Marianne2 2012

Keynes ? Un Marx edulcoré !

Vendredi 2 Octobre 2009 à 11:01 | Lu 6121 fois I 19 commentaire(s)

Paul Jorion, Economiste

Keynésiens et monétaristes se rejettent la responsabilité de la crise. Paul Jorion, économiste et anthropologue, explique l'unité idéologique profonde entre ces écoles de pensée qui basent toutes deux leurs théories sur l'homo œconomicus.


Les règlements de compte qui ont lieu en ce moment entre économistes ne me concernent pas: je n’appartiens pas à leur profession. Ce que je ne peux pas éviter cependant, c’est de me retrouver – tout à fait légitimement, dois-je ajouter – au sein de réunions où de telles empoignades éclatent (ce fut le cas hier), tant l’atmosphère est électrisée dans leur cercle.

Si les économistes sont mis en accusation en ce moment, la ligne de défense que je les vois invariablement adopter ne fera pas l’affaire. Je pense à « C’est la faute aux keynésiens ! » proféré par les monétaristes, et à l’accusation inverse : « Maudits monétaristes ! », clamée par les disciples de Keynes.
Pourquoi cette ligne de défense ne fait-elle pas l’affaire ?
Parce qu’aux yeux du public, insensible aux distinguos subtils entre orthodoxes et hétérodoxes, c’est l’ensemble de la profession qui a failli.

Il est particulièrement décevant de ce point de vue que Paul Krugman, dans une pseudo-autocritique des économistes n’a précisément rien trouvé de mieux à faire. Appeler les keynésiens « économistes d’eau salée » (parce qu’ils appartiennent essentiellement aux universités américaines des littoraux atlantique et pacifique), et les monétaristes « économistes d’eau douce » (parce qu’ils appartiennent essentiellement aux universités américaines « continentales »), n’amusera que ceux qui trouvent drôle toute l’affaire. Lui aussi considère que le salut de la « science » économique ne pourra venir que d’elle-même.
 
Or, je le répète, et il faudrait que les économistes en prennent bonne note : ce n’est pas là le sentiment commun.

Le salut ne viendra pas, comme on l’observe ces jours-ci, d’une chasse aux sorcières visant ceux parmi les économistes qui seraient « vendus à la finance », parce que c’est la « science » économique dans son ensemble qui s’est contentée d’être la voix de son maître – et quitte à émettre une platitude : Keynes ne fut jamais rien d’autre que Marx édulcoré, traduit dans le dialecte propre à la « science » économique pour rendre ses thèses acceptables par le milieu de la finance.
Le salut viendra d’une autre science économique, dont aura été éjecté l’homo oeconomicus, une caricature de l’être humain sous la forme du sociopathe, comme je le rappelais l’autre jour.

Les temps sont mûrs pour une science économique où l’on appelle un chat, un chat, et où l’on se remette à parler du capitalisme dans les termes qui lui conviennent : comme un système où le « capital » – à savoir l’argent qui manque là où il est nécessaire pour produire et pour consommer – se trouve concentré entre les mains de ses détenteurs : ceux que l’on appelle à juste titre, les « capitalistes ».

Retrouvez les articles de Paul Jorion sur son blog








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