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Krugman, un économiste révélé par la crise

Laurent Pinsolle - Blogueur associé | Lundi 30 Novembre 2009 à 14:06 | Lu 5846 fois

Prix nobel d'économie, Paul Krugman a lentement évolué de positions très optimistes sur la mondialisation à une prise de conscience de ses aspects sombres. Il prend dorénavant parti pour une taxation des mouvements de capitaux pour freiner la spéculation, et défend également la limitation du libre-échange.



Il y a dix ans, Paul Krugman disait que « la mondialisation n’était pas coupable ». Mais avec le temps, cet économiste réputé, récent titulaire du prix Nobel d’économie, prend un virage qui l’amène de plus en plus à remettre en cause les dogmes néolibéraux.

Ceux qui lisent ce blog depuis quelques temps savent que c’est une de mes marottes. C’est donc avec un immense plaisir que j’ai découvert grâce à Edgar du blog La lettre volée que Paul Krugman s’est prononcé en faveur de la mise en place d’une taxe Tobin dans un de ces éditoriaux du New York Times. En fait, il rebondit sur les propositions faites par le régulateur du marché financier britannique, et les récentes déclarations de Gordon Brown au G20. Pour l’économiste, « le temps est venu pour une taxe sur les transactions financières » !

Son raisonnement est simple et reprend celui de James Tobin. Pour lui, une telle taxe n’handicapera pas les investissements à long terme mais elle pénalisera lourdement les placements spéculatifs à court terme, ce qui devrait réduire la spéculation financière. Pour lui, l’argument d’une mise en place difficile ne tient pas du fait de la centralisation des échanges. En outre, il souligne qu’elle handicaperait les placements à court terme, en bonne partie responsables de la crise. S’il reconnaît que cette taxe ne réglerait pas tout, elle limiterait la spéculation et améliorerait la contribution de la finance à la collectivité.

C’est Malakine qui m’avait alerté sur ce papier, qui montre que la pensée du prix Nobel d’économie 2008 a également beaucoup évolué sur les questions commerciales. En effet, alors qu’il était un ardent défenseur du libre-échange dans les années 90, il porte aujourd’hui un regard plus critique et plus pragmatique. Mais il faut dire qu’il n’a jamais fait partie des théologiens du libre-échange incapables d’admettre la moindre critique à l’égard de la libéralisation du commerce.

Paul Krugman met donc deux bémols au libre-échange. Le premier date de 1995, quand il soulignait déjà que la baisse des coûts de transport pouvait mener à des délocalisations importantes, qui se font au détriment des pays du Nord. Cette année, il a également remis en cause la liberté des échanges en soutenant les clauses de « préférence nationale » dans le cadre des plans de relance, arguant que leur absence contribuait à favoriser les pays qui profitent du plan des voisins sans rien faire eux-mêmes.
L’évolution de Paul Krugman est particulièrement intéressante car elle a lieu dans un pays où la liberté passe avant tout. Et finalement peut-être à cause de ce biais qui produit plus d’excès, les Etats-Unis produisent des intellectuels qui pensent à l’économie d’après.

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