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L'Afrique trouve sa croissance. Sera-t-elle durable ?

Mercredi 26 Mai 2010 à 07:01 | Lu 5962 fois I 4 commentaire(s)

Bernard Maris - France Inter

Avec France Inter, la chronique de Bernard Maris, journaliste et écrivain. Qui se penche aujourd'hui sur la nouvelle croissance africaine.



Cette fois-ci ça y est. L’Afrique est aussi dans le rythme d'une forte croissance, après l’Asie et le Brésil : entre 4.5% et 5% de croissance en 2009, c’est beaucoup, comparativement à la stagnation de la vieille Europe ou à la très faible croissance des Etats-Unis. Mais cette croissance s’accompagne d’une explosion démographique.

L’Afrique est le dernier continent qui n’est pas encore entré, ou à peine, dans ce qu’on appelle la « transition démographique », ce lent passage d’une population à forte natalité et forte mortalité, à une population à très faible natalité et très faible mortalité. Jugez en : l’Afrique subsaharienne comptait 180 millions d’humains en 1950, elle en compte plus de 850 aujourd’hui, et franchira allègrement le cap des deux milliards d’habitants dans quarante ans, moins de deux générations. Les Africaines ont encore en moyenne entre quatre et cinq enfants.

Bref, ce continent qui était le continent de la ruralité va devenir un continent fortement urbanisé, on devrait dire « bidonvillisé ». Sa population sera extrêmement jeune, composée d’une majorité de moins de quarante ans, alors que la population de l’Europe, en face, sera vieille, composée d’une majorité de plus de cinquante ans. De jeunes actifs urbains, très pauvres, face à des retraités très riches. On imagine bien que cette croissance démographique aura des conséquences pour le monde entier : l’Afrique, qui n’a cessé d’être pillée en hommes – elle retrouve aujourd’hui à peine, sa place en termes de population relative – et pillée en ressources voudra peut-être conserver ses richesses.

Vers quoi peut évoluer l'Afrique ? On lui a déjà proposé le modèle du développement accéléré, la croissance pour la croissance, après tout, pourquoi lui reprocher d’avoir réussi, d’être sorti de son modèle de la tempérance et du respect de la nature et d’avoir enfin au gaspillage, au saccage, et à la croissance pour la croissance ? Peut-on demander aux entrepreneurs africains, un investissement responsable, alors que nous découvrons nous même, à peine, ce type d’investissement ? Autrement dit, peut-on demander à ce jeune continent de sauter une des étapes de la croissance économique, celle où l’on fait comme si les ressources naturelles étaient inépuisables et la main-d’œuvre corvéable ?

Impossible, puisque le modèle de l’Organisation mondiale du Commerce, le modèle du FMI, de la compétition et du marché, sont ceux de la croissance irresponsable. Un investissement responsable respecte l’environnement et le social. Selon le centre de recherche Novethic, les encours d’investissement responsables ont franchi le cap de 50 milliards d’euros à la fin de 2009 en France. C’est bien. C’est en très forte hausse, plus 70% par rapport à 2008, mais rapporté à l’investissement total de la nation c’est de l’ordre de 10%, peut être moins. Le pays du Grenelle de l’environnement n’a pas encore trouvé lui-même sa voie vers la nouvelle économie. Comment pourrait-il, dès lors, demander aux Africains des bidonvilles d’aller vers une économie verte ?
 
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