Marianne2 2012

Kerviel : L’homme qui devait 5 milliards

Mardi 5 Octobre 2010 à 17:13 | Lu 15293 fois I 176 commentaire(s)

Emmanuel Lévy - Marianne

Ce sera donc le jugement d'un seul homme. La lourde condamnation de Jérome Kerviel sonne comme une relaxe pour la Société générale, son ex-employeur et avec elle de tout le système.


Capture d'écran sur Dailymotion
Capture d'écran sur Dailymotion
Fromage et dessert. 5 ans de prison, dont 3 ans fermes, et 5 milliards d’euros au titre de dommages et intérêts. Le jugement rendu ce mardi 6 octobre au matin dans l’affaire Kerviel/Société générale ne lasse pas de surprendre. Ce n’est pas tant que l’ex-trader de la banque de la Défense soit reconnu coupable des trois chefs d’accusation : abus de confiance, pénétration de système informatique et faux et usage de faux. De cela, les éléments matériels de l’enquête en attestent. Mais en optant pour saturer la peine au plus haut de ce que prévoit le code pénal, le président de la 11e chambre fait un choix moins évident : Kerviel est seul coupable, la Société générale, seule victime. Point barre. 
Ce jugement appel plusieurs réflexions.

Il exonère purement et simplement la Société générale. Comme si Jérôme Kerviel avait agit 18 mois durant en apesanteur. Le tradeur qu’il fut au front office, après avoir passé plusieurs années dans les arrières cuisines du back office, avait certes toutes les cartes pour dissimuler ses agissements, ses mensonges et finalement ses incroyables positions frauduleuses, jusqu’à 50 milliards d’euros. Mais pour cela il n’a fait qu’utiliser des moyens ultra rudimentaires. Il aura leurré les systèmes de la Générale avec trois bouts de ficelle, et un peu de Photoshop. L’absence de réaction, l’aveuglement de sa hiérarchie, l’incroyable passivité des contrôleurs malgré plus de 70 alertes concernant son poste de travail ont été purement écartés. Le tribunal n’a retenu qu’un seul point : Jérôme Kerviel chercher à s’enrichir, et de citer ses bonus de 2007, quelques dizaines de milliers d’euros. Que Daniel Bouton se dise responsable quant un caissier est recruté n’aura pas retenu un instants l’attention de la cour qui aurait pu à l’évidence étendre l’argument à des postes plus exposés comme celui de Kerviel… On ne laisse que rarement une seule personne dans la salle où l’on peut déclencher le feu nucléaire.

Au final, sa hiérarchie a simplement sauté, remplacée par d’autres cadres de la banque tous aussi impliqués que leurs prédécesseurs dans le système complexe qui a poussé à toujours plus de risques. Dernier en date à lâcher son poste Hugues Le Bret. L’ancien patron de la communication de la banque, propulsé à la tête de Boursorama se sachant sur la sellette, sort de la scène avec une pirouette. Il publie un livre décrivant la  semaine qui suit la découverte de la fraude de Jérôme Kerviel. Reste qu’aucun ne connaitra la prison, et que, eux, au contraire de Kerviel, sont sortis de la banques plus riches qu’ils n’y sont rentrés.

Vient ensuite la question de la sévérité de la peine. 3 ans de prison ferme, et 5 milliards d’euros de dommage et intérêts. On imagine mal la banque s’assoir sur les intérêts légaux, elle si prompte à facturer les agios à ses clients dans le rouge. Mais écartons cette hypothèses pour la facilité du calcul. Une fois ses trois années de prison, et si il continue à percevoir son salaire de consultant informatique appointé à 2500 euros, Jérôme Kerviel mettra 160 000 ans pour rembourser la Société générale (si l’on compte les intérêts légaux, il lui faudrait travailler jusqu’à la fin des temps, les intérêts dépassant ses revenus). Absurde…

On aura l’occasion de mesurer la constance de la 11e chambre en matière de sévérité. Le 19 octobre un autre procès tout aussi symbolique du capitalisme financiarisé et de ses dérives arrive à sa barre. On verra alors si celle-ci sera aussi tatillonne à l’égard d’un autre grand flambeur de cash, Jean Marie Messier. L’ex patron de Vivendi affiche lui au compteur 13,5 milliards d’euros de pertes en 2001 pour l’entreprise dont il avait la direction, et un passif de 35 milliards d’euros. Certes, lui n’a pas fait dans la fraude, il a simplement cumulé la présentation de comptes inexacts, la distribution de dividendes fictifs, la communication trompeuse, des abus de biens sociaux, et enfin des délits d'initiés, 5 chefs d’accusation sur les 8 retenus. Lui aussi encoure jusqu’à 5 ans de prisons ferme….

Retrouvez plus d'explications sur l'affaire Kerviel dans cette interview d'Emmanuel Levy sur LCI (ndlr) :

Veuillez installer Flash Player pour lire la vidéo








LES PLUS de Marianne
  • Revue Web personnalisée
  • Les Unes de Marianne2
  • Le MAG en PDF 24h avant !

Abonnez-vous à la Newsletter de Marianne
Recevez tous les jours les meilleurs articles de Marianne2.fr


Dans cette rubriqueSur Marianne vous aimez