Kagamé arrive à Paris, mais ses hommes sont indésirables
Jeudi 8 Septembre 2011 à 15:01 | Lu 7990 fois I 0 commentaire(s)
Journaliste à Marianne, plus particulièrement chargé des questions internationales En savoir plus sur cet auteur
Qualifié de génocidaire par le président-dictateur rwandais, Juppé a parfaitement ficelé son agenda diplomatique pour éviter de croiser Kagamé lors de sa visite officielle du 11 et 12 septembre. Contrairement au bon docteur Kouchner qui jouait la carte de la réconciliation, Alain Juppé fera une longue tournée diplomatique de 5 jours en Asie et Océanie. Difficile d'aller plus loin et aucun risque de croiser Kagamé dans ces terres australes.
Ce n’est pas encore cette année qu’Alain Juppé et Paul Kagamé passeront leurs vacances diplomatiques ensemble. Les deux n’y tenaient pas. Cela fait un moment que le président rwandais et le chef de la diplomatie française font tout pour s’éviter. Entre les deux, le courant ne passe pas.
En mai 2011 , le dictateur rwandais faisait savoir dans une interview à France Soudan qu’Alain Juppé n’était pas le bienvenu au Rwanda.
« Ca tombe bien, je n’avais pas l’intention d’y aller ni de lui serrer la main» » répliquait aussi sec le chef de la diplomatie française au cours d’une conférence de presse.
Kagamé avait déjà qualifié sa nomination à la tête de la diplomatie française « d’insulte envers les rwandais ».
Le malaise est profond. En 2008, le Rwanda rendait public les conclusions d’une commission d’enquête connue sous le nom de « rapport Mucyo », qui constitue selon le régime de Kigali, « les éléments de preuve montrant l’implication de l’État français dans la préparation et l’exécution du génocide perpétré au Rwanda en 1994 ».
Le rapport met en cause de nombreux responsables français dont Dominique de Villepin, Hubert Védrine, François Mitterrand et Edouard Balladur.
Mais tout au long de ce rapport de 330 pages, l’actuel ministre des affaires étrangères, déjà chef de la diplomatie française en 1994, est abondamment cité, accusé entre autres d’avoir collaboré activement avec le « gouvernement génocidaire ». Malgré la normalisation officielle des relations entre les deux pays, entre les hommes la rancune reste vive.
En mai 2011 , le dictateur rwandais faisait savoir dans une interview à France Soudan qu’Alain Juppé n’était pas le bienvenu au Rwanda.
« Ca tombe bien, je n’avais pas l’intention d’y aller ni de lui serrer la main» » répliquait aussi sec le chef de la diplomatie française au cours d’une conférence de presse.
Kagamé avait déjà qualifié sa nomination à la tête de la diplomatie française « d’insulte envers les rwandais ».
Le malaise est profond. En 2008, le Rwanda rendait public les conclusions d’une commission d’enquête connue sous le nom de « rapport Mucyo », qui constitue selon le régime de Kigali, « les éléments de preuve montrant l’implication de l’État français dans la préparation et l’exécution du génocide perpétré au Rwanda en 1994 ».
Le rapport met en cause de nombreux responsables français dont Dominique de Villepin, Hubert Védrine, François Mitterrand et Edouard Balladur.
Mais tout au long de ce rapport de 330 pages, l’actuel ministre des affaires étrangères, déjà chef de la diplomatie française en 1994, est abondamment cité, accusé entre autres d’avoir collaboré activement avec le « gouvernement génocidaire ». Malgré la normalisation officielle des relations entre les deux pays, entre les hommes la rancune reste vive.
Cinq jours loin de la France
Le ministre des Affaires étrangères s’est donc concocté une tournée opportuniste et diplomatique en Asie et Océanie. Un petit tour à Moscou le 7 septembre avant cinq jours en Nouvelle-Zélande, Australie et Chine. Difficile d’aller plus loin.
