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Ken Loach dévoile le Londres de la misère

Pauline Delassus | Jeudi 3 Janvier 2008 à 16:02 | Lu 10581 fois

It’s a free world…, le nouveau film de Ken Loach, est en salle. Sans pathos, son réalisme sur les travailleurs clandestins en Angleterre indigne. Réactions à chaud.



Ken Loach dévoile le Londres de la misère
C’est une magistrale leçon d’antilibéralisme. À Londres, Angie, une belle blonde d’une trentaine d’années décide de monter sa propre boîte après s’être fait licencier d’une entreprise de recrutement. Dans l’arrière-cour d’un pub, elle organise le recrutement de travailleurs sans papiers, pour la plupart des immigrants venus d’Europe de l’Est en situation très précaire. Au départ victime du système, la jeune mère-célibataire devient bourreau et passe, poussée par la nécessité, dans le camp des exploiteurs. Ken Loach dépeint avec précision le monde des travailleurs clandestins ukrainiens, polonais, irakiens ou afghans qui chaque matin frappent à la porte des agences d’intérim dans l’espoir d’embauches pour la journée. It’s a free world… n’a rien d’un thriller ou d’une comédie facile, on y découvre un Londres, loin des grandes avenues touristiques, abandonné, et peuplé de bidonvilles. Pourtant, les salles se remplissent dès la première matinée. « C’est très fort et émouvant, la réalisation est excellente, seuls les Anglais savent faire ce genre de films » témoigne une spectatrice, la soixantaine alerte. Elle a les larmes aux yeux à la sortie de la séance de 13h dans le quartier de l’Odéon : « C’est autre chose que le cinéma français et c’est important que ces sujets soient abordés en ce moment ». Rappelons néanmoins que le cinéma social existe dans notre pays -même s’il se fait rare - notamment grâce à des films comme La graine et le mulet, d’Abdellatif Kechiche. Olivia, 31 ans, a elle aussi été touchée : « Ca fout la trouille, la vie de ces travailleurs doit être la même ici, à Paris ».


Et en France ?

Plus tard, à la sortie du cinéma des Halles, un couple d’une cinquantaine d’années a trouvé le film « plus réel que fictif, on dirait presque un documentaire », efficace donc. Le même film en France ? Impossible pour certains : « Ce serait censuré, les Français ne reconnaissent pas le problème que pose l’immigration chez eux ». Un avis partagé, Julien 27 ans pense également « qu’un tel film en France rencontrerait des difficultés dans sa production et sa distribution ». Les spectateurs des oeuvres de Loach seraient-ils devenus pessimistes quant à l’engagement et à l’indépendance du cinéma français ? Chantal a 57 ans, elle est en colère, « ce film m’a démoralisée, je suis sûre que la situation est la même en France et je me demande pourquoi il n’y a pas des films français sur le sujet ». Son mari renchérit : « Après Ken Loach, seuls les frères Dardenne, des Belges, réussissent à faire du cinéma social ». Il continue en haussant le ton, « ce sujet me touche plus que les comédies bourgeoises qui abordent des thèmes dont je me fous ». Si les cinéastes britanniques sont passés maîtres dans la réalisation de drames sociaux, ils ne sont pas les seuls. Après Ressources Humaines réalisé en 1999 par Laurent Cantet, les œuvres des frères Dardenne ou encore les documentaires engagés de Michael Moore, It’s a free world met en lumière l’abolition des frontières et sa conséquence, l’installation de véritables enclaves du tiers-monde à la périphérie des grandes villes. Ken Loach, lui, ne se contente pas de filmer du point de vue des victimes. Il tente de dévoiler les causes de la misère en montrant comment un prolétaire peut devenir exploiteur. La critique du capitalisme, nouveau filon pour le box-office ?


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