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Kagamé, nouvel héros de «Françafrique»…

Lundi 9 Août 2010 à 16:01 | Lu 7944 fois I 18 commentaire(s)

Alain Léauthier - Marianne

Jour d'élections au Rwanda où Paul Kagamé va s'imposer faute de rival sérieux, les partis d'opposition ayant été écartés. Un pays au double visage, entre croissance économique et assassinats politiques, où le rôle de la France reste trouble.


(dessin : Louison)
(dessin : Louison)
En Afrique, la rupture promise par Nicolas Sarkozy a un visage : celui de Paul Kagamé, le président du Rwanda, nouvel « ami » de Paris dans la région après trois années de rupture radicale et candidat à sa propre succession aujourd'hui. Au vu du climat de terreur régnant à Kigali, c’est d’une grimace et non pas d’une rupture qu’il s’agit : celle de la démocratie au pays des mille collines et, accessoirement, de la politique africaine de la France, réduite à une affaire de boutiquiers. Certes, face à l’ancien chef du Front patriotique rwandais (FPR), au pouvoir depuis la fin du génocide de 1994 (1), il y aura bien des candidats : trois proches faire-valoir pour (vaguement) tromper l’impression d’un plébiscite arrangé en faveur du César de l’Afrique de l’Est. César ou Bismarck, d’ailleurs.

Par-delà l’époque et les continents, les programmes se ressemblent : le développement, l’unité nationale à coup de cravache et la pluralité politique aux abonnés absents. Effectivement, aucun des partis d’opposition n’a été autorisé à présenter un candidat. Leurs dirigeants sont en prison, sous contrôle judiciaire ou carrément envoyés ad patres. C’est le cas d’André Kagwa Rwisereka, le vice-président du Parti vert démocratique : son corps décapité a été retrouvé le 14 juillet dans le sud du pays. Un banal fait divers, d’après la police. Un assassinat politique pour la plupart des observateurs. Et pas le seul. Le 24 juin, Jean-Léonard Rugambage, journaliste du quotidien indépendant Umuvugizi, tombe sous les balles devant son domicile de Kigali : il enquêtait sur la tentative d’assassinat de l’ex-chef d’état-major de l’armée rwandaise, le général Faustin Kayumba Nyamwasa, un des fondateurs du FPR devenu dissident détesté et réfugié en Afrique du Sud.

En abandonnant le treillis pour le costume trois-pièces, Kagamé n’a pas perdu les habitudes du guérillero implacable que décrivaient ses détracteurs. Mais, fort de la légitimité de celui qui mit fin au génocide, il a réussi à imposer une formidable fiction : la success story d’un peuple ramené de l’enfer vers la lumière. Et la voie de la réconciliation, grâce à la probité et la clairvoyance de son dirigeant. Tout n’est pourtant pas faux.

Bien qu’amputé de presque un dixième de sa population, le Rwanda a retrouvé un Etat en ordre de marche, à défaut d’être impartial. Selon l’ONG Transparency International, il est même le moins corrompu d’Afrique de l’Est quand le Burundi voisin occupe, en revanche, le bas du classement. Avec plus de 6 % de croissance annuelle, le pays enchante les bonnes fées de la Banque mondiale et attire le business international. Du coup, nombre de « partenaires », Américains, Chinois et Britanniques en tête, ont pudiquement fermé les yeux sur l’autoritarisme et le cynisme d’un régime qui, par intérêt, n’a pas hésité à attiser le brasier de l’Est congolais. L’enjeu promet : la région des Grands Lacs, dont Kagamé entend être la porte d’entrée obligée, regorge de richesses.

Au risque de ne goûter que les miettes, Nicolas Sarkozy a décidé de s’inviter au festin en faisant amende honorable sur la supposée responsabilité de la France dans le génocide. La démarche a considérablement agacé Alain Juppé et Edouard Balladur, aux affaires à l’époque, d’autant que Kagamé poursuit sa politique d’anglicisation d’un pays autrefois essentiellement francophone. Les néogauchistes qui le vénéraient parce qu’il incarnait un hypothétique front du refus face à la Françafrique sont sans doute les plus malheureux, si déçus de voir le héros déchoir en banal dictateur.

(1) 800 000 morts, pour la plupart tutsis.








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