« Ce déplacement important du ministre d’Etat est le premier d’un chef de la diplomatie française dans cette région depuis 28 ans. Il est prévu de longue date, et organisé autour de la tenue du Forum Iles du Pacifique, à Auckland du 6 au 9 septembre. Le Secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-Moon, et le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso doivent y assister cette année » fait savoir le quai d’Orsay, comme pour bien marquer, si cela n’est n’était pas encore assez clair, que Juppé ne sera pas sur le tarmac pour accueillir Kagamé à bras ouverts.
Le 19 juillet dernier, la ministre rwandaise des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo, venue préparer la visite de Kagamé s'était entretenue avec le ministre de la Coopération, Henri de Raincourt, mais pas avec Alain Juppé. Le Quai d'Orsay avait alors prétexté un agenda chargé du ministre pour expliquer cette non-rencontre, sans confirmer un refus de voir son homologue.
« Ce déplacement important du ministre d’Etat est le premier d’un chef de la diplomatie française dans cette région depuis 28 ans. Il est prévu de longue date, et organisé autour de la tenue du Forum Iles du Pacifique, à Auckland du 6 au 9 septembre. Le Secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-Moon, et le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso doivent y assister cette année » fait savoir le quai d’Orsay, comme pour bien marquer, si cela n’est n’était pas encore assez clair, que Juppé ne sera pas sur le tarmac pour accueillir Kagamé à bras ouverts.
Le 19 juillet dernier, la ministre rwandaise des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo, venue préparer la visite de Kagamé s'était entretenue avec le ministre de la Coopération, Henri de Raincourt, mais pas avec Alain Juppé. Le Quai d'Orsay avait alors prétexté un agenda chargé du ministre pour expliquer cette non-rencontre, sans confirmer un refus de voir son homologue.
Kouchner beaucoup plus avenant avec Kagamé
Si Juppé s’inscrit dans la droite ligne d’autres dirigeants européens qui ont toujours refusé de rencontrer Kagamé, l’absence du chef de la diplomatie française au cours de la visite d’un chef d’Etat étranger relève presque du jamais vu. On comprend d’autant plus les réticences de Juppé à figurer sur la photo qu’une quarantaine de proches de Kagamé inculpés pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité et crimes de génocides par la justice espagnole se sont vu refuser leur visa d’entrée sur le sol français.
Nicolas Sarkozy et surtout l’ancien Ministre des affaires étrangères, Bernard Kouchner s’étaient, de leur côté, montrés beaucoup plus avenant avec le dictateur rwandais dans cette grande entreprise de réconciliation, au nom de l’intérêt supérieur de la France, soucieuse de retrouver son influence perdue dans la région des Grands Lacs.
Dès son arrivée au Ministère, l’ex french-doctor Kouchner avait déclaré qu’il ferait tout pour se réconcilier avec Kagamé, faisant fi des graves accusations de l’ONU qui l’accusait d’avoir massacré des centaines de milliers de personnes, reprenant sans nuances les thèses de Paul Kagamé aussi bien sur le déroulement du génocide de 1994 que sur le rôle de la France au Rwanda.
Nicolas Sarkozy et surtout l’ancien Ministre des affaires étrangères, Bernard Kouchner s’étaient, de leur côté, montrés beaucoup plus avenant avec le dictateur rwandais dans cette grande entreprise de réconciliation, au nom de l’intérêt supérieur de la France, soucieuse de retrouver son influence perdue dans la région des Grands Lacs.
Dès son arrivée au Ministère, l’ex french-doctor Kouchner avait déclaré qu’il ferait tout pour se réconcilier avec Kagamé, faisant fi des graves accusations de l’ONU qui l’accusait d’avoir massacré des centaines de milliers de personnes, reprenant sans nuances les thèses de Paul Kagamé aussi bien sur le déroulement du génocide de 1994 que sur le rôle de la France au Rwanda.
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