouve d’ailleurs la racine dans le mot « dictature », Éric Besson s’en est explicitement pris à la légitimité d’un parlement démocratique, ce qui est parfaitement inadmissible et totalement inexcusable de la part d’un ministre de la République française, soit d’un ministre de l’un des États membres de l’UE.
Le premier contrevenant n’est autre qu’Éric Besson qui, en sa qualité de ministre de l’Immigration et de l’identité nationale, avait qualifié de « diktat politique » la résolution du Parlement européen du 9 septembre dernier, demandant la suspension immédiate des expulsions collectives de Roms. Faut-il rappeler au ministre en exercice qu’il s’agit en l’occurrence d’une résolution adoptée à une large majorité par un parlement élu au suffrage universel direct par des citoyens représentant près de 500 millions d’habitants, résidant dans les 27 pays de l’Union européenne ? En employant volontairement le mot de « diktat », dont on retrouve d’ailleurs la racine dans le mot « dictature », Éric Besson s’en est explicitement pris à la légitimité d’un parlement démocratique, ce qui est parfaitement inadmissible et totalement inexcusable de la part d’un ministre de la République française, soit d’un ministre de l’un des États membres de l’UE.
Le second écart de langage est signé Jean-François Copé. Celui a « regretté » que lors de l’adoption de cette résolution, des députés français aient voté « contre la France ». Sauf que le président du groupe UMP à l’Assemblée nationale se trompe. Le Parlement européen n’est pas une chambre représentant les États membres de l’Union. En ce sens, il n’est ni comparable avec le Sénat américain, ni avec le Bundesrat allemand ou avec le Conseil des États de la Suisse. Chaque député est libre de son vote, n’est soumis à aucun mandat impératif et siège dans des groupes politiques transnationaux. C’est pourquoi il est parfaitement en droit de se prononcer en faveur ou en défaveur d’un texte accusant de près ou de loin l’un des 27 pays de l’UE. Son vote est légitime car décidé en conformité parfaite avec son âme et sa conscience.
Quant au troisième dérapage verbal, il émane du sénateur UMP Philippe Mariani. Celui-ci s’en est pris directement au Grand Duché du Luxembourg dont il «aurait préféré qu'en 1867 Napoléon III et Bismarck » n’aient pas permis son existence. Au-delà de l’incongruité de tels propos et de l’attaque inqualifiable contre un état souverain qui dès 1951 a été avec la France l’un des artisans de la construction européenne, on peut s’interroger sur leurs conséquences politiques. Non seulement ils ne sont pas « convenables » pour reprendre les paroles du premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Junker, mais aussi sont-ils le reflet d’une France qui, par l’unique faute de ses dirigeants, et non de ses citoyens, vu de Berlin ou d’ailleurs, n’est décidément plus à la hauteur de ses propres engagements diplomatiques et européens.
Quant au troisième dérapage verbal, il émane du sénateur UMP Philippe Mariani. Celui-ci s’en est pris directement au Grand Duché du Luxembourg dont il «aurait préféré qu'en 1867 Napoléon III et Bismarck » n’aient pas permis son existence. Au-delà de l’incongruité de tels propos et de l’attaque inqualifiable contre un état souverain qui dès 1951 a été avec la France l’un des artisans de la construction européenne, on peut s’interroger sur leurs conséquences politiques. Non seulement ils ne sont pas « convenables » pour reprendre les paroles du premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Junker, mais aussi sont-ils le reflet d’une France qui, par l’unique faute de ses dirigeants, et non de ses citoyens, vu de Berlin ou d’ailleurs, n’est décidément plus à la hauteur de ses propres engagements diplomatiques et européens.
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