L’Affaire Pérol est loin d’être finiePhilippe Cohen | Lundi 16 Mars 2009 à 07:00 | Lu 10165 fois
Mauvaise humeur des responsables de la Commission de déontologie, risques de poursuites judiciaires, combativité syndicale, le début de mandat de François Pérol à la tête de l'organisme fusionnant les Banques populaires et les Caisses d'épargne risque de ne pas s'avérer de tout repos.
LFSJ - Flickr - CC
« Laissez-moi travailler ! », voici deux semaines, c’était la manchette du bienveillant Journal du Dimanche. L’ex-secrétaire général de l’Elysée entendait, par cette interview, mettre un point final à une affaire qui a fait de son patronyme le symbole de la république des copains que semble vouloir instaurer le président de la République. Mais le vœu du futur Président de l’ensemble-Banques Populaires-Caisses d’épargne – le nom de l’établissement devrait être connu sous peu – demeure pieux. Les membres de la Commission de déontologie sont furieux Marianne2.fr avait attiré l'attention, au début de la polémique sur la mission effectuée par François Pérol, lorsqu'il travaillait chez Rotschild, aboutissant à la création de Natexis. Il y a maintenant le scoop de Mediapart sur le montant (1,5 à 2 millions d'euros) de la rémunération perçue par l'ex-secrétaire général adjoint de l'Elysée. En somme, le très compétent Pérol a perçu deux millions d'euros pour créer une société qui a aujourd'hui plombé de 2 milliards d'euros ses actionnaires, Caisses d'épargne et Banques Populaire ! Deuxième souci, l’Elysée est passé tout près d’un véritable split avec la commission de déontologie si l’on en croit son Président Olivier Fouquet. Furieux de l’instrumentalisation dont il a été victime lorsque le chef de l’Etat a déclaré qu’il avait «consulté la commission», le haut fonctionnaire a regretté publiquement sa correspondance avec l’Elysée et déclaré que les membres de la commission avaient failli démissionner. Par ailleurs, l'ex-président de la Commission de déontologie, François Bernard a déclaré, dans un entretien à La Croix, que si François Pérol avait contrôlé ou conseillé l'une des deux banques (ce qui est une évidence), il ne pouvait pas diriger le nouvel établissement né de leur fusion. D'ailleurs, les membres actuels de la Commission de déontologie font savoir dans le « milieu » qu’une éventuelle saisine de leur organisme sur le cas Pérol se traduirait par un avis négatif. Or, si François Pérol est mis en examen, comment éviter de consulter ladite commission ? Car le risque de mise en examen est le deuxième obstacle dressé sur son chemin de croix. La CGT a déjà annoncé une plainte au pénal et deux syndicats des Caisses d’épargne, l'UNSA et SUD, ont mandaté des hommes de l’art pour préparer une procédure. Quant à FO, ses responsables ont indiqué que si, le 2 avril prochain, François Pérol ne revenait pas sur son plan social à la Caisse nationale des caisses d'épargne, elle aussi rejoindrait le combat juridique des autres organisations. On aurait pu imaginer que le nouveau patron, en bon stratège achète l’inaction syndicale en limitant l’âpreté du plan social. Manifestement, l’annonce des 200 suppressions d’emploi à la Caisse nationale des caisses d’épargne ne présage guère d’une modération ou d’un recul. Comme dirait Thierry Rolland pour saluer un tacle particulièrement musclé, Pérol « n’a pas fait le déplacement pour rien. » Le précédent Mettling Par ailleurs, et François Pérol aurait tort de ne pas en être instruit, les syndicats des Caisses d’épargne sont totalement réfractaires, contrairement à leurs collègues des autres établissements bancaires, à tout patriotisme d’entreprise. Ils n’hésiteront donc, pas, comme ils l’ont déjà fait avec Bruno Mettling, à trainer Pérol devant les tribunaux. Si ce devait être le cas, et même si une condamnation à deux ans de prison est peu probable, la vie du nouveau PDG risque fort de devenir un enfer, comme son collègue Daniel Bouton l’a connu à la tête de la Générale après sa mise en examen dans le cadre de l’affaire du Sentier. Chaque voyage à l’étranger devra être signalé aux autorités judiciaires. Chaque déplacement sera l’objet de questions «embarassantes» sur sa mise en examen de la part de journalistes étrangers généralement plus indépendants que leurs confrères français. De retour en France, chaque décision du PDG sera contestée au nom de l'épée de Damocles judiciaire place au dessus de sa tête. Depuis son arrivée à la tête de l’établissement bancaire, François Pérol a failli à sa réputation de dirigeant sympathique et rigolard. Comme s’il pressentait que la misson confiée par son ami Nicolas Sarkozy risquait de se révéler moins confortable que prévu. Egalement sur plan de la rémunération. Il a été dit que Pérol percevrait le même salaire de son prédécesseur Charles Milhaud. Certes mais ce dernier, en dehors de son « salaire de base » (600 000 €) touchait en sus 900 000 € de « complément » au titre d'une part variable liée aux performances de la banque et de jetons de conseils d’administration de différents établissements filiales de la banque. Il lui faudra à présent reconduire un pareil système dans un contexte plus difficile, dans lequel le retour aux profits n'est pas gagné d'avance et où la rémunération des dirigeants de banques est contestée de tous côtés…. Article actualisé le 16 mars à 11h.
Voir les 46 commentaires
Dans la même rubrique :
|
|
||

Imprimer
Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Accueil
Envoyer
Partager
Digg
Del.icio.us
Wikio
Facebook
Google
MySpace
Twitter
LinkedIn
Viadeo